Un livre sur une tombe - Hommage de Bassel au Pr KANE

 
 
 
 
 
 

 

Contribution de BASSEL le 03 octobre 2006 à 00:11:44 CEST 

02 octobre 2006 : Ultime témoignage de reconnaissance - Abderrahmane N’GAIDE (Bassel)

Tu as été emporté violemment. Je n’ai pas le détail de cet accident qui vous a coûté la vie, mais il a du être si violent que la vie n’avait de sens que la mort survenue. Elle survint. J’imagine vos derniers mots, cette conversation que personne n’entendra. Je l’imagine joyeuse. Je l’imagine pleine et entière. Je me l’imagine depuis ce jours où j’ai appris cette nouvelle fatidique. Oui je l’imagine encore chaude, articulée et consciencieuse. Saïdou, dans ta tombe, les graines semées par toi enfonceront leurs racines, puisant leur alimentation féconde de ton murmure.

Ton silence n’est qu’assourdissant. J’entends au loin ta voix, cette voix imposante, assurée. Tu m’as pris la main un jour de 1984, quand, feu, mon père guida mes pas jusque toi. Il me confia à toi. Oui, il me confia à toi. Car il savait quelle valeur tu représentais. Il le savait comme savent le voir nos devins. Il me confia à toi de manière solennelle. Oui de manière solennelle, car il savait l’épaisseur de tes connaissances. Il voulait me voir suivre tes pas, être sous ton ombre imposante, être ton disciple au-delà de toute parenté avérée, au-delà de tout communautarisme affichée. Il voyait en toi l’intelligence innée. Je ne pouvais découvrir l’épaisseur ; car traînant encore avec moi ma fougue juvénile.



Ce jour fut inoubliable pour moi. Tu entrais dans mon cœur comme une lumière. Ce faisceau qui guide encore mes pas vers la « perfection ». Ce faisceau qui est source d’humilité, de sagesse, de ténacité, de persévérance. J’étais comblé, dès mes premiers pas à l’université, d’être parrainé par la lumière étanche de ton savoir multiséculaire. J’étais comblé de côtoyer la connaissance sans en mesurer, pour autant, l’importance. J’admire ce sourire coquin, cette subtilité de la langue, cette intelligence qui s’épanche, qui embaume, qui provoque l’esprit critique. Ta stature altière est imposante, car doublée d’une connaissance profonde de l’autre.

Depuis notre première rencontre, je n’ai cessé de cultiver en moi cet esprit critique. Je ne prenais plus les choses à la légère, tellement le rayonnement de ton intelligence m’avait pris au collet. J’étais suspendu à ton oui, quand papa dans un élan paternel avait souhaité que je sois éclairé. J’avais choisi l’histoire après avoir hésité entre la philosophie et la sociologie. « Mon fils veut faire la même chose que toi ». Sentence entendue, tu n’hésitas point pour m’encourager à aller de l’avant. J’étais le novice inné, l’apolitique fait. J’étais comme tant d’autres jeunes de ma génération inquiets devant l’évolution de ma société, mais plein d’espoirs et d’abnégation. J’ai appris la sérénité auprès de toi, avec tes conseils de maître, de frère et de cousin. Oui, j’ai eu, comme tant d’autres, la chance de te côtoyer, mes années de fragilité et d’insouciances. Je ne savais pas que deux années plus tard, je serais de l’autre côté de la barrière pour écouter ce procès. Je revois encore cette pléiade d’intellectuels massés devant un parterre de « juges ». Je revois vos poings levés après le verdict. Je vous revois dans cette voiture, vous acheminant vers ce qui allait être une prison transit. Je me souviens encore tous ces dimanches où je m’aventurais à venir vous saluer dans cette prison, le cœur plein à craquer d’amertume et de joie. D’amertume pour l’injustice faite, de joie puisque vous étiez sincères par rapport au défi que vous vous êtes lancés.

Inlassables, vous avez résisté à Oualata, même si des valeurs y ont laissé leurs vies. Elles ne sont pas perdues. Toute lutte est jalonnée de martyrs et cela permet de faire revivre la flamme allumée. Elle restera entre les mains de ceux qui en ont le lourd héritage, malgré les chemins qui se distendent. Aucune fatalité ne doit venir ternir cette image. Le peuple s’en souviendra et l’ennemi ne s’en glorifiera point. Il n’est pas tranquille même s’il semble vouloir le mimer. Non. Et les tergiversations politiques sur fond de mort le témoignent amplement. La sérénité et la croyance pisteront les voies à suivre.

Tes années d’incarcération, avec des amis d’infortune, furent un véritable moment de sevrage pour tous. Les rumeurs nous venaient de loin sur la mort de tel, sur la santé de l’autre sans qu’on puisse en savoir plus. Mais nous étions avec vous dans l’attente. Les années passèrent, lentes mais passèrent.

L’exil advint comme source, ressource de prise de conscience. L’exil !!! Nous étions comme ceux de Goumel. Vous exilés forcés de l’intérieur nous exilés d’infortune de l’extérieur. Nos cœurs battaient ensemble sans se rencontrer. Nos corps souffraient ensemble sans se concerter. C’est dans la souffrance de l’exil, que je te retrouverais par le détour d’Internet. J’étais euphorique et voulais écrire un livre d’histoire. Je m’étais ouvert à toi avec un titre : Miroir brisé. Ton étonnement fut grand : je semblais avoir marché sur ta langue. Non je portais encore la lumière de la première rencontre. Ta confidence fut faite : tu avais le même thème en tête. Aujourd’hui la mort à brisé le miroir. Mais les tessons de ce dernier, sous les rayons du soleil, projettent de la lumière. Pour toi j’écrirais ce miroir brisé. Pour toi je recollerais ses morceaux. J’en déposerais un exemplaire sur ta tombe. Et je suis sûr que tu en seras heureux comme tu me l’as toujours signifié. Notre rencontre était imminente, mais la mort en a décidé autrement. Advienne que pourras, je porterais sur moi l’obligation de te rendre hommage. Déjà deux textes te sont dédiés et seront publiés bientôt et leur large diffusion sera le gage de mon engagement à te rendre hommage. J’en ai retardé la publication pour te rendre l’hommage que tu mérites et je suis sûr que tu aurais apprécié.

Je te dédie ce texte fini quelques jours avant ta disparition et il porte sur un sujet que tu apprécies, car il traite des relations sénégalo-mauritaniennes sur la longue durée et de cette nécessité pressante que la Mauritanie révise son attitude vis-à-vis de l’intégration ouest-africaine. Tu étais ouest-africain, le symbole de cette symbiose que je décline dans ce texte. Il t’est dédié et sera sur le marché de la connaissance sous peu de temps, dans le cadre d’un livre sur l’Etat nation face au défi de l’intégration sous-régionale. Il est intitulé « Peuplades anarchiques contre Nations à construire. Intégration invisible dans le bassin sénégalo-mauritanien. Epreuve du peuple et/ou équation de l’Etat-nation ». Tu adorais rappeler à tous les liens insoupçonnables qui unissaient ces deux mondes que les nationalismes sont venus éloigner l’un de l’autre comme si jamais ils n’ont eu que des relations conflictuels. Non, je suis de ton avis. Je le démontre sur la base de l’histoire. Ton métier. Le métier que je voulais exercer quand, suivant les pas de mon père, j’étais venu me confier à toi. Il y a plus de vingt ans. Je ne le regrette point.

Le second sera encore plus largement diffusé à travers le monde et surtout à travers ta chère Afrique. Il porte sur la notion de jugement des crimes commis, sur la notion de pardon et de réconciliation nationale pour lesquels tu oeuvrais sans relâche et cela t’a coûté la vie. Quelle noblesse. La noblesse du mort. Si tu étais là, tu allais savoir, combien tous t’aiment, combien tous sont orphelins, combien tous regrettent et découvrent le yolnde : ce vide incaractérisable que tu laisses derrière toi. On ne peut le combler. Non impossible. Chaque être est un maillon de la chaîne du monde. Sa place sera toujours vide, s’il s’absente. Mais es-tu réellement absent ? Cela dépendra de nous et de ce que nous ferons de ton héritage. Nous célébrons rarement nos morts. Pour toi je relance ce défi d’écrire ce livre : Miroir brisé.

Le Sénégal t’a rendu un hommage, nous attendons celui de ta nation.
Le cimetière de Rosso sera un lieu de pèlerinage. Amen.


Dakar, le 02/10/2006



Note : Info source : Abderrahmane N’GAIDE (Bassel) 

 

 

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