Hommage à Saïdou KANE, parti pour toujours

 

Par Boye Alassane Harouna -

FLAM-EUROPE DE L´OUEST


Saidou_KANE1

Dakar décembre 1998: Au 5éme congrès ordinaire des FLAM, on peut reconnaitre ici Seydou Kane à côté des camarades Lam et Kaaw membres de la commission orientation politique trés fatigués après 72 heures de débats sans interruption, ni sommeil , en plein mois de ramadan. Seydou a cassé sa pipe qu´on peut voir devant lui sur la table.

Dans la soirée du 28 septembre 2006, un ami de Paris me laisse un message ; il me demande de le rappeler dans la soirée, quelle que soit l’heure. Ce que, ayant lu son message vers 2 heures du matin, je fis sans tarder. Il laissa tomber la triste nouvelle qu’il venait d’apprendre : la mort probable de Saïdou Kane. Quelques instants plus tard, sur le site des FLAM, j’obtenais confirmation du décès de Saïdou Kane.

Saïdou Kane. L’homme et le militant, je les ai rencontrés puis découverts pour la première fois fin décembre 1987 en prison, dans le fort-mouroir de Oualata. Pourtant, il faisait parti du trio dont la notoriété, pour son engagement pour la promotion et la défense des langues nationales, notamment du Pulaar, dépassait très largement les frontières de la Mauritanie ; j’ai nommé le Doyen Mourtodo Diop et Sarr Ibrahima. Je crois pouvoir dire, sur la foi des dires de Saïdou Kane lui-même et de Sarr Ibrahima, qu’entre ces trois hommes-là a longtemps existé une complicité joyeuse, de l’ordre de celle qui naît entre personnes qui s’estiment et se respectent et qui ont en commun un même engagement, un même idéal et qui, ensemble ont connu bien des épreuves.

À Oualata, lui et moi sympathisâmes très vite et devînmes même complices à bien des égards. À cela, quatre raisons possibles. 1) Nous avions en commun un ami : Bâ Mamadou Sidi avec qui nous nous retrouvions souvent pour discuter de tout et de rien. 2) Un même goût pour la discussion. 3) Un certain passé politique en commun : notre présence, en des moments différents, dans le sillage du MND... 4) Ce lien parental, par alliance, qui nous liait, qu’il fit le premier à découvrir, et qui le faisait dire qu’il était mon oncle et moi son neveu. Cette quatrième raison n’est pas banale, pour qui sait l’importance que Saïdou accordait à la parenté. D’où, peut-être cette compétence généalogique qui était la sienne.

Saïdou Kane : l’homme. Ce qui m’a d’emblée frappé chez l’homme, quand pour la première fois je l’ai rencontré dans le fort-prison de Oualata, c’est cette chaleur humaine qui émanait de lui et qu’il finissait presque par vous transmettre. Saïdou était chaleureux et amène. Ces deux qualités, je n’ai pas observé qu’il s’en soit départi à Oualata, malgré la sévérité et les rigueurs de nos conditions de détention. Ces deux qualités, peut-être, les doit-il à son adorable défunte mère que j’ai eu le bonheur de rencontrer (fin 91ou 92) à Nouakchott et avec qui j’ai passé la journée, sur invitation de Saïdou Kane. Elle était chaleureuse, accueillante et affable, comme savent si souvent l’être les foutankoobe ; comme Saïdou l’était. Saïdou Kane était de ceux, rares, que vous rencontrez, avec qui vous passez quelques instants ensemble et que vous quittez, emportant avec vous cette impression tenace, qu’ils vous laissent, de les avoir connus et d’avoir sympathisé avec eux depuis des années. Il était communicatif et aimait aller à la rencontre des autres.

Saïdou Kane était généreux et dévoué. Plein d’humour et d’humilité. Il était capable de vous céder le seul centime qu’il avait ou qui lui restait si l’urgence et la nécessité étaient de votre côté. De même, était-il enclin à laisser en suspens ses occupations et préoccupations pour se consacrer aux vôtres, si pour leur accomplissement vous sollicitez son concours. Il était modeste et pouvait s’adapter à n’importe quelle compagnie. Il pouvait être sérieux sans se prendre au sérieux. Il aimait blaguer.Il y avait en lui une espèce de joie de vivre qui défiait les aléas de la vie.

Saïdou était un vrai Futanke ; Futanke pas au sens géographique du terme mais dans son acception culturelle ; c’est-à-dire que dans sa vie quotidienne, dans ses relations avec les autres, transparaissaient toujours le savoir, le savoir-être et le savoir-faire futanke ; et ce n’était pas chez lui une posture de circonstance. Ni un comportement factice, mimé. Il était ainsi fait.

Saïdou Kane, l’intellectuel. Il était producteur d’idées. Il avait une capacité de réflexion, d’analyse et de synthèse remarquable. Sur les questions sociétales, politiques... vous pouviez être en désaccord, mais il en avait toujours une vision claire, formulée avec limpidité, étalée sur le long terme...

Saïdou, le militant nationaliste. Saïdou fait partie de ceux qui, les premiers, après les signataires du document dit des «19» en 1996, tirèrent la sonnette d’alarme et reprirent le flambeau de la lutte contre le racisme d’État pour une Mauritanie égalitaire. Au service de cette lutte, il mit toute son énergie, ses qualités intellectuelles, son sens des relations humaines, son éloquence entraînante...sa générosité et son dévouement dont on parlait plus haut. La réalité du racisme d’État en Mauritanie, il y croyait. La lutte pour l’éradiquer, il y croyait aussi, y compris, me semble-t-il, après sa démission des FLAM le 25 décembre 2000 (date de la rédaction de sa lettre de démission). Comment engager cette lutte ? Quels moyens mettre en oeuvre pour la faire aboutir ? Quel type d’organisation, quelles alliances politiques et sur quelles bases ? Telles sont les questions qui posaient problème et qui, selon les termes mêmes de sa lettre de démission des FLAM, faute de réponse allant dans le sens de ses attentes l’ont conduit à la démission. Ce sont précisément ces questions qui furent l’objet des longues conversations téléphoniques que nous avions eues, Saïdou et moi, courant mars 2001. Après qu’il m’eut envoyé copie de sa lettre de démission datée du 25 décembre 2000. Naturellement, et c’est de bonne guerre, il a cherché avec tout le talent et la force de conviction qui sont les siens à me convaincre de la justesse de ses vues sur ces questions. Bien sûr, j’ai cherché à l’amener à opérer un bref décrochage pour être à même de nuancer sa position, notamment sur deux des trois points majeurs qui ont motivé sa démission : 1) le « caractère sectaire au plan politico-idéologique et organisationnel ; » des FLAM, 2) « des erreurs (d’ordre) tactique (...) encore dominantes malgré la justesse de la cause défendue, (...)». Des heures de conversations téléphoniques, souvent à son initiative, ne suffirent à ébranler les convictions que chacun de nous s’était forgées sur ces questions. Nous étions d’accord sur le constat que sur plusieurs sujets des correctifs s’imposaient au sein des FLAM. Nous étions en désaccord sur le comment et avec quelles approches : à partir de l’intérieur des FLAM ou en dehors des FLAM... Il choisit, à ma très grande tristesse, la seconde option. Quelques temps après, il rendait publique sa démission. Il quittait l’organisation qu’il contribua à faire naître. Je respectai sa décision. Son choix. Mais j’en fus profondément attristé. Car j’ai toujours pensé que sa place était dans cette organisation ; que son immense talent, son dynamisme et son intelligence des personnes et des choses, l’organisation en avait bien besoin. La mort dans l’âme, je me résignai. Provisoirement. En attendant l’occasion d’un tête-à-tête pour pouvoir relancer le débat avec lui. Impossible tête-à-tête. Lui était basé aux Pays Bas et voyageait beaucoup. Moi, j’étais en France. J’ai tenté, après ces échanges sur sa démission, de l’avoir à plusieurs fois au téléphone. En vain. Il était écrit qu’on ne devait plus se parler, plus se revoir.

Le lien politique, au sens d’appartenance à une même organisation politique était, hélas ! rompu. Le lien parental, qui nous a précédés et qui nous survivra quoi qu’il advienne, demeure. L’amitié aussi. Jusqu’à cet triste instant où j’appris, le coeur plein de larmes, son décès.

À Aïssata Kane, son adorable épouse et à leurs enfants ; à tous ses parents et proches, notamment la famille Kane ; à Ibrahima Sarr et Moutodo Diop, ses amis et compagnons de longue date ; à sa famille politique, notamment à Jemal Ould Yessa ; je présente mes condoléances les plus attristées.

Qu’Allah, Le Tout Puissant, en ce mois béni de Ramadan, l’accueille dans Son saint paradis.


Boye Alassane Harouna.
30 septembre 2006 

 

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