5 novembre 2003, l'OCVIDH rencontrait Saïdou KANE



C'était le 5 novembre 2003, l'OCVIDH rencontrait Saïdou KANE



Professeur Saidou Kane


Professeur Saidou Kane, vous n'êtes pas un inconnu pour nos lecteurs, pouvez-vous néanmoins vous présenter ?

En vous remerciant pour cette interview, permettez-nous d'encourager l'OCVIDH dont nous soutenons résolument le combat constant qu'elle mène pour le respect, la défense et la promotion des droits de la personne humaine en Mauritanie. Ce combat est maintenant largement reconnu. Il s'agit d'en élargir le champ et de l'approfondir.

Comme vous l'avez dit, n'étant pas un inconnu, permettez-moi de rappeler très sommairement à vos lecteurs, militants et amis, que nous avons reçu une formation universitaire dans les sciences humaines, sociales et politiques. Nous avons, ensuite enseigné dans les établissements d'enseignement publique, tant secondaires que supérieurs spécialisés, occupé le poste d'inspecteur de l'éducation nationale, tout en conservant celui de chercheur à l'Institut Mauritanien de Recherche Scientifique.

Le combat politique et l'exil volontaire, nous ont conduit aux Pays-Bas, notre terre d'asile, où nous avons pu sécuriser une partie de notre famille, et où nous enseignons l'anthropologie culturelle appliquée. Des consultations nous portent souvent en Afrique de l'Ouest.
Mais, nous nous sommes arrangés pour que ces activités professionnelles occupent très peu de temps par rapport au combat que nous consacrons aux droits de l'homme et la continuation de notre lutte politique contre l' État mauritanien éthno-centré, au mieux des intérêts d'une éthno-classe qui a confisqué notre indépendance .

Vous voyez donc que notre exil, à l'instar de celui de tous mes autres compatriotes sincères, n'est pas fait d'aller- retours (comme si de rien n'était) au pays ou de villégiature et sécurité alimentaire à l'étranger que l'octroi de permis de séjour aura rendu possible à certains qui ont pu refaire leur vie, en se nourrissant du sang de notre communauté et de ses martyres. C'est dire que seule une telle vampirisation de la cause de notre peuple a pu discréditer et freiner la clarté de la lutte du plus grand nombre de réfugiés à l'étranger.
Cet exil n'a, pour nous, de sens que dans la continuation sans faille de la lutte contre le modèle d'État ethnocratique nous excluant de notre droit à l'existence et aucune bonne raison ou aucune tentative de séduction-sédition ne saurait nous arrêter dans cet engagement.

En l'occurrence, Il est bon de rappeler, pour terminer, un des traits fondamentaux de notre caractère et de nos convictions et manière d'agir. Nous ne sommes pas pétris dans la glaise du radicalisme aveugle, de l'arrogance ou du refus de toute négociation qui irait dans le sens de la réduction de notre calvaire pour nous rapprocher de la réalisation de notre projet pour la Mauritanie. Mais qu'on ne s'y trompe jamais, notre éducation, basée sur une certaine épaisseur éthique, ne peut nous conduire à trahir la parole donnée, à renoncer à l'engagement pris. Surtout lorsque les droits du peuple auquel nous appartenons - donc, nos propres droits- sont spoliés. 
Cela ne veut pas dire que nous sommes le seul dépositaire de cette éthique. Nous n'avons nullement réinventé la roue. Mais notre vécu et notre pratique quotidiens sont le meilleur livre de lecture de notre essence profonde. 

Après le séisme du 08 juin qui a ébranlé les assises du colonel Taya, nous assistons à un chamboulement et une redéfinition de la confiance au sommet de son régime. Pensez-vous là à 
des signes annonciateurs d'une chute prochaine ?


Votre question est une question ouverte qui demande un certain détour.
Permettez-nous d'abord alors d'insister sur le fait que nous condamnons toujours le recours au putsch comme mode d'accès au pouvoir, comme Ould Taya l'a fait, ainsi que tous ceux qui sont parvenus au pouvoir, à partir de 1978. 
Certains enseignements du putsch manqué redéfinissent plus clairement les termes de la confiance entre les acteurs au sommet de l'État. Il en dit, également, long sur le racisme de cet État et sur les luttes tribales, désormais, plus ouvertement engagées, pour le partage du gâteau, après un travail de près d'un demi-siècle de marginalisation des Noirs des centres de décisions. 

Le putsch a davantage montré ce que les négro-mauritaniens pouvaient représenter pour Ould Taya. Et cela, nous l'affirmons jusqu'à preuve du contraire.
Qu'on se souvienne, en effet, la condamnation à mort, et dans la réprobation générale, de certains des meilleurs fils du Fuuta pour un soi-disant " putsch en préparation ", en 1987. Ne me parlez surtout pas de contexte, car il s'agit ici d'un état d'esprit et d'une programmation sans faille de la disqualification d'une communauté nationale au profit d'une autre.

Disqualification qui laisse dans l'impunité ceux qui, pendant 36 heures, ont massacré des Mauritaniens avec des avions et des tanks, et qu'on laisse facilement sortir du pays, alors que Nouakchott était verrouillé. Cela dépasse l'entendement. Aucune réal-politik ne peut justifier à nos yeux cette insulte. 

Nous sommes convaincus que ce coup d'État manqué, contre " l'homme- providence " qui avait accepté de jouer la carte des nationalistes arabistes, entre 1985 et 2003, pour la radicalisation de l'emprise de l'ethno-classe raciale sur les rouages de l'État, visait à remettre également en cause les privilèges de quelques deux ou trois tribus du Nord, bénéficiaires principales des moyens de l'État et de la manne financière qui tombe chaque année dans le panier de l'économie nationale. 

Rien n'aurait changé pour les Noirs avec ce putsch du 08 juin. Même pas la remise en question des modes d'allocations de crédit aux opérateurs économiques mauritaniens dont seuls 3% sont consentis, depuis 1966, aux opérateurs négro-africains. Tout comme, il n'a jamais été question qu'un ambassadeur noir représente notre pays au Sénégal, depuis 1966. 

Ce n'est pas le modèle d'État ethnique et tribal que le putsch manqué voulait remettre en cause. C'est contre l'exclusion de ses auteurs des privilèges qui est au cœur de l'action menée, sous forme de règlement de comptes, malgré le maquillage patriotique tardif qu'on a voulu lui donner.

Ce putsch a ouvert la porte à toutes les aventures. Il a fragilisé le régime (et, par ricochet, est en train de le renforcer) et montré clairement que l'armée est une institution vermoulue. Une armée traversée par les mêmes contradictions que le reste de la société. 

L' échec du putsch est devenu même, nous semble t-il, bénéfique parce qu'il nous évite de croire au miroir aux alouettes et des lendemains qui nous éloigneraient davantage de la solution de la question nationale. Sa réussite nous aurait fait croire que notre calvaire était fini, notre calvaire à nous, les opprimés, alors qu'elle pouvait radicaliser les acquis des nationalistes qui ont travaillé des décennies pour créer l'État éthnique. C'est la dérive tribale et non raciale que le putsch était venu combattre pour le compte de ceux qui ne voulaient pas que " le bateau coule ". Le capitaine, lui, il peut disparaître. Pas le bateau. Il ne reste alors au Capitaine du bateau, que notre communauté connaît mieux que les putschistes, pour tendre la main aux négro-mauritaniens de service pour se donner une nouvelle virginité. 

Le racisme profond des putschistes a, très curieusement et malgré lui, sauvé le régime de Ould Taya. Ce n'est pas le président du Sénat qui me contredira.
En effet, quand il s'est agi de savoir qui dans les premières heures du putsch quelle personnalité de l'État pouvait remplacer Ould Taya pour quelques heures pour convaincre le reste du gouvernement et l'armée à la reddition, Ould Hannana reçut la réponse du Président de la Cour Suprême (d'Aïoun, comme lui) disant que la seule personne officiellement habilitée était Mr. Dieng Boubou Farba, président du Sénat. La réponse de Ould Hannana tombera comme un couperet : ce serait grave qu'un nègre remplaçât, même pour quelques heures, le président de la République qui, depuis l'indépendance a toujours été un Maure. C'est devenu une tradition, une loi non écrite chez nous : " un Maure doit diriger la Mauritanie ". 
Un président noir ? Même pour quelques heures ! le réflexe psychologique maure, même le plus progressiste, commence d'abord par chasser automatiquement cette éventualité de son atlas mental en cherchant dans les statistiques démographiques l'impossibilité de sa légitimité. Le mal est beaucoup plus profond qu'on ne le pense. Il dure un demi-siècle et s'ajoute à la dérive raciale du concept d'esclave et le préjugé psycho-culturel tenace chez le nomade qui aurait une subtilité intellectuelle plus grande que le sédentaire. 

Mais, en même temps,ce putsch enlève le mythe de la puissance du régime et redonne du courage à tous ceux qui en avaient peur. Même l'opposition, qui avait finit par tergiverser sur ses chances aux futures élections présidentielles. C'est sans compter avec notre culture politique. Le capitaine du bateau ne se laissera pas facilement abattre, une fois qu'il a échapper à la mort. 
Le putsch l'empêche plutôt d'abandonner le pouvoir sans se battre et il est, plus que jamais, déterminé à se battre. Parce que confirmé dans ses doutes de la trahison programmée de son entourage. Le système tribalo-financier, tissé autour de lui et les criminels des années 80-90 ne le laisseront les entraîner dans sa chute. Il l'aidera par tous les moyens - s'ils n'étaient tentés de l'assassiner- à se maintenir au pouvoir pour négocier une sortie " honorable " et sécurisante. 

Le facteur géostratégique pourrait, également, intervenir ici pour le maintenir à l'instar des Bongo, Eyadéma, Kim Il Sung, Castro. Il a un atout puissant : il contrôle encore l'État et l'administration lui est acquise. Et ce n'est pas le Sénégal, le Maroc ou le Mali qui ont, chacun en ce qui le concerne, un problème casamançais, sahraoui ou touareg, qui aideraient à le renverser sans garantie de stabilité régionale.

Bien sûr, le putsch a redéfini le paysage politique au sommet de l'État. Les fronts de résistance actuels qui se dessinent au Nord et à l'est du pays, l'arrivée à Nouakchott de 600 talibans, venus d'Afghanistan, les militaires qui menacent dans les casernes, relèvent tous des effets induits du putsch manqué. Mais, rien n'indique de leur part une volonté de résoudre la question nationale.
Ould Taya sait que rien ne lui sera plus pardonné du côté maure, car, de ce côté-là, n'importe quel aventurier peut désormais se présenter comme candidat à la prise du pouvoir.

Ould Taya se sentait, hier, " trahi par les Négro-africains ". Mais, avec quels Négro-africains avait-il passé un contrat de confiance et dont la violation devait être payée par le crime de génocide, la spoliation des terres, d'autres biens, de la sécurité physique et morale, de la violation de l'identité et de l'histoire de toute une communauté? Pourtant, ce sera vers cette communauté qu'il ira pour trouver son salut. Il y a assez de nègres sans projet politique pour l'appuyer en vue de satisfaire leurs intérêts personnels, mais, toujours au détriment de leur peuple.

En définitive, après ces hypothèses, nous ne croyons pas que le putsch manqué soit un indicateur de la chute prochaine du régime. Cette chute partira de la base et non du sommet. Nous en reparlerons plus loin.

Depuis l'annonce des présidentielles, le PRDS connaît des défections chroniques au profit de l'opposition et ce malgré sa capacité soutenue de corruption et d'intimidation.
Comment expliquez-vous ce brusque revirement ?


Nous expliquons ces revirements par deux hypothèses possibles. 
Les uns, ayant fait des pieds et des mains pour partager le gâteau économique et politique au sein du PRDS, avaient déduit de l'isolement et de la fragilisation du régime, juste après le putsch, que leur salut serait d'aller butiner ailleurs.. Mais, ces opportunistes ne sont pas dupes. Ils préfèrent une corruption de longue durée en développant la stratégie du bouffon auprès des candidats les mieux lotis que de nettoyer le nez des chameaux de ceux dont le pouvoir arriverait à son terme. D'après leur analyse. Les bases sociologiques et idéologiques de l'opportunisme en Mauritanie sont faciles à décrire

Les autres, éclaireurs et gardiens du Temple, ne seraient que des émissaires du régime pour paralyser l'action des candidats de l'opposition démocratique, capables de profiter du ras de marée populaire, né des effets induits du putsch manqué, qu'ils pourraient capitaliser. 

Le chef de l'Etat jouera t-il la transparence ?

S'il joue la transparence, il s'expose à une mort politique et, peut-être physique, certaine. Il ne peut jouer la transparence. Il ne laissera plus de chance à l'opposition comme lors des législatives passées.
Il jouera son va tout pour gagner au premier tour. Des détails révélateurs en disent déjà long sur les pièges tendus à l'opposition. 
Ould Boulkheir, qui se trouve au moment où nous vous parlons à R'kiz, ne pouvait, il y a quatre jours, entrer dans Kiffa, verrouillé parce que le président sortant y animait un meeting. Il lui avait fallu accepter de garer à près de trois km de la ville ses voitures pour marcher jusqu'à la place où il devait tenir le sien.
Un autre détail est le comportement du directeur de campagne de Ould Haidalla, jugé par le régime comme le candidat capable de basculer la donne. Il octroie 700.000 UM à Aleg pour la campagne présidentielle de Ould Haidalla, contre 30.000 UM à Boghé, dix fois plus peuplé qu'Aleg (la tente du candidat Haidalla, à son arrivée, était quasi vide d'homme, même s'il y avait beaucoup de musique). 

Ce directeur ne donnera à Rosso (l'étape de Haidalla du 02 novembre) que 100.000 UM. C'est dire, la partie négro-africaine du pays est la plus stérilisée financièrement pour un candidat sur lequel elle croit pouvoir compter, malgré le comportement d'un directeur de campagne, toujours enclin à s'opposer à recevoir ou à donner le moyen aux représentants de la frange la plus opprimée de voir Haidalla, en direct.
Le reste de l'argent s'est volatilisé. Où ? 

Nous soupçonnons un sabotage par le haut de la campagne d'un des candidats le plus craint par le régime. Le sabotage par le bas sera l'œuvre des préfectures. 

Nous connaissons, en outre (nous ne disons pas qu'ils sont mis à contribution) les liens souterrains qui existent entre le patron de l'UFP et le directeur de campagne de Haidalla. Leurs deux mères sont des sœurs. Cela compte dans nos sociétés encore lignanières, basées sur certaines loyautés. Le patron de l'UFP, le président de la République et le directeur de campagne de Haidalla partage la même tribu d'origine (Torkoz).

Mais, il faut plus pour freiner l'élan de Haidalla et la détermination des couches négro-africaines et de leurs représentants, à Boghé ou à Rosso, qui ont préféré renoncer à l'argent alloué pour conduire la campagne du candidat, selon leurs moyens.

Là n'est pas le vrai problème. L'argent n'est pas le seul instrument dans la quête du changement du pouvoir.Partout où nos trois candidats de l'opposition démocratique passent, ils soulèvent l'enthousiasme des masses.

Mais, le piège se referme sur eux dans les localités de l'intérieur du pays. Sous les youyous, un double processus est en train de s'opérer. 
Ould Taya fera tout pour qu'il y ait un semblant de transparence dans les grandes villes accessibles aux étrangers et aux stratèges de ses challengers. Même si déjà, au niveau du ministère de l'intérieur, des spécialistes de l'informatique seraient en train de travailler à certaines falsifications de données de l'Etat civil.

Là où viendra la surprise dans les résultats, se sera le vote dans les régions. Elles seront favorables à Ould Taya pour des raisons simples.

Le cas de fraude pré-electorale qui est en cours dans le département de R'kiz est révélateur du reste, on ne peut plus clair sur la position de l'administration en faveur du chef de l'Etat. 

Le 31 octobre 2003, à la préfecture de R'kiz, se tenait une réunion présidée par le gouverneur de Rosso et à laquelle participent les maires des diverses communes du département ainsi que les chefs des bureaux de vote qui sont tous membres du PRDS. Il y est décidé que le préfet donne les lots de cartes d'électeurs aux maires. Il est décidé que ces cartes seront distribuées pendant 48 heures, sans être accompagnées de listes électorales. Une fois ces 48 h écoulées, la distribution est terminée et le reste des cartes ne sera remise aux électeurs que le jour du vote. C'est ce qui se passe à Tékane dont le chef d'arrondissement et le commissaire de police, chez lesquels les électeurs lésés pouvaient se rendre, sont logés à 5km de là, à Ater (Lmeleïga), entouré par l'inondation.

Sans accompagnement des listes électorales, il est impossible d'en vérifier les destinataires et les partis d'obédience. D'ailleurs, l'administration y ajoute la migration de centaines, voire de milliers d'autres listes dans des localités difficilement accessibles . Plus de 160 listes d'électeurs tékanois, favorables à Ould Daddah , sont transférées à R'kiz-ville, à 65km, au nord de Tékane. D'autres sont signalées à Oumou Kara (Paala), toujours au nord de Tékane, mais rendu difficile d'accès par les inondations, à moins de 5 jours du jour J des élections. 
Face aux contestations des représentants des candidats de l'opposition, le gouverneur de Rosso dit simplement qu'il n'y aura aucun chef de bureau de vote hors de ceux qui seront choisis par l'administration. Ces chefs de bureaux seront, en outre, les seuls responsables du contrôle des listes le jour du vote. Il aurait déjà reçu l'ordre d'expulser tout représentant de candidats de l'opposition qui serait convaincu de " troubler l'ordre publique " le jour du vote du 07 novembre.

Pour le reste de l'histoire, les listes électorales ne sont affichées qu'à R'kiz -Préfecture. Que les électeurs qui ont assez de détermination et qui veulent savoir s'ils y figurent, fassent le voyage de R'kiz, via Rosso (à 75 km de Tékane) ; soit 140km, sans garantie d'y trouver leur nom.

Quand aux procès-verbaux, il n' y aurait pas de copies, selon le préfet. Il faudra aux représentants des candidats se rendre à Nouakchott, au ministère de l'intérieur, pour y contrôler le contenu. 

Cette relation est très éloquente sur le fait que même s'il y avait des observateurs étrangers, jamais le régime ne leur donnerait les moyens de contrôler les élections dans un pays si vaste, si par souci de transparence, le pouvoir ne permettait pas aux partis et candidats de l'opposition d'avoir la possibilité de contrôler sur place le scrutin. La fraude et la provocation ont bel et bien commencé. Il en sera ainsi dans toutes les régions.

Si l'on y ajoute qu'à côté d'une administration fidèle, les chefferies traditionnelles sont remises à l'honneur avec salaires pour leurs chefs (imaginez 5000 collectivités traditionnelles plus les autres nées avec l'indépendance !) pour soutenir localement le verrouillage opéré et faire pièce à toutes les actions en faveur du changement. 

Même s'ils manifestent une certaine volonté de changement, les candidats de l'opposition se sont ils assez prononcés sur la question nationale ?

Personne ne pourra construire une nation harmonieuse en Mauritanie s'il faisait l'impasse sur la question d'une saine cohabitation entre nos composantes nationales et la réalisation des droits collectifs et individuels de tous les mauritaniens.

En fait, la question nationale est devenue le débat central en Mauritanie. Les questions sur la démocratie, sur l'esclavage, l'unité nationale ou le développement du pays et les équilibres géopolitiques de la Mauritanie et de la sous région en dépendent désormais. Nous avons toujours mis en avant, des années durant, une pédagogie de la chose.

La stabilité de la Mauritanie, la reconnaissance de l'identité d'une Mauritanie pluri-ethnique et pluri-culturelle, le problème d'accès équitable aux ressources nationales, la promotion sociale et des patrimoines culturels de toutes nos composantes dépendent de la solution correcte de cette question. Sa racialisation est le fait des différents régimes qui ont servi l'ethno-classe qui a fait dériver la construction du pays sur le terrain de l'ethno-nation. C'est maintenant clair pour tous.

Si un de nos trois candidats arrivait au pouvoir pour remplacer simplement Ould Taya, il nous aura sur le dos. Puisqu'il satisfait des ambitions personnelles au détriment de la construction d'un Etat national moderne et d'une société de justice. Il aura trahi l'espérance de la mise en place, définitivement, d'un Etat.-nation, non ethnique, non tribal, non racial, mais un instrument d'émancipation et de concorde de tous les Mauritaniens.

C'est clair que l'alternance est à ce prix. Maawiya, lui-même a compris qu'il ne peut plus pousser le pion de l'ethno-nation plus loin. Il semble que s'il passait à un troisième mandat, il chercherait à devenir le président de tous les Mauritaniens et non d'une seule ethnie. Mais, il lui faudra alors transformer l'État de fond en comble. Il n'est pas cet homme. Ce serait trop beau. Par contre, nous sommes convaincus que nos trois autres candidats de l'opposition démocratique ont à cœur ce problème. Bien que pour des besoins de stratégie électorale, ils ne disent pas toujours tout.

Vous avez tout sacrifié pour l'avènement d'une Mauritanie de justice et de paix ; de l'implication dans le mouvement des élèves noirs (MEN) où, en plus de la mise à contribution de vos propres moyens financiers en formant, encadrant et parrainant la génération des élèves de 1979,vous dirigiez l'UDM, à l'incarcération à la prison de Oualata où beaucoup de vos camarades trouvèrent la mort en raison des conditions de détention très dures, en passant par les intimidations, les arrestations et mises en résidence surveillée.Ces épreuves n'ont à l'évidence, nullement entamé votre détermination et une constance dans le combat que vous avez toujours mené. De 1978 à 2003, 25 ans déjà. Quel bilan tirez-vous de votre parcours ? 

" Tout sacrifié " ? Nous pensons que nous sommes loin d'avoir encore suffisamment donné le meilleur de nous-même. Et quand nous le disons, vous nous connaissez tous pour comprendre que cet aveu est loin d'être démagogique. Nous avons pris la mesure de notre capacité de nous investir et d'investir tous nos biens pour toujours donner plus à la cause juste que nous défendons.
Surtout lorsque nous sommes investis de la confiance de camarades comme vous et de celle de nos populations qui ont tenu à nous le manifester, il y a peu. 

Un premier grand bilan positif est le fait que la question nationale, ou en d'autres termes, le problème de la construction d'une nation mauritanienne plus représentative et d'une société de justice, est devenue la question centrale du discours mauritanien sur l'État et la nation pour l'ensemble des forces patriotiques. 

Pour cela, même, notre satisfaction est telle que nous avons oublié les épreuves endurées, jusqu'ici, par cette étape essentielle que nous venons de franchir, parce que longtemps occultée, inconsciemment ou volontairement.

Mais, la nouvelle situation et les acquis sur la prise de conscience qui dépasse le cadre de simple mouvement identitaire, nous dicte plus de vigilance dans les démarches pour qu'il n'y ait aucune confusion entre une revendication de caractère nationale avec un quelconque repli identitaire.
C'est maintenant que s'engage la deuxième étape, la plus dure, celle de trouver les voies et moyens de résoudre cette question épineuse qu'il ne suffit plus de dénoncer. 

C'est dire, pour notre part que ce n'est pas le moment de nous arrêter à mi-chemin. Nous continuons le combat. Nous avons parmi nous des modèles de constance dont le plus âgé est Mamadou Samba Diop (Vigueur et santé). Que Dieu nous le laisse vivant pour longtemps encore. Murtudo est un modèle de constance, de courage et d'abnégation. Permettez-nous alors de lui emboîter le pas et rassurez-vous, ce n'est pas à 57 ans, que nous allons arrêter, surtout quand l'histoire nous donne clairement raison. Mais, cette histoire peut ne pas nous donner la victoire escomptée si nous ne sommes pas capables de trouver la bonne méthode.

Positif aussi, parce que désormais chose faite, le combat psychologique contre l'aliénation des nôtres qui étaient allés jusqu'à prétendre que notre pays était le pays des Maures et que toute lutte pour résoudre l'inégalité basée sur les origines raciales, culturelles et sociales ne pouvaient être que pour diviser notre pays.

Le verrouillage idéologique avait été de criminaliser tout négro-maurritanien qui posait le problème d'une saine cohabitation.

Nous disions donc, que le bilan est hautement positif. Parce que, dès 1978, la question nationale ou la nation en question pouvait trouver une organisation qui cherchait à la résoudre en l'Union démocratique mauritanienne (UDM), après l'échec du MND.
Le MND était, jusqu'à cette date, la seule organisation ayant pignon sur rue pour prétendre, sans être contredite, que la lutte pour la construction d'un État national était secondaire. Ce mouvement, à l'instar des autres mouvements communistes staliniens, appartenant à des sociétés anthropologiquement homogènes, réduisait le problème national, à une simple expression culturaliste.
Mais le retard pris ou l'échec de son annonce messianique de la dictature du prolétariat en Mauritanie l'amènera à trouver d'autres subterfuges (l’État ethnique n'a plus fondamentalement besoin de lui. C'est lui qui s'y accroche) pour soutenir plutôt l'ajustement structurel, la bonne gouvernance ou la lutte contre la pauvreté. Il y aura beaucoup à dire sur ce chapitre, hors de propos ici.

L'UDM sera à l'origine de tous les acquis progressistes de 1979 et mère de toutes les autres organisations qui lutteront par la suite pour la résolution de la question nationale mauritanienne. C'est contre elles que la répression de l'ethno-nation, au profit de l'ethno-classe en présence, s'abattra sans pitié.
Qui réprime t'on, en fait, si ce n'est le courant qui incarne le mieux la réappropriation par la Mauritanie de son identité réelle et de son recentrage sur ce qui lui permet d'être autre chose d'éminemment plus positif et plus rentable que l'hégémonie ethniciste et raciale actuelle ?

Avant la création de l'UDM, la faiblesse des patriotes, nationalistes démocrates, se trouvait dans l'absence d'une organisation politique solide qui put servir d'instrument de remise en cause du modèle raciste et ethniciste en construction, au profit d'une seule composante nationale. 

En effet, ni les leaders, revenus du congrès d'Aleg, de 1958, et qui réclamaient des garanties constitutionnelles pour la cohabitation, ni les leaders, délégués auprès de Mokhtar au congrès de Nouakchott (1962) et ni les 19, de 1966, malgré leur prophétie, n'avaient mis en place une structure solide, ni formé une relève pour une République mauritanienne, citoyenne et multiculturelle.

Le champ était libre pour distraire les Mauritaniens, surtout Noirs, de leur véritable combat pour leur l'unité réelle et pour celui de leur développement. Beaucoup avaient fini par se terrer et se rendre devant l'impossibilité théorique de faire face aux prétentions idéologiques du MND et des Kadhines. Qui viendrait croiser le fer ? Dénoncer le bricolage conceptuel des ténors de cette organisation ?

L'UDM prend naissance dans un contexte où le MND menait encore son principal combat qui consistait à convaincre les Noirs et les esclaves de renoncer aux leurs dont il prétendait se charger. 
Or, n'était-il pas curieux qu'en même temps, ce mouvement laissait tranquillement se développer l'État ethnique ? 
Il était devenu l'allié objectif d'une ethno-bourgeoisie raciale, beydane, dans la mise en place d'un ethno-nation dont nous vivons l'histoire lamentable et dangereuse. 

Ceux qui dénonçaient cette dérive étaient tellement insultés et traités de " nationalistes étroits " , chaque fois qu'ils ouvraient la bouche, que la plupart d'entre eux avaient fini par se convaincre de s'être trompé de combat.

Il y avait donc un travail psychologique fondamental à faire. Il fallait en finir (et c'est désormais chose faite), avec la notion de " nationaliste étroit ", collée par le MND à la peau (sic !) des patriotes négro-africains, en lutte contre le système d'État raciste qui les opprime toujours, malgré la collaboration de certains des leurs. 

Remarquez le caractère foncièrement raciste du discours politique du MND quand il fait une coupure raciale entre les Noirs, qui seraient " étroits " et les Maures, qui seraient " chauvins ". Allez comprendre la racialisation de ces catégories psycho-politiques par un mouvement de gauche et… " léniniste "! 

Si cette coupure était " objective ", il eut fallu que son acclimatation en Mauritanie fasse l'objet d'une analyse plus poussée. Si elle emportait l'adhésion des maîtres à penser du MND, la psychanalyse et la psychothérapie s'imposent pour définitivement exorciser le mal qui mine la vie de nombreux compatriotes, encore victimes du discours Mndéiste.

Ce qui est, par contre " objectivement palpable " et qui n'est pas dans l'imaginaire, c'est l'existence d'un système d'exclusion raciale et sociale qui instrumentalise des collaborateurs, issus des communautés brimées. C'est un mode connu de recrutement de certaines loyautés dans les systèmes anti-démocratiques.

Pire, est le fait que cette organisation, pour nuire à la revendication des Négro-africains, avait volontairement confondu le patriotique démocratique négro-mauritanien tourné vers la recherche de l'égalité nationale et la reconnaissance du caractère multi-culturel de la Mauritanie avec le nationalisme raciste et discriminatoire (arabiste) dont la préoccupation et l'action sont d'exclure, à terme, les Noirs des fruits de l'indépendance de la terre de leurs pères et d'eux-mêmes. 

Comme des formes de résistance commençaient à s'organiser, le discours de ce mouvement se doublait d'une stratégie qui reconnaît la justesse du combat des Négro-africains (pour les récupérer et continuer à les endoctriner), tout en déniant à leurs leaders une quelconque capacité d'analyse ou de justesse dans les positions (pour les isoler.

Il fallait casser ce complexe face à l'emballage idéologique d'alors et déchirer la camisole de force, par trop " étroite " et en finir avec cette arithmétique qui confondait, à dessein et dans le but de nuire, deux nationalismes diamétralement différents. C'est chose faite. 

Positif, également, est l'ensemble d'acquis obtenus en 1979, par la prise par l'État de certaines mesures sur les plans des réformes (enseignement) et de la tentative de dialogue national pour un autre type d'Etat (cf. Conseil Consultatif). 
S'il n' y avait pas d'organisation politique qui orientait, à l'époque, le combat général, engagé (avec tous ses succès, erreurs et échecs), jamais, la composante négro-africaine n'aurait été clairement perçue comme acteur à part entière dans la redéfinition des destinées du pays. 

Un autre bilan positif fut la naissance des FLAM, après des divisions internes du mouvement patriotique. Malgré leurs erreurs, qui restent encore à étudier dans leurs conséquences, elles ont mieux fait comprendre le calvaire des Négro-africains, après le bilan de 1966, plus profondément que n'importe quelle organisation. 
Les FLAM, nées de la volonté d'unir toutes les forces, issues de l'UDM, de ses démembrements successifs et de quelques particuliers, en lutte contre l'ethno-nation, étaient venues briser les hésitations, relancer le débat encore balbutiant et relancer la lutte pour la résolution de la question nationale. 

Il faut encore, comme en 1979, féliciter ici la jeunesse négro-mauritanienne, son courage, son abnégation- quelle soit devenue militaire ou restée civile- qui, dans les durs moments de la traversée du désert du peuple noir de Mauritanie, des années 80-90, a entretenu la flamme de notre combat jusqu'à ce jour qui l'a vue devenir, souvent, plus mûre que la plupart de ses aînés. A charge pour elle, maintenant, de former la relève en puisant dans le terreau de toutes nos composantes nationales

Vous avez toujours manifesté votre disponibilité et apporté votre précieuse contribution - que nous saluons au passage- à l'appel de vos camarades et frères. A l'approche de la date du 7 novembre, face à la conspiration du silence autour du problème de la cohabitation et le ralliement massif des nationalistes arabes à la candidature de Haïdalla, ne serait-il pas utile et nécessaire de former un comité représentant tous les courants négro-africains,avec comme objectifs de proposer un projet de société et de rappeler à nos candidats de l'opposition que les négro-africains sont des mauritaniens à part entière, que toutes les solutions qui ne tiendraient point compte de la menace de leur existence en tant que non arabes et qui ne leur assureraient guère toutes les garanties seraient vouées à l'échec ? 

L'AJD a essayé, il y a deux semaines, de réunir les Négro-africains, pour peser sur l'élection chez Haïdalla. Nous croyons qu'il fallait s'y prendre avant, sinon, des personnes sincères peuvent bien croire à une manipulation. Maintenant, c'est un peu tard. Il ne reste que des consignes de vote à donner. Permettre à tous nos amis de voter pour le candidat de l'opposition démocratique de leur choix. 

Nous sommes, comme toujours, et plus que jamais déterminé à prendre notre bâton de pèlerin ou d'ajouter notre voix à celle des autres pour réunir, en un seul ensemble, toutes les forces qui manifestent leur refus et leur volonté de s'opposer à l'État raciste et aux manipulations des ultra-nationalistes arabistes et racistes qui continuent à nuire à la Mauritanie. 

Pour tout le reste, nous vous renvoyons aux questions 3 et 4. Nous souhaitons vivement que, dès maintenant, des mots d'ordre partent de l'intérieur et de l'extérieur pour donner des consignes de vote et la mise en place d'un vaste regroupement de tous les courants patriotiques mauritaniens, soucieuses de régler la question nationale. Ce mouvement devra s'élargir en reposant sur toutes les organisations existantes à l'intérieur et à l'extérieur.


C'est le lieu de vous rassurer sur un certain point. Depuis cinq mois, nous sommes au courant de l'existence (que ses fondateurs m'excusent de l'annoncer ici) d'un vaste mouvement des forces du changement en formation, appelé le Mouvement du WALFUGI-CHINGIT. Wal (Waalo, le pays wolof) ; Fu (Fuuta, le pays pulaar) ; Gi (Guidimakha, le pays soninké et bambara) ; Chingit (le pays maure actuel). 
Nous devons, selon nos informateurs, à Monsieur Makha Sarr, directeur de l'école de Dagana et maire de cette ville, en 1957, l'acronyme de Walfugi, repris par le Lieutenant Alioune Diao.
Ce mouvement qui continue sa structuration n'attend que la fin des élections pour sortir officiellement de l'ombre. 

Il entend bien intervenir sur le mode pacifique pour asseoir les bases d'une nouvelle nation mauritanienne. Il a tenu quatre réunions en Mauritanie- même et dans trois Etats de la région. 

Il est en train de consulter tous les chefs d'États voisins de la Mauritanie et les grandes puissances qui ont des intérêts dans notre pays et dans le système régional ouest et nord africain pour expliquer notre juste cause et leur demander de prendre leur responsabilité face au problème mauritanien pour la stabilité régionale. Ces États continuant d'être mystifiés par le gouvernement mauritanien actuel. 

En attendant, ce mouvement nous a dit avoir donné des consignes de vote très précis à ses membres. Les candidats de l'opposition démocratique le savent bien.

Il est, cependant, politiquement normal qu'en période électorale, des forces les plus contradictoires se redéploient pour se donner les chances d'un second souffle et militer conjointement pour l'avènement du changement tant attendu. C'était le cas en 1992, autour d'Ahmed Ould Daddah. C'est après l'élection que les forces se dispersèrent. 

Les candidats de l'opposition démocratique sont les premiers à savoir qu'ils n'ont aucun intérêt à se laisser manipuler par les ultra-nationalistes arabistes, comme ils l'ont fait toutes ces années avec Ould Taya qui paie aujourd'hui la lourde facture de sa collaboration avec eux : notre génocide, à peine manqué.

Créer un mouvement plus vaste a toujours été notre souci, ces dernières années. Un vaste mouvement national. Car, la plupart des formations actuelles sont trop étroites ou relèvent plus d'ambitions personnelles (légitimes. Mais si elles paralysent !?) que d'une volonté affirmée et intelligente de remise en question de soi pour un plus vaste regroupement patriotique qui mette un terme plus rapide à notre calvaire. Nous avons une culture de rassembleur et, après avoir réussi un rassemblement, nous avons toujours mis un autre à sa tête. Les cas sont nombreux. Donc, nous sommes toujours là pour qu'il y ait un rassemblement plus grand et plus prégnant pour peser lourd.

C'était bien,dans cette perspective et en perspective de la situation actuelle - que nous avions vu venir- que nous avions lancé l'idée d'un vaste rassemblement pour faire face aux élections, en juin 2002, et réussir l'alternance, après notre conférence à la Sorbonne sur l'esclavage. Ensuite, à Massy Palaiseau, à Mantes La Jolie et à Paris où nous avions, avec vous et avec beaucoup d'autres organisations, mis en place un Cadre de Concertation de Convergences Démocratiques. 
Où en est ce cadre après tous ces mois où nous sommes retenu en Afrique ? La réussite de tels cadres, de tels mouvements demande une certaine professionnalisation.

Mais, comme de coutume et face aux grands enjeux du moment, la maturité politique a manqué. La logique de groupuscule a joué.
Il faut, cependant, s'armer de patience et de vigilance jusqu'à réussir la mise en place un tel cadre qui se dotera d'un agenda d'activités à court, moyen et long terme. Ensuite, demander à tous les groupes d'y adhérer. A charge pour eux d'en définir les modalités. L'important c'est de travailler ensemble. En toute honnêteté et dans le respect de ses semblables. Sans quoi, il n'y aura rien de durable.

Tout dépend de notre clairvoyance politique et de ce que nous voulons dans la situation actuelle moment qui correspond désormais à la phase incontournable d’une plus sérieuse organisation de notre cadre de lutte. 

S'en est fini de la préhistoire des groupuscules, travaillant en autarcie - en autant d'atomes indépendants- alors qu'ils doivent leur existence au problème qui désorganise notre vie.

Il suffit que tout le monde manifeste cette volonté de s'unir pour que nous répondions présent à l'appel. Vous savez bien que nous ne cesserons jamais de toujours appeler à une plus vaste unification de nos forces. Parce que les ennemis sont toujours là pour nous fractionner. Nous devons donc toujours continuer, sans nous fatiguer à recommencer à unir nos troupes. C'est un combat sans fin. Il ne faut pas se fatiguer, tant que l'ennemi, caché ou apparent n'est pas fatigué de nous diviser. La balle est dans votre camp.

Pouvez-vous vous hasarder à une vision " post-7 novembre " ? 

Depuis quelques jours, le dispositif de pérennisation du régime de Ould Taya est mis en place. La fraude électorale, programmée va de pair avec les intimidations. Aujourd'hui, des mercenaires cherchent à attaquer la voiture de Ould Haidalla, entre Rosso et Nouakchott.
Nous prenons le risque de prévoir un hold-up électoral de haute facture. Nous souhaiterions vivement d'être contredit par une victoire de l'opposition démocratique, peu probable, avec ce qui se déroule sous nos yeux. Les radios de la région et les chaînes étrangères commencent à faire sortir Ould Taya de l'ombre. Il s'exprime déjà en vainqueur.

Nous ne sommes pas un prophète, mais " une vision " (comme vous dites) me renvoie l'image d'une victoire de Ould Taya, le 07 novembre. Il me semble naïf de croire le contraire. Sauf au cas d'un réel sursaut populaire qui surveillerait partout les urnes. Mais, comment le faire avec la présence de l'armée, mobilisée à cet effet et une administration qui a déjà pris son camp?

Ould Taya volera les résultats, à coup sûr. Nous avons une avant première avec ce que nous avons reçu comme information à R'kiz. 
Aucun des candidats n'a les moyens matériels de lui faire face. Les troubles viendront après. Nos trois candidats de l'opposition démocratique risquent l'arrestation pour trouble de l'ordre public, dès qu'ils essayeront de contester les résultats. 

Il ne nous restera qu'à nous préparer à une longue occupation de la rue et une longue série d'actions. Mais, comment en assurer la coordination ? Les personnes risquent de ne pas tenir longtemps si elles n'ont rien pour assurer leur ravitaillement. Nouakchott est facile à verrouiller. D'ailleurs beaucoup de familles ont fui la ville. Le régime n'aura pas besoin d'user de violence. Il a besoin de l'usure de l'opposition et de la corruption. Il aura l'aide des pays voisins. Car, leur stabilité dépend de celle de la Mauritanie. 

Ould Taya a déjà obtenu des garanties de ses pairs et les grandes puissances ont des intérêts bien nets dans la région : OMVS (beaucoup d'argent investi). Ces voisins et États du Nord préfèrent laisser Ould Taya faire s'il applique à l'intérieur les garanties qu'il leur a donné de ne pas user de violence et d'amorcer un règlement du passif humanitaire. La " dose du minimum démocratique exigible ", en somme ! 

La logique des États est claire : il vaut mieux composer avec quelqu'un qu'on connaît déjà que de se risquer à traiter avec un nouvel allié. Même si l'arbitraire y règne. Sauf si la situation échappait réellement à Ould Taya.

Ces États et les puissances n'accepteraient de changement que pour autant ils auront des garanties fortes en acompte sur ce que le régime de Ould Taya leur offrait. Le monde est dominé par la rationalité marchande et non par le marché des bons sentiments. On aidera Ould Taya à réprimer la contestation des résultats.

Pour cela, et pour n'avoir pas l'air de groupuscule mécontent d'avoir naïvement été piégé, il faudra créer un cadre de contestation bien organisé. Cela veut dire, créer un cadre de compétition de deux légitimités en acte. Il faut que l'opposition proclame un Gouvernement d'Union Nationale de Salut Public et de Transition pour une Mauritanie Démocratique et canaliser les dérives qui pourraient conduire à la guerre civile

Il s'agit de se donner une légitimité qui conteste celle que Ould Taya se sera donnée par la fraude. 
La première tâche de ce gouvernement est de documenter les cahiers sur la fraude électorale et les méthodes employées et d'exiger la réorganisation d' élections présidentielles transparentes. Celles actuelles ont été trop précipitamment menées pour prendre l'opposition de court (elles étaient prévues en décembre et Ould Taya, avant le putsch, les avaient déplacé en fin novembre). 
Il faudra en même temps envoyer des missions partout et donner des garanties de stabilité dans la région. Car, Ould Taya ne compte que sur le facteur géopolitique pour que, tranquillisé sur le plan extérieur, il récupère la situation à l'intérieur. La tactique est primaire. Mais efficace.

Si l'opposition unie crée autre chose qu'un gouvernement de Salut public, elle aura beau crié, elle n'obtiendra rien. Il faut créer un rapport de force. Ce sera long, mais il faut que le monde finisse par ne plus confirmer des victoires à la Pyrrhus. C'est à nous de refuser le fait accompli. La balle est dans le camp des leaders de l'opposition démocratique. 

Si nos candidats de l'opposition intérieure ne mettent pas en place un tel gouvernement, qu'ils ne s'étonnent pas de voir mis en place, à l'étranger, un gouvernement en exil. 

Comment se porte aujourd'hui le Forum de la diaspora ?

Le Forum, comme son nom l'indique, est une tribune ouverte à toute notre diaspora, sans considération d'appartenance idéologique (exclus les fascistes et les obscurantistes). Tous les Mauritaniens, émigrés ou exilés devraient en faire un point de rencontre. 
Il ne fonctionne pas encore comme nous l'aurions souhaité. Sa mise en place obéissait aux mêmes raisons invoquées tout à l'heure de rassemblement de toutes les forces patriotiques. Il reste une idée à concrétiser. Car, l'heure d'un plus vaste rassemblement a sonné depuis les massacres de 1989 et de 1990.
Il a une section en Allemagne. L'idée et la démarche sont nobles, mais le temps nous a manqué pour contacter physiquement nos autres organisations. Ce contact est la tâche de tous. Chacun pouvait le faire. Mais, notre code culturel voudrait un déplacement physique pour venir expliquer notre projet. Nous l'avions fait en France et en Belgique, l'année dernière. Non pas pour le Forum ; même si c'était pour la même préoccupation, mais pour le rassemblement que vous souhaitez voir prendre vie.

Pour terminer, le Forum n'est pas une nouvelle organisation en compétition avec d'autres et au service des ambitions d'un homme. Il s'est ouvert un site web et participe, tant bien que mal, au débat national aux côtés d'autres sites.Son administrateur fait de son mieux. Nous cherchons d'ailleurs quelqu'un pour l'assister. 

Les propositions du Forum pour résoudre le problème de la cohabitation et mettre en place une république mauritanienne, démocratique, unie et prospère restent toujours d'actualité. Certaines d'entre elles visaient à regrouper toutes les organisations au niveau local, régional et international pour peser d'un poids réel sur le pays. Il se voulait et se veut toujours la voix de notre diaspora et continue à y croire. Sa force est de n'appartenir à aucune chapelle politique et est ouvert à tous, sans jamais prétendre à autre chose qu'au statut de tremplin, une boite d'enregistrement et un cadre de concertation international pour les forces patriotiques.Mais, c'est là sa faiblesse. Parce que un peu idéaliste.

Voulez-vous parler de YAAKAARE ? De ses objectifs et de ses actions sur le terrain ? 

Le Réseau eurafricain pour les droits de l'homme, le développement intégré et les relations interculturelles (REDHRIC), s'appelle désormais YAAKAARE- REDHRIC. Il est né le 31 mai 1997 et nous sommes son actuel président. Mr. Jean Ziegler en est le président d'honneur et Madame Anja Oksalampi, la Secrétaire exécutive. Les autres coordinations (quatre au total) sont dirigées par des spécialistes des questions dont s'occupe l'organisation. Nous avions aidé à sa mise en place, après que nous nous sommes rendus compte que des séjours à Genève pour assister aux diverses commissions et sous-commissions des droits de l'Homme de l'ONU, la documentation des groupes de travail au Commissariat aux Droits de l'Homme, au BIT, à l'OMS, ect, demandaient à être longs.

La vie chère de Genève décourageait les plus tenaces parmi ceux accrédités aux diverses sessions. Il nous fallait un instrument où militeraient des personnes de tous horizons habitant, principalement, à Genève, pour nous aider à la défense de notre cause.

L'organisation a loué un appartement qu'elle sous-loue, en attendant l'envoi de délégués de tout pays, incapable de payer le séjour à l'hôtel. Cette location étant mensuelle, ceux qui viendront, par exemple les nôtres, paieront l'équivalant de sa location mensuelle de 600 francs suisses. Ce qui est souple part rapport à l'hôtel. S'il n'y a aucun délégué, l'appartement est sous-loué entre deux sessions. Yaakaare n'ayant pas de fonds, aide cependant ceux qui ont ainsi des difficultés d'accueil à Genève. Mais, il faut s'y prendre tôt. Car, il y a beaucoup de demandes. 

Yaakaare défend les droits de l'homme dans tous les pays. Il a surtout brillé pour sa défense des droits de l'homme en Mauritanie. 
Yaakaare travaille maintenant avec la République de Genève et l'UNITAR pour combler la fracture numérique dans 10 villes au Mali, dans le cadre de la décentralisation. Il a initié des projets dans la vallée du fleuve. Yaakaare n'a jamais reçu de financement, sauf dans le cas du Mali. Il a vécu toutes ces années des cotisations de ses membres et de ses activités pendant les fêtes de la musique où il essaie de faire connaître l'art et la culture africaine.

Accréditée à la Conférence mondiale sur le racisme, il a fait des démarches pour faire accréditer certaines organisations mauritaniennes à cette conférence. 
Yaakaare continue son action par des conférences et c'est la première organisation à représenter l'immigration africaine au forum pour l'intégration des émigrés à Genève. Tout récemment,,Yaakaare a réussi à introduire l'Afrique dans le cycle des conférences du Forum Suisse de Politique Internationale. C'était la première fois que l'Afrique a fait l'objet dans la cour du FSPI, jusqu'ici ouvert seulement aux problèmes des grands Etats du monde développé. C'est un grand succès. Parce que nos spécialistes y ont vraiment défendu la couleur.

Un mot pour nos lecteurs ?

Nous ne jetons pas des fleurs à l'OCVIDH qui a fait cet interview. En effet, elle vient à son heure pour que nos lecteurs puissent suivre ce que nous croyons et ce que nous faisons. 
A la veille des élections présidentielles et après celles-ci, nous serons appelés à définir clairement notre position pour faire, non seulement, mieux faire entendre la voix des sans voix en Mauritanie, mais aussi pour contribuer à transformer radicalement les fondements de l'État actuel pour en faire une république moderne et pluriculturelle, permettant l'émancipation de tous ses enfants. 
Attelé, plus que jamais, à la réussite de cette mission, nous pouvons compter sur des patriotes sincères qui, à l'intérieur comme à l'extérieur, nous ont toujours fait confiance. Une confiance que nous n'entendons pas trahir, même si le manque de concertation pouvait nous mettre dans des camps différents. Le fond reste le même. Il suffit juste de discuter pour enlever le doute. Cela demande une forte capacité d'écoute dans la cacophonie générale des marchands de remèdes à notre problème.

L'OCVIDH doit continuer sa mission et s'ouvrir au vaste rassemblement en cours et rien ne doit l'en détourner. 

Nous recommandons que votre organisation continue de jouer la carte de la pondération, sans faiblesse coupable. Car, sans une organisation comme la vôtre et les hommes qui l'animent et qui ont fait avec nous un chemin de 25 ans, nous aurions des manques à gagner dans le dialogue partenaire, apte à rassembler autour de nous (les victimes du système raciste), toutes les forces allant dans le sens de la résolution de nos problèmes.

Notre lutte vient à peine d'être comprise. Il faut absolument la continuer. Nous serons là, pour toujours y participer, jusqu'au moment où Dieu décidera de nous rappeler à lui.

Merci cher camarade d'avoir répondu à nos questions.

 OCVIDH © 2007 Droits de reproduction et de diffusion réservés.

Réagir


  • CAPTCHA

Espace Membre

Calendrier

« Mai 2018 »
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031

Newsletter

  • En inscrivant votre e-mail, vous recevrez gratuitement les bulletins d'information de O.D.H Mauritanie



Twitter

RT @RFI: Egypte: la reprise du tourisme génère des centaines de milliers d'emplois https://t.co/gVPUnxqxpa https://t.co/h4gu7JGIJq
le 24/05/2018
Burkina : les jihadistes présumés abattus "projetaient une attaque" à Ouagadougou (procureure) https://t.co/mUtA6mb329
le 24/05/2018
RT @benja_roger: #Burkina : trois jihadistes présumés et un gendarme tué dans une opération anti-terroriste en périphérie de Ouagadougou ht?
le 23/05/2018
Adolf Hitler s'est probablement suicidé avec du cyanure et une balle dans la tête https://t.co/IE4jSjI5LJ
le 20/05/2018
Mauritanie : Human Rights Wach recommande la révision des lois " liberticides " (Interview) https://t.co/bRMokMDyie https://t.co/KpiX5VgUb0
le 18/05/2018

Livre d'or

  • Dernier message :

  • online pharmacy canada levitra levitra generika 20mg eteamz.active.com file levitra.html link pharmacyonline phentermine cheap levitra generic levitra patent deutschland

    par Robertnug
  • Aller sur le livre d'or →

Rechercher sur le site

Galerie photos (5940)

Visiteurs en ligne

    • avatarO.D.H Nouvelles
  • Nombre d'invités : 1503

Météo

Jeudi

min. 14 °

max. 26 °

Risque d'orage

Vendredi

min. 17 °

max. 26 °

Risque d'orage

Samedi

min. 18 °

max. 31 °

Partiellement nuageux