Il était une fois, le 10 Juillet, par Athié Hamatt

 

 

 

 

Il était une fois, le 10 Juillet, par ATHIE  Hamatt

 

 

......   Je vais vous conter le 10 juillet 1978, et on est toujours à l’aise lorsque ce que l’on relate a des témoins encore vivants ; Dieu merci il y en a et ils me serviront de censeurs. Comme je le disais dans un article passé dans le n°……… ;;;;  de Nouakchott Info du…… ; avec moi seuls le Colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck et le Capitaine Cimper Gabriel (j’ai préféré garder les appellations d’alors) peuvent dire ce qui s’est passé entre le 9 juillet de 6 heures du matin au lendemain à 9 heures.  .......

 

 

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Il était une fois, le 10 Juillet, par Athié Hamatt

 
 
 
 


Je vais vous conter le 10 juillet 1978, et on est toujours à l’aise lorsque ce que l’on relate a des témoins encore vivants ; Dieu merci il y en a et ils me serviront de censeurs.
Comme je le disais dans un article passé dans le n°……… ;;;; de Nouakchott Info du…… ; avec moi seuls le Colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck et le Capitaine Cimper Gabriel (j’ai préféré garder les appellations d’alors) peuvent dire ce qui s’est passé entre le 9 juillet de 6 heures du matin au lendemain à 9 heures.
En effet, le coup d’Etat initial devait avoir lieu dans la nuit du 8 au 9 juillet 1978 et pour ce dernier tous les acteurs qui y étaient impliqués étaient naturellement au courant.
Je ne vais pas parler dans le présent propos de ce qui a amené les officiers de l’Armée Nationale alors Armée républicaine à prendre le pouvoir, presque malgré eux, ceci fera peut-être l’objet d’un écrit plus tard.
Je dirai tout de même que ce coup d’Etat n’était pas spécifiquement dirigé contre le Président Mokhtar Ould Daddah que nous respections tous, mais plutôt contre ceux qui, autour de lui, faisant fi de nos réalités et de nos possibilités ont entraîné le pays dans une guerre dans laquelle les forces armées se sont engagées corps et âmes sans moyens ; aucun soldat, aucun sous officier, aucun officier n’a hésité à aller se battre comme on dit « sans hésitation ni murmure ».
Avec le temps, la lucidité qui aurait dû prévaloir a fait place à l’irrationalité et à l’entêtement des hommes politiques qui n’avaient d’égal que l’engagement des militaires au front, au prix de pertes sévères en vies humaines et de centaines de blessés ; parallèlement, les financements destinés au bien-être du peuple et au développement du pays étaient engloutis dans l’achat de véhicules et d’avions de combats, d’armes et de munitions pour soutenir l’effort de guerre.
Pendant que cela se passait au front, l’arrière pays (qui seul permet à un front de tenir) baignait dans la fiesta et la propagande et les soldats permissionnaires qui venaient à Nouakchott étaient déboussolés et le moral en prenait un grand coup.
Le PPM (Parti du Peuple Mauritanien), monolithe usant de la dialectique des régimes totalitaires, de BPN en congrès assénait « Cette guerre qui nous est imposée », « Le Sahara est Mauritanien » et plus tard « Le Ouad Dheheb est Mauritanien « malgré les promenades de santé des sahraouis chez nous arrivant par deux fois jusqu’à Nouakchott, continuait à ne pas comprendre que c’est l’existence même de la Mauritanie qui était en jeu et c’est cette existence qu’il fallait défendre en arrêtant la guerre…
Je reviens au 8 juillet 1978. Ce jour là devait avoir lieu le coup d’Etat, plus précisément dans la nuit du 8 au 9 ou le 9 à l’aube.
Pour ce faire, les régions militaires du Nord et de l’Ouest avaient fait mouvement sur Nouakchott où elles devaient arriver dans la matinée du 9 pour sécuriser le coup d’Etat et faire face à toute opposition intérieure ou intervention extérieure ; dans la même nuit du 8 au 9 ces forces se trouvaient au Nord d’Akjoujt.
Sur un autre plan, des personnalités civiles, membres du BPN qui étaient de connivence avec les concepteurs du coup d’Etat étaient chargés de faire traîner les travaux du BPN (bureau politique national) jusque tard dans la nuit ou au mieux jusqu’à l’aube, ce qui permettait aux éléments de la 6ème région militaire de Nouakchott (super équipée suite aux attaques du Polisario jusqu’à la capitale par deux fois) de réaliser le coup de force ; cette aile civile a retardé les travaux le plus longtemps possible et la séance du BPN a pris fin vers trois heures du matin. Certains amis et moi qui attendions avec impatience (n’ayant pas dormi depuis 48 heures et les troupes étant consignées au quartier) avons vu le jour se lever sans qu’il ne soit rien passé du côté de l’action militaire.
A partir de mon PC au génie militaire (garnison située à 6 kilomètres de la capitale sur la route de Toujounine), j’ai appelé le Capitaine Cimper vers 07 heures le dimanche pour m’enquérir de nouvelles ; il est passé me prendre au Génie et nous sommes allés au domicile du Colonel Moustapha, chef d’Etat Major national à la « cité cadre », sur la route de la plage afin de puiser l’information à la source. Nous l’avons trouvé en grande discussion avec un officier supérieur et étant Cimper et mois des Capitaines, nous nous sommes tenus à distance mais des échos des propos échangés nous parvenaient quand même.
 
 
 

Lorsque le Colonel Moustapha se trouva seul, nous le saluâmes et il nous voyait à peine, tellement il était hors de lui. Il nous fit comprendre que l’action prévue n’avait pas eu lieu, qu’il avait ordonné aux forces du Nord et de l’Ouest de rester sur place jusqu’à nouvel ordre ; ce qui nous travaillait tous, c’est que le président Moktar Ould Daddah devait aller à Khartoum au Soudan pour un sommet de Chefs d’Etat le lundi 10 juillet à 06 heures du matin.
Après les explications succinctes que le Colonel Moustapha a eu la gentillesse de nous donner avec un visage soucieux, j’ai eu l’outrecuidance de lui dire que nous allons essayer de rattraper cela ; il ne jugea même pas utile de répondre ou de commenter une réflexion venant du Capitaine Athié directeur du génie militaire commandant environ 250 soldats certes mais plus aptes à manier la pelle, la pioche et les engins de travaux publics que les armes lourdes ; il oubliait peut-être que lors de mes formations (Ecole d’application du génie à Angers, Ecole d’application de l’infanterie à Montpellier, école supérieure du génie à Versailles), la stratégie et les tactiques de combat occupaient une place centrale dans les cours et les exercices et manœuvres.
Lorsque Cimper et moi repartîmes dans sa voiture, je lui précisai ma pensée et il me dit que c’est jouable. Nous nous rendîmes d’abord à la 6 (comme on appelle la 6ème région militaire) sur la route du 1er, après le Garim et nous rencontrâmes les soldats en tenues de sortie (c’était cela à l’époque) qui allaient en permission car on leur avait donné quartier libre jusqu’au lundi. Etonnant ! Mais cela arrangeait nos desseins d’autant que même les officiers étaient en tenue civile.
Après quoi nous nous rendîmes au Génie et autour d’un petit déjeuner dans mon salon, nous avons commencé à ébaucher les grandes lignes des actions à mener.
Il me quitta vers 11 heures pour se rendre à ses bureaux à l’Etat Major (il était directeur du matériel) pour préparer le côté matériel de l’opération que nous avions arrêtée ensemble et pour ce faire il disait pouvoir compter sur son adjoint, le lieutenant Thuriaf qui lui était très fidèle.
En effet, pour le peu de temps dont nous disposions et la discrétion absolue indispensable pour une action que Cimper et moi appelions « Opération Kamikaze », il fallait reposer sur des officiers sûrs que nous avions recensés mais qu’il fallait impliquer le moment venu et il était même convenu que tout officier contacté hésitant ou refusant serait « mis au frais » au génie jusqu’à la fin de l’action ; il est heureux que je n’ai pas eu à le faire tellement les officiers d’alors étaient des hommes d’honneur et de courage.
Vers 13 heures, je quittai le Génie avec ma famille pour un déjeuner prévu chez ma sœur qui habitait le Ksar, tout en renouvelant la consigne au quartier de mes soldats en rappelant que l’alerte était toujours maintenue.
A 16 heures, Cimper nous rejoint au Ksar et nous fîmes un tour en ville pour voir l’ambiance qui y régnait notamment autour des Etats Majors et unités des autres corps (gendarmerie, garde nationale, police) et à la 6ème région militaire.
C’était la routine et n’eussent été les clameurs et les applaudissements venant du stade de la capitale (où se tenait un meeting du PPM), ce dimanche fut comme les autres.
Je récupérai ma famille et nous rentrâmes au Génie et sur le chemin, je m’arrêta à la guérite du poste de police sur la route de Toujounine pour dire au factionnaire que des véhicules militaires passeraient pour se rendre au Génie ; je l’avais fait pour enlever toute méfiance de sa part.
Au Génie, je convoquai les deux officiers que je pensais associer et les informai du matériel allait arriver de l’Etat major et qu’il fallait me monter deux compagnies de combat prêtes pour 21 heures pour un renfort éventuel à Idini dans la nuit.
Quelques minutes plus tard, arrivaient les premières land Rover équipées en armes, munitions, carburants, radios envoyés par Cimper au rythme de deux à trois tous les quarts d’heure.
Cimper me téléphone vers 17 heures pour me dire avoir eu l’adhésion du Lieutenant Boylil Cdt de la CQG (compagnie du quartier général dont les deux unités se relayaient chaque nuit pour la protection extérieure de la présidence) et que dans le cadre d’une opération à la querelle la CQG allait être engagée, il fallait réduire l’effectif à envoyer à la présidence et qu’il passera (le lieutenant Boylil) me voir au génie pour prendre les consignes le moment venu.
A 18 heures 30, j’ai appelé mon jeune frère, le lieutenant Moktar Ould Saleck (frère de Jiddou Ould Saleck) au génie et comme je savais qu’il serait partant, je lui ai tout dévoilé et lui ai confié la mission principale, celle de se rendre dès que je lui dirai (il commandait un sous groupement chargé de la protection des émetteurs) à la Présidence, récupérer le Président Mokhtar Ould Daddah et le remettre à un élément que j’enverrai au carrefour qui est devenu le carrefour Madrid. Pour l’accès et l’opération à l’intérieur de la Présidence, il me dit pouvoir compter sur son ami le Lieutenant Moulay Hachim, ce qu’il me confirma plus tard ; (le lieutenant Moulaye Hachim était aide de camp du Président Mokhtar Ould Daddah). Ensuite ce fut le tour du Lieutenant Boylil qui reçut pour mission d’interdire tout moument au niveau de l’Escadron d’escorte et de sécurité, ainsi qu’au niveau de l’Etat Major de la garde nationale et de la centrale téléphonique.
Au niveau du génie, les deux compagnies étaient constituées et les hommes rassemblées par équipages à côté de leurs véhicules à partir de 22 heures.
A 23 heures, j’informai les Lieutenants Kébé Abdoulaye et El Arby Ould Sidi Ely de nos vraies intentions et comme je m’y attendais, ils y ont adhéré totalement et je leur donnai les ordres en conséquence à savoir :
- Lieutenant Kébé – le moment venu, avec une compagnie, aller investir la tour de contrôle de l’aéroport de Nouakchott, bloquer le Garim et mettre les canons de 23 m/m (que j’avais au génie pour aider à la défense du camp, des stocks de munitions et des prisonniers sahraouis) face à la 6ème région militaire pour stopper toute réaction, notamment celle des blindés et faire face à la route Nouakchott-Akjoujt.
- Lieutenant El Arbu – empêcher avec sa compagnie toute réaction des flancs Est et Sud de l’Etat Major de la gendarmerie, faire face à tout renfort qui viendrait de la route de Rosso ou du Port.
J’ai formé sous les ordres de l’adjudant Sidibé Moussa un élément composé d’hommes sélectionnés chargés de récupérer le président Mokhtar Ould Daddah au carrefour (dit carrefour de Madrid), de le conduire avec tous les égards dans mon bureau aménagé à cet effet et qu’ils répondraient de leur vie à tout ce qui arriverait à notre hôte.
C’est vers minuit que j’ai appelé le Colonel Moustapha pour lui dire que j’ai tenu la promesse que je lui avais faite le matin à savoir la reprise du coup d’Etat manqué du 8 ; sa réponse montrait un certain scepticisme mais il promit de faire immédiatement démarrer les forces en attente (les régions militaires du Nord et de Nouadhibou), bloquées au Nord d’Akjoujt dans la nuit du 8 au 9, afin que les premiers éléments arrivent très tôt le matin à Nouakchott ; j’avais des appréhensions surtout par rapport aux forces alliées de la Mauritanie basées à Akjojt et celles aéroportées cantonnées à Nouadhibou.
Il fallait sécuriser au plus vite le coup d’Etat en cas de réussite, vu la faiblesse des moyens engagés pour l’exécuter. Dans le même temps, j’ai demandé que nos amis sectionnent le câble téléphonique reliant Nouakchott à Akjoujt et que le sous groupement du Lieutenant Ely Ould Mohamed Vall « mettre toute la gomme » afin de venir renforcer le Génie militaire ; le Colonel Moustapha acceptait tout cela et je sentais qu’il commençait à y croire.
Ensuite, j’ai informé mon ami Cimper que les dés étaient jetés et que j’avais fait un compte rendu au chef d’Etat Major. J’ai fait un dernier tour en ville et tout y était calme.
A 4 heures, j’ai contacté chacun des officiers chargés de l’action et tous étaient prêts ; les Lieutenants Kébé et El Arby prenant du thé avec moi au bureau ayant déjà fait embarqué le personnel à bord des véhicules et informé les sous officiers chefs de groupes que l’on allait se rendre en renfort à Idini.
A 5 heures du matin, j’ai dit au Lieutenant Mokhtar Ould Saleck par radio de démarrer, il s’était rapproché de son objectif dans la nuit et les rues étaient désertes, il a fait vite car à 5 heures 20, il me dit : « Mon Capitaine, mission accomplie », je me dirige vers le lieu de rendez-vous.
J’ai fait démarrer aussitôt l’adjudant Sidibé Moussa et ses éléments et simultanément, j’ordonnance au Lieutenant Boylil, aux Lieutenants Kébé et El Arby d’aller chacun remplir les missions qui leur étaient confiées.
Avec mes éléments de commandement, je passais à côté de l’adjudant Sidibé qui venait de récupérer le Président Mokhtar et j’en avisai aussitôt le Colonel Moustapha. Je me rendis avec mon PC à côté de la mosquée et mit des éléments face à l’Etat Major de la gendarmerie pour pallier à toute sortie possible.
Je reçus avant 6 heures le compte rendu des officiers chargés de l’action et tout avait parfaitement marché et ce, sans un coup de feu car la consigne que j’avais donnée (de ne tirer que si on est attaqué) a été respectée par tous.
En cette belle matinée du 10 juillet, le Président Mokhtar était en sécurité, les Etats Majors neutralisés, l’aéroport et le Garim sous contrôle et les axes Nouakchott-Rosso, Nouakchott-Akjoujt et Nouakchott-Boutilimit sous le feu des mitrailleuses et des mortiers. La 6ème région se réveille avec les canons de 23m/m pointés vers elle au moment où les premiers permissionnaires rentraient de la ville.
Je fis un compte rendu complet du Colonel Moustapha qui était arrivé à l’Etat Major national et j’informai le Capitaine Cimper de la réussite de l’opération sur toute la ligne.
Je me rendis rapidement au Génie et je fis transférer le président Mokhtar de mon bureau à une chambre de passage confortable aménagée à cet effet dans mon logement de Directeur du Génie et je donnai des ordres afin que l’on satisfasse toutes ses demandes.
Je fis porter dans la chambre des habits qu’il m’avait demandés ainsi qu’une peau de prière et un livre de Coran. Je le saluais respectueusement et lui montrais tous les égards dus à celui qui sera toujours le père fondateur d’une Mauritanie qu’il a toujours aimée.
Ma famille qui n’était au courant de rien de tout ce qui s’était passé sous son nez n’en revenait pas après avoir écouté RFI.
On est venu m’annoncer l’arrivée du lieutenant Ely Ould Mohamed Vall et son sous groupement ; je lui souhaitai la bienvenue et il mit en place ses troupes.
Je fus convoqué à l’Etat Major où je retrouvai entre autres Haidalla, Boukhreiss, Jiddou Ould Saleck (les commandants des régions Nord et Ouest) et nous nous congratulâmes ; ils étaient heureux mais fourbus et les yeux rougis de sommeil d’avoir roulé toute la nuit.
Après nous fîmes la première réunion du Comité Militaire de Redressement National et commença alors une autre histoire !...
C’est cela qui fait la différence avec toutes les « légendes » que j’ai déjà entendues sur le 10 juillet 1978.
On a entendu par ci et par là certains dire qu’ils savaient qu’il y avait un coup d’Etat en préparation ; c’est peut-être possible par rapport au coup d’Etat manqué du 08 juillet.
Quant à celui du 10 juillet, conçu, préparé et exécuté en moins de 24 heures, personne ne pouvait l’imaginer et encore moins le savoir.
Enfin, c’est pour garder l’unité des Forces Armées et de Sécurité (qui étaient encore en guerre) et maintenir la cohésion nationale que le CMRN a été constitué comme il l’a été, afin que tout le monde s’y reconnaisse.

Athié Hamath
 
 
 
 

L'ancien président mauritanien Moustapha Ould Mohamed Saleck est décédé

 

 

...    Premier président militaire de la Mauritanie, le colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck est décédé à Paris dans la nuit du 18 au 19 décembre, à l’âge de 76 ans. Son corps sera rapatrié jeudi 20 décembre. Admis au début du mois à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis en France), l'ancien président de la Mauritanie,  le colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck, avait ensuite été transféré en soins intensifs au Val-de-Grâce.   .....

 

 

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« Présidents militaires » : pourquoi Moustapha Ould Mohamed Saleck est à part... Mariem mint DERWICH

 

 

....    Qui se souvient du 8 Juin 1976 ? De ces heures de panique totale dans une capitale (    Nouakchott)  qui se découvrait vulnérable, pas assez protégée et plongée de force dans les réalités de la guerre du Sahara ?  Qui se souvient des attaques de 1976 et 1977 contre le train minéralier de la SNIM et de l'agonie des conducteurs qui ont appelé à l'aide par radio mais que les troupes mauritaniennes n'ont pas pu rejoindre à temps ?  ......

 

 

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Trente après le 10 juillet, Mustapha Ould Mohamed Saleck parle à Ould Kaïge
LE CALAME





la situation du pays avant le putsch, du scénario de l’opération et de ses conséquences pour la Mauritanie (3ème partie)
‘’Mon principal objectif était de ramener, rapidement, le pays à la légalité institutionnelle et installer dès que possible un pouvoir civil’’


III Les impasses


Vous êtes au pouvoir. Il y a des textes qui sont sortis très vite, il y a des communiqués et une composition du Comité, une Charte constitutionnelle. Comment sont venues ces idées-là? Et qui les a faites? C’est vous?
C’est en réunion de groupe que nous avons décidé de cette organisation, qui devait répondre à l’objectif fixé. Je n’étais pas venu pour m’éterniser au pouvoir. Mon intention était essentiellement, une fois la situation stabilisée, après le coup d’Etat, de remettre le pouvoir entre les mains des civils et de les placer devant leurs responsabilités.
Pour ce faire, il m’a paru nécessaire de mettre en place une structure et un minimum de textes juridiques pouvant garantir l’organisation d’un scrutin, le plus rapidement possible, sans dissocier la partie civile de ses responsabilités d’Etat et en faisant en sorte que toute la population de la Mauritanie soit représentée dans un Conseil national ou dans une assemblée… … que vous avez organisé d’ailleurs et qui devait se réunir le 5 Avril, la veille de la désignation de Bouceif.
Exactement, ce Conseil devait préparer le passage à la démocratie. Il est vrai que j’avais annoncé la composition de ce Conseil, assez rapidement. Mais toutes les régions et sensibilités du pays y étaient représentées. Ce qui importait à mes yeux, c’était la volonté de faire participer tous les compatriotes civils, grands cadres de cette nation … Malheureusement, la majeure partie des militaires était réticente à cette idée. C’était le moins que l’on puisse dire.
Mais l’idée de Charte constitutionnelle, ou le mot-même de Comité militaire de redressement national, d’où viennent ces mots et ces concepts et ces textes? ce sont les civils qui l’ont pensé?
Non, mais ils y ont participé. Un certain nombre de civils se sont également impliqués à l’élaboration des textes juridiques, à leur mise en forme, comme d’ailleurs à l’ensemble des mesures prises à l’époque… c’était le sens même de ce qui devait se passer après le 10 juillet 1978. La situation qui prévalait était sans précédent et les militaires n’étaient pas préparés à la prise en charge de tout l’arsenal de gouvernance de l’Etat. En revanche, nous devions nous mettre dans une situation de retrait progressif…et les textes auxquels vous faites allusion devaient servir à cela.
Avez-vous été inspiré par l’exemple des autres prises de pouvoir par des militaires en Afrique? On a parlé du Mali…
Absolument pas. Je crois que les deux contextes étaient tout à fait différents. Nous vivions, en Mauritanie, une situation tout à fait particulière avec le contexte spécifique à la guerre. En aucun moment, je n’ai pensé à un modèle extérieur.
Comment avez-vous composé le gouvernement? En consultation au sein du Comité?
Tout s’est fait au sein du comité. Mais il est bien évident que des discussions avaient été menées avec l’équipe civile qui nous avait accompagnés dans cette entreprise. Certaines de leurs suggestions ont même été retenues.

Les militaires refusent la démocratie

Vous êtes vite écarté du pouvoir. Il y a eu ce Conseil consultatif national qui semble n’avoir pas plu, et il y a un mois avant, une retouche de la Charte constitutionnelle avec un article – qui est peut être l’article des circonstances exceptionnelles françaises, qui permet en état d’urgence de concentrer les pouvoirs sur le président du C.M.R.N. Cet article-là est voté, et vous le faites entrer en vigueur le lendemain. Il y a donc au printemps de 1979 à la fois votre projet d’essayer d’aller vers la démocratie et à la fois, probablement, une situation de crise puisque vous prenez des pouvoirs d’urgence. La combinaison de ces deux pouvoirs d’urgence et de ces projets démocratiques vous fait renverser. En tout cas, on organise une dyarchie, un bicéphalisme.
La mise en place des textes n’a pas eu d’effets immédiats sur la situation. A partir du moment où il y avait des pouvoirs exceptionnels dans une situation exceptionnelle, mon principal objectif était de ramener, rapidement, le pays à la légalité institutionnelle et installer dès que possible un pouvoir civil. C’est pourquoi j’ai très tôt voulu par ce Conseil faire participer la composante civile à l’élaboration des textes juridiques.
J’ai voulu faire comprendre à tous que seul un choix consensuel et national pouvait donner une orientation bénéfique à ce pays. De grandes décisions allaient désormais revenir à ce Conseil. Il n’y a que des solutions étudiées, convainquant l’ensemble des acteurs qui pouvaient aboutir.
Des cadres de haut niveau, représentant la Mauritanie dans toute sa diversité, ont été désignés à cette fin.
Ces gens ont été nommés, j’ai vu la liste au Journal officiel, vous les aviez consultés les uns les autres, avant de les nommer, ou vous avez bombardé tout le monde?
J’avoue n’avoir consulté personne parmi eux. Nous travaillions dans l’urgence. J’ai tout simplement chargé un certain nombre de collaborateurs – dont la plupart d’ailleurs étaient des civils – de s’occuper de ces aspects-là en donnant les grandes directives. J’ai aussi insisté sur la nécessité d’aboutir à un consensus national. Une représentation de l’ensemble des régions à travers des cadres compétents.
Les militaires n’avaient pas apprécié … car ils se voyaient partir trop tôt. J’ai essayé de leur expliquer que notre rôle restera celui de l’arbitrage jusqu’au moment où notre sécurité en tant que militaires aura été assurée par la nouvelle classe politique élue par le peuple.
… parce que vous aviez des garanties à prendre rétrospectivement ?
C’est obligatoire… Le Comité militaire se devait d’accompagner le processus d’accès à la démocratie, d’une part, et d’assurer la reconstruction et la stabilité de l’institution militaire, d’autre part. Tout cela me paraissait aller dans l’intérêt du pays.
Qu’est-ce qui pousse le Comité à inventer un Premier ministre et à faire nommer Bouceïf et à instaurer ce dualisme, tout au moins ces deux fonctions de chef de l’Etat et de Premier ministre ?
C’est une divergence de point de vue au sein du Comité militaire qui a imposé cela. Nous avions constitué un Comité d’officiers, et nous prenions les décisions de manière collégiale sans tenir compte du degré d’implication des uns et des autres dans le projet de coup d’Etat au départ. Certains ont d’ailleurs voulu me pousser à introduire cette différentiation-là. Mais je ne l’ai jamais accepté…je tenais beaucoup à cette approche collégiale.
Mon attachement à la remise du pouvoir aux civils ne plaisait pas à tout le monde. C’était une idée qui était loin de faire l’unanimité au sein du Comité. A partir de là, certains d’entre eux ont commencé à se voir dans le cadre de groupes restreints. J’étais tenu au courant de tout ce qui se passait. D’autres revenaient régulièrement à la charge pour me demander de revenir sur les décisions prises. Cette question commençait à diviser le collège, mais il se dégageait très clairement que la majorité était pour une reprise en main totale du pouvoir par les militaires.
J’avais alors deux possibilités. Soit d’user du pouvoir qui était le mien et imposer une solution par un coup de force. Je rappelle que l’ensemble des forces armées était sous mon contrôle. L’unité de la 6ème région, la véritable force de frappe de l’époque, se trouvait alors entre les mains de mon jeune neveu Djibril Ould Abdallah, que j’avais déjà mis à contribution pour l’exécution du coup d’Etat. Les unités qui étaient à l’intérieur m’étaient également totalement acquises. Sur ce plan-là, si vous voulez, j’étais tout à fait tranquille… et j’aurai pu continuer à garder l’intégralité du pouvoir.
Soit de privilégier la stabilité du moment et accepter ma mise en minorité au sein du collège, respectant ainsi les règles que j’avais moi-même imposées.
J’ai donc choisi la seconde option et j’ai délibérément décidé de me retirer.
Donc là, c’est quelque chose d’informel à quelques-uns, et cela débouche sur une réunion du
Comité et l’idée de Premier ministre, qui est confié à Bouceïf.
Oui, c’est effectivement au cours de l’une de nos réunions que nous avons formalisé tout cela. Deux sujets ont été débattus : la dissolution du Conseil national et la désignation d’un Premier ministre. Je me suis opposé à ces deux idées et j’ai signifié l’intention de me retirer. Beaucoup de tractations ont suivi sur fond de divisions, certains voulaient absolument me faire revenir sur ma décision. C’est ce qui a pris un peu de temps avant mon retrait définitif.

Le retrait du pouvoir
 

C’est donc vous qui avez finalement démissionné ?

Tout à fait. Pour les raisons que je vous ai expliquées. Je suis resté le temps de les laisser s’organiser…très vite, il y a eu l’événement douloureux de la mort de Bouceif.

Pourquoi le choix de Mohamed Mahmoud Ould Louly pour vous succéder, finalement, à la tête de l’Etat ?
Est-ce votre initiative?
 

Ce n’est certainement pas à mon initiative puisque j’avais déjà quitté le collège. Mais il me semble que ce choix s’imposait compte tenu des qualités intrinsèques et de la sagesse de Mohamed Mahmoud.
Comment et par qui – vous seul ? Un petit groupe ? une cooptation – est composé le Comité militaire, et surtout comment il est modifié. La composition initiale est publiée dès le 10 Juillet, mais plus ensuite. Le lieutenant-colonel Abdelkader n’en fait pas partie, mais il y entre ensuite. Il semble que par la suite – après que vous ayez quitté le pouvoir ou dès 1978 – le président du Comité, chef de l’Etat et/ou chef du gouvernement, peut modifier cette composition comme il veut parce qu’il y aurait des membres de droit, selon les commandements militaires, et que ces commandements ne sont pas cooptés, mais décidés au niveau de l’Etat.
Le Comité au départ était tenu par ceux qui avaient été de l’initiative. Nous l’avons bien sûr étendu à certains officiers par souci de rassembler et de faire participer tout le monde… et ce, dès le départ. Tant que j’étais là, il n y a eu aucune modification et personne, pas même le chef de l’Etat ne pouvait s’arroger cette prérogative. C’est donc après mon départ qu’il y a eu ces ouvertures.
Quel contact le Comité et vous gardaient avec les forces armées? Consultations, réunions ? La base de ces forces était-elle consultée pour les changements dans l’organisation du Comité ?
Les forces armées étaient représentées. Le chef de l’Etat est le chef des forces armées. Le chef d’état-major et les commandants de régions sont aussi membres du comité. Les liens se faisaient à ce niveau-là.
Cette rumeur de putsch qu’on vous a prêtée en Janvier 1982, et on vous coffre avec Sid’Ahmed Ould Bneijara et Baham Ould Mohamed Laghdaf. Alors 1° : est-ce qu’il y avait une vérité dans ce projet de reprendre le pouvoir, et 2° si ça n’est pas le cas, pourquoi vous a-t-on arrêté? Et surtout extrêmement mal traité ?
Pour ce qui est de la raison de mon arrestation, je ne saurai vous le dire. Après ce que j’ai vécu de ma première expérience du pouvoir… et après l’avoir quitté délibérément et publiquement… qu’est-ce qui m’aurait bien poussé, à vouloir chercher à le reprendre … et de quelle manière? Ayant des forces à ma disposition, disposant de tous les moyens nécessaires je n’avais pas voulu rester au pouvoir … pourquoi ? Un beau jour, et si peu de temps après, peut-on penser que je suis en train d’organiser clandestinement un putsch ? Cela me surprend d’autant plus que le Président en place était une personne pour laquelle j’avais beaucoup d’estime, officier de valeur que j’avais soutenu à plusieurs moments de sa carrière, et que je croyais jusque là m’être des plus fidèles. Je rappelle, par ailleurs, que c’était le premier du collège à s’être fermement opposé à ma démission.

Donc, l’accusation de complot est inexplicable ?

Tout à fait inexplicable! Le soir où ils sont venus m’arrêter, je me préparai pour me rendre, vers quatre heures du matin, à mon domicile, à soixante kilomètres au nord de Kiffa. La voiture était là, il y avait des jerricanes d’essence et mes bagages prêts à être embarqués. J’étais très loin de préparer un coup d’Etat. C’était une véritable mascarade montée de toutes pièces. Malheureusement, le régime de l’époque vivait dans la peur. D’autres, profitant de pareille situation, vivaient, eux, de renseignements colportés auprès des services secrets et du chef de l’Etat. Elles étaient souvent fausses. Je crois que les Mauritaniens se souviennent bien du climat particulièrement délétère qui a marqué cette période-là.
Réfléchissez bien. Baham, Bneïjara et moi, de quel coup d’Etat, étions-nous capables? Qui étions-nous pour pouvoir mener un projet d’une telle ampleur à son terme?
Et vous aviez gardé des relations pas seulement d’amitié, mais de conseil politique…, avec Haïdalla après votre départ du Comité ?
Haïdalla demandait régulièrement de mes nouvelles, manifestait beaucoup de disponibilité à mon égard, avait donné instruction à ses collaborateurs de me faciliter son accès. Il m’est arrivé de l’avoir au téléphone ou de lui envoyer des notes écrites. Ce à quoi il a toujours répondu avec beaucoup d’égards. Mais je ne l’ai jamais revu directement, ni cherché à le voir, jusqu’à mon arrestation. D’ailleurs, je n’étais que très rarement à Nouakchott.

La question du Sahara

Est-ce qu’on a délibéré pendant la période où vous êtes président du Comité, est-ce qu’on a délibéré déjà d’une solution saharienne ?
Pas tout à fait. On en discutait, la question restait posée, il fallait nécessairement la régler et de manière urgente… je m’étais moi-même rendu au Maroc, pour préparer justement une solution commune. Le Roi l’avait, à l’époque, parfaitement accueillie. Il avait pour cela convoqué et réuni toute son assemblée, durant mon cours séjour à Rabat pour débattre du processus que nous préconisions pour arriver à une solution durable.
Pour ma part, comme – je le pense –, la majeure partie des Mauritaniens, je considérais que le peuple sahraoui était si semblable et si proche du peuple mauritanien qu’il était bien difficile de les dissocier. Il n y avait rien qui pouvait séparer la Mauritanie de cette population là. C’est pour cette raison que notre rapprochement avec le Sahara ne devait pas se faire par le bout de la baïonnette. La Mauritanie préférait donc une voie de conciliation. En effet, nous devions rapidement permettre aux Sahraouis de disposer de leur avenir par voie de referendum où le choix serait posé entre l’autodétermination et le rattachement au Maroc ou à la Mauritanie…
Dans cette perspective, je ne croyais pas en la formule de la séparation. Je n’ai jamais accepté non plus la formule de la rétrocession pure et simple de la partie mauritanienne. Et, avec le Polisario, j’ai été aussi clair, quand Kadhafi les a amenés autour de la table des négociations, devant moi.
Kadhafi vous a forcé à les voir?
Kadhafi me les a amenés lors d’une visite que j’effectuais en Lybie. Je les ai accueillis et assurés de toute notre disponibilité à œuvrer pour le règlement de ce conflit. Mais il fallait comprendre que la position de la Mauritanie dans ce conflit ne pouvait être comparable à celle d’un mouvement de libération. J’ai donc insisté sur la nécessité du respect des lois internationales pour crédibiliser leur mouvement.
Le cessez-le feu, déclaré unilatéralement par le Polisario après le coup d’Etat de 1978, a été une très bonne chose pour notre pays mais le Polisario y a aussi trouvé plus d’avantages.
Je reviens un peu en arrière. Il y a eu une rumeur qui a été insistante parmi vos compatriotes qui était que la France a été relativement heureuse de votre prise de pouvoir, qu’elle y aurait même un peu aidé, qu’elle y aurait été favorable, et qu’en tout cas elle la connaissait. Qu’est-ce qu’il y a de vrai, là-dedans ?
Je n’ai jamais eu de contact avec une personne de l’extérieur. Je n’ai jamais eu de contact avec une autorité quelconque, qu’elle soit française ou autre. En revanche, juste après le coup d’Etat, j’ai reçu l’Ambassadeur de France. Je crois que c’est la première personnalité diplomatique que j’ai reçue dans mon bureau. Je l’ai fait venir dans mon bureau pour lui expliquer la situation et les motifs de notre action. Je l’ai évidemment rassuré sur nos intentions. Il s’inquiétait, notamment du sort de certaines personnes, en particulier du président Moktar ou encore de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hamdi Ould Mouknass.

Le traitement réservé au président Moktar Ould Daddah
Justement, le traitement réservé au président Moktar Ould Daddah. Vous-mêmes et ceux – donc – que j’appelle les putschistes, et notamment Mohamed Khouna Ould Haïdalla –, protestent de leur respect personnel pour lui. Pourtant, il semble que pendant que vous êtes au pouvoir, le Comité est divisé sur son sort, et Haïdalla le visite à Oualata. Il lui déclare venir de la part du Comité et de son président – de vous donc – pour le saluer, s’informer des conditions de son « installation» et lui poser « certaines questions sur certains problèmes ». Quelles étaient les délibérations du Comité là-dessus ?
Le fait d’envoyer Haidalla, alors chef d’état-major et membre du Comité est l’expression de la considération et de l’intérêt que tout le Comité accordait à Moktar. Pour le reste, il n y a pas eu de délibérations particulières à ce sujet. Le cas de Moktar ne se posait pas en ces termes. Personne ne lui voulait du mal et personne n’avait de compte à régler. Il ne faut pas qu’il y ait d’équivoque là-dessus.
Et ce procès qui lui est intenté, par contumace? Vous n’êtes plus au pouvoir, on est en Octobre-Novembre 1980, mais qu’en avez-vous su ? Et si je rapproche les chefs d’accusation de la déclaration que vous avez publié le matin du 10 Juillet 1978, l’esprit reste le même : «les forces armées, dépositaires en dernier recours de la légitimité nationale, conscientes de leurs responsabilités ont pris le pouvoir, ou plutôt ont repris le pouvoir à ceux qui l’ont lâchement spolié pour sauver le pays et la nation de la ruine et du démembrement, pour sauvegarder l’unité nationale et défendre l’existence de l’Etat.»

Je crois qu’il n y a aucun rapprochement à faire entre ces deux événements. Pour ce qui est du procès par contumace intenté par Haidalla. C’est plutôt à ce dernier qu’il faudrait poser la question.

Les deux avenirs



Dernière question, la première proclamation du Comité ordonne la «dissolution» de la Constitution, du Gouvernement, du Parlement, du Parti du peuple et il est dit que «le comité assume tous les pouvoirs jusqu’à la mise en place d’institutions démocratiques». Comment envisagiez-vous ces institutions, en aviez-vous discuté avec certains officiers, avec des civils ?
Les choses étaient très claires à ce sujet. Je crois vous avoir expliqué mes intentions à travers la création du Conseil, de l’Assemblée, le retrait progressif au profit des civils et l’organisation du scrutin… la suite vous la connaissez.

Propos recueillis par Ould Kaïge
 
 
 

Le coup d’Etat du 10 Juillet 1978 : Une analyse personnelle ‘’contre vents et marées’’



LE CALAME


Avertissement – affecté à l’ambassade de France au Portugal à l’automne de 1975, je n’étais pas retourné en Mauritanie depuis le congrès extraordinaire du Parti en Août et le quinzième anniversaire de l’Indépendance en Décembre, et je n’avais pas non plus revu le Président, quand – à ma stupéfaction – le lundi 10 Juillet 1978, à Rome où je me trouvais en mission, je vois la manchette du journal Le Monde. Je n’ai ensuite aucune nouvelle directe de la Mauritanie, sauf les nouvelles de la presse française, jusqu’en Juillet 2001, époque à laquelle je raccompagne Moktar Ould Daddah et Mariem, pour leur retour d’exil à Nouakchott. Le Président, dès son arrivée en Octobre 1979 en France, m’avait entretenu de ce qu’il avait vécu du coup, dans des termes analogues quant au fond à ce que donnent ses mémoires(1), mais sur un ton beaucoup plus vif. A propos notamment de la légitimité. J’ai depuis enquêté, auprès des anciens ministres et collaborateurs du père-fondateur, dans les dossiers de presse en France me mettant à jour des éphémérides jusqu’à aujourd’hui, et enfin auprès des putschistes eux-mêmes. Le colonel Mustapha Ould Mohamed Salek a accepté d’être publié dans ces colonnes les 8. 15 et 22 Juillet. J’espère que le colonel Mohamed Khouna Ould Haïdalla consentira aussi à la publicité de notre conversation. – Il me reste encore à rencontrer certains acteurs. Mais les colonels Ahmedou Ould Abdallah ou Cheikh Ould Boïda sont morts, et aussi les exemplaires colonels Ahmed Salem Ould Sidi et Mohamed Ould Abdel Kader dit Kader, fusillés en Mars 1981. Et je n’ai pas les moyens d’aller au Qatar. L’exilé, qui a presque égalé le père-fondateur en longévité au pouvoir, tentera-t-il de l’approcher? En rédigeant, lui-même aussi, ses mémoires? – Je donne ce que je crois avoir compris.

Trois séries d’observations : la crise, le coup, les conséquences

I – La crise

Au début de Juillet 1978, la Mauritanie est en crise, mais ce n’est pas la première fois et les différents fronts que doivent tenir ses dirigeants et son peuple, sont loin d’être enfoncés. La guerre du Sahara(2), rétrospectivement et surtout pour l’extérieur, est présentée comme la cause décisive de la chute de Moktar Ould Daddah et de son régime. Ce n’est pourtant pas le seul motif, ni même le principal, que se donnent les putschistes par leur communiqué de l’époque et selon ce qu’ils confient maintenant. Pour eux, l’évolution de la Mauritanie était bloquée à tous égards, le pays allait mal, le pouvoir en place n’en répondait plus.
Pourtant…
Le front militaire tenait – après les alertes terribles de la si difficile prise de la Guerra en Décembre 1975 et les coups de main au seuil de la capitale, le premier opéré par le secrétaire général fondateur du Polisario, le 8 Juin 1976 et le second, le 3 Juillet 1977, ainsi que la prise d’otages à Zouerate, le 1er Mai 1977. Le concours aérien de la France y était pour beaucoup plus que la présence des troupes marocaines, notamment à Akjoujt, peu mobiles et pas très bien «vues» des Mauritaniens. L’armée nationale faisait l’essentiel, sa combativité était diverse, mais n’a jamais été mise en cause. Il y a eu beaucoup d’héroïsme. A ma surprise, la Mauritanie n’a jamais élaboré une stratégie de contre-offensive ou d’exercice du droit de suite. Le si regretté commandant Soueïdatt Ould Weddad eût excellé en coups de main, notamment vers les sites pétroliers de l’Algérie, et eût déstabilisé les mouvements de repli vers Tindouf des agresseurs, et peut-être menacé certains de leurs camps, là-bas. Moktar Ould Daddah était, en fait, moralement et intellectuellement, tenu par son analyse de la guerre : un conflit imposé du dehors par l’Algérie, selon un plan cyniquement exposé par Boumediene recevant le président mauritanien à Béchar le 10 Novembre 1975. A l’agression, la Mauritanie ne répondrait pas par l’agression.
L’économie était physiquement fragile puisque l’essentiel des ressources venait à l’époque des mines de fer, que leur site et le chemin de leur exploitation étaient particulièrement exposés. On ne comptait pas les sabotages et la production en 1977-1978 était loin des records de 1974, mais le déficit commercial – important – était dû bien davantage à la conjoncture et aux prix sur les marchés internationaux qu’à la baisse de la production. Le crédit mauritanien, essentiellement fonction de la diplomatie incarnée par Moktar Ould Daddah, restait intact, à preuve la négociation du financement des guelbs aboutissant à la veille du putsch et la réunion à Paris des 27 et 28 Janvier 1978 avec les bailleurs de fonds conduits par la Banque mondiale. Les rapports de celle-ci et ceux du Fonds monétaire international ont une période de revue qui coïncide avec le changement de régime : ils montrent que ressources et crédit existaient(3). Les militaires en ont profité à leurs débuts, Moktar Ould Daddah leur rappela même des engagements personnels qu’avaient pris certains de ses homologues envers lui et dont bénéficièrent, à sa demande, ses «successeurs». Sans doute, la trésorerie était périlleuse. Ce n’était pas la première fois, et ce n’a pas été la dernière.
Le front diplomatique tenait aussi puisque la conclusion du sommet de l’O.U.A. à Khartoum (19 au 21 Juillet) pendant que les militaires prenaient le pouvoir à Nouakchott, n’est pas du tout favorable ni au Polisario ni à l’Algérie, malgré la présence dans les couloirs d’une délégation sahraouie que l’Angola demande formellement de recevoir. Un comité des sages pour le Sahara occidental est au contraire institué selon la demande d’Ahmed Osman, Premier ministre marocain et à l’initiative du Mali. La République arabe sahraouie démocratique n’est pas reconnue, et l’Organisation continentale refuse son dessaisissement au profit des Nations unies, que demandait le colonel Boumediene.
Les causes réelles me paraissent à chercher du côté du pouvoir, ce qui est délicat à dire et demeure des suppositions qui me sont personnelles. Mais je dois aussitôt affirmer que toutes les chances d’une évolution positive demeuraient – l’effet irréversible du coup militaire a été d’empêcher cette évolution. La chance ne s’en est pas représentée, contrairement à ce qui a été cru par beaucoup en 1985-1986 et peut-être à ce qui était unanimement espéré en 2005-2007.
En Juillet 1978, le pouvoir gardait tous les moyens de ramener le pays vers des temps calmes et même vers une conclusion très constructive, notamment en matière institutionnelle, que n’aurait pas empêchée le conflit saharien. De ce conflit, je reste convaincu que Moktar Ould Daddah était le plus à même de trouver, à la longue, les solutions de manière à ce que personne ne perde la face. C’était d’ailleurs l’opinion de la plupart des Mauritaniens, alors. La mort de Houari Boumediene – le 27 Décembre 1978 – si peu après le coup militaire à Nouakchott, aurait été une opportunité décisive. Le roi du Maroc – témoignage de Mustapha Ould Mohamed Salek (Le Calame – 22 Juillet 2008) – était ouvert alors à des solutions qu’il n’a plus envisagées ensuite. La Libye n’avait pas reconnu la République sahraouie, ni évidemment la Tunisie.
Les haines et jalousies de personnes n’ont jamais cessé envers Moktar Ould Daddah depuis 1957 (et même avant, puisqu’il manqua l’investiture pour l’Assemblée de l’Union française, au bénéfice de Souleymane Ould Cheikh Sidya, et selon ce que j’ai entendu d’Ahmed Baba Ould Ahmed Miske, haines et jalousie de jeunesse, de famille – comme dans les tragédies antiques). Il semble qu’elles s’étaient avivées à proportion d’une véritable apogée politique du Président en 1975, qu’elles gardaient un fond tribal : l’Est et le Nord contestant le Trarza et le Trarza, comme toujours, divisé contre lui-même, sinon même la propre famille de Moktar Ould Daddah, et les militaires en usèrent… En sus, était apparue une jeune classe de civils, pourtant honorés et placés déjà aux postes de décision – c’est l’énigme du parcours de Sid’Ahmed Ould Bneijara, voire d’Ismaël Ould Amar – à ne pas confondre avec les universitaires ralliés entre 1969 et 1971. Je pense que le Président aurait pu les intégrer d’âme sans trop de difficultés, comme il avait su le faire à tant de reprises depuis 1957. D’ailleurs, des ennemis tenaces comme Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf (son attitude au moment de la négociation à Paris des accords de coopération, son opposition explicite et motivée – que j’ai d’ailleurs considérée salubre – au Parlement, son retour au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères du comité militaire) a fini par revenir au fondateur : il était en 2001 à la tête du comité réunissant les signatures et pétitions pour le retour d’exil de Moktar Ould Daddah.
Deux circonstances me paraissent avoir été décisives, mais elles n’étaient ni durables ni irréversibles.
La première est une indéniable fatigue physique – et sans doute morale – du Président. Les proches l’attestent. Ce qui rendait moindre son rayonnement et faisait paraître plus crispées sans doute ses attitudes. La réunion du 3 Juillet(4) avec les militaires – que lui-même ne «sentait» pas – a été certainement désastreuse parce qu’elle a ruiné pour les auditeurs, pourtant de bonne volonté, malgré leur propre fatigue et ce qu’ils vivaient d’expérience au front, une crédibilité jusque-là intacte. On croyait à des perspectives, à des solutions, à des négociations. Moktar Ould Daddah traita les officiers en adultes. Sa propre angoisse était sans doute que sur le dos des combattants et d’un pays qui souffrait – évidemment – d’une guerre disproportionnée, il y avait l’agiotage, les carrières, les enrichissements. Son combat n’était pas militaire mais moral. La corruption l’accablait. Sa fatigue fut là.
La seconde est qu’à l’heure du danger – aussi bien à la veille de l’échéance saharienne, l’été et l’automne de 1975, qu’en pleine guerre, au début de 1978 – il n’existait plus l’outil et l’équipe qui avaient fait la force du pouvoir pendant si longtemps. Le comité permanent du Bureau politique national, cinq ou six personnes, ne fut plus reconduit en 1975. Les camarades de la première heure étaient rétrogradés même s’ils continuèrent de jouer des rôles décisifs : Ahmed Ould Mohamed Salah, à la veille du coup, était encore chargé de l’intérim présidentiel à chaque absence du chef de l’Etat et tenir l’Assemblée nationale (tâche dévolue à Abdoul Aziz Sall) n’était pas secondaire. Il manquait – selon moi, et selon beaucoup – Mohamed Ould Cheikh, estimé autant des officiers nationaux que des compagnons français. La crise de «gouvernance» était évidente et le congrès de 1978 ne fut pas celui d’un renouveau. Le Président en avait conscience, qui modifiait d’année en année, l’organigramme : le système aventuré, a priori, des ministres d’Etat supervisant mais frustrant les ministres du rang (en réalité, Moktar Ould Daddah commençait d’essayer la formule d’un Premier ministre d’abord pluriel), la place qui se cherchait du Conseil national et donc d’un contrôle et d’un organisme de proposition, propre au Parti, mais plus simple que le Congrès plénier.
Et je reste étonné qu’il n’y ait pas eu un comité de guerre propre à la Mauritanie et qui, probablement, eut fonctionné comme une extension à trois ou quatre officiers de l’état-major, du comité permanent du Parti. Car, rétrospectivement, la séparation mentale entre les responsables politiques et les responsables militaires avant le coup, est choquante. On ne communiquait pas, on ne se parlait guère. Deux clans de «promotionnaires» que n’unissait pas la gestion commune des périls… les futurs putschistes, au contraire, pratiquaient cet échange et c’est sans doute ce qui les amena à envisager le coup. Quelques civils, analysant à leur manière les situations financière et diplomatique, donnèrent aux militaires, en manque de moyens et frappés des souffrances et des pertes humaines, les arguments qu’ils ne savaient pas se formuler pour eux-mêmes. Moktar Ould Daddah, confiant dans le patriotisme des uns et des autres, se projetant sur ses compatriotes, se battant pour la dignité nationale de chacun, n’imagina pas alors le contre-discours.
Mais ses compatriotes – et moi, l’ayant écouté de 1965 à sa mort – nous savons bien que le fondateur avançait par étapes, pouvait sembler quelque temps enfermé dans ce qui n’était pas une immobilité mais une réflexion. Je crois que l’on était à la veille d’une révolution et de propositions, de politique intérieure, qui auraient changé toute l’ambiance, tandis que le front diplomatique – infranchissable pour le Polisario et l’Algérie – aurait progressivement révélé d’autres périmètres, avec le temps. Les solutions étaient de nouveaux chemins démocratiques, mais à la mauritanienne. Le jeudi 6 Juillet, soit le surlendemain ou le lendemain de la réunion avec les militaires, et ce ne fut pas une coïncidence, mais un effet… Moktar Ould Daddah s’ouvrit à Ahmed Ould Mohamed Salah d’une mue à laquelle il songeait depuis quelque temps – même processus de maturation que pour la réforme régionale ou la nationalisation de MIFERMA. Introduire la pluralité de candidatures aux élections, mais dans le cadre du Parti, et n’aller au multipartisme qu’en aboutissement d’un processus, d’abord essayé à l’Assemblée nationale.

II – Le coup

Le Président n’a jamais varié sur le cheminement de sa pensée entre le moment où il apprit – pour une énième fois – qu’un coup se préparait et celui de son arrestation. «Je préfèr
 

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