Incident de " Tweîla " : Les interrogations persistent

 

 

 

 

Incident de " Tweîla " : Les interrogations persistent

mardi 23 octobre 2012 

 

 

Les mauritaniens se demandent, de plus en plus, si la version officielle livrée à chaud par le ministre de la communication sur l’incident de " Tweïla " est à prendre pour argent comptant. Et pour dire vrai, on s’apprêtait vraiment à l’adopter, en l’absence d’autres preuves, d’autres faits, quand surgissent ce qu’on pourrait appeler des" versions étrangères " rapportées par des spécialistes du monde arabe et des questions du terrorisme. Alors, les cartes se brouillent à nouveau. Mais là n’est pas l’essentiel. Pour les mauritaniens, la question n’est plus de savoir où et par qui le président a été blessé mais où va la Mauritanie ? Et quels seront les rapports futurs du pouvoir avec son opposition ?

Il est évident que ces questions ramènent au devant de la scène non seulement la gestion de la crise qui secoue le pays depuis 2009, et même au-delà, si l’on considère qu’elle n’est que le prolongement du coup d’état de 2007 contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, mais aussi le rapport de l’armée au pouvoir. On l’a vu ou entendu, la " vacance " temporaire du pouvoir, par l’évacuation sur Paris du président Aziz, a révélé la vrai nature du système, en propulsant au devant, non pas le Premier ministre, pour " expédier les affaires courantes ", mais le chef d’état-major de l’armée, le général Ghazouani, véritable numéro deux du pouvoir depuis la " Rectification " du 6 août 2007. Les interprétations, tendancieuses parfois, sur la place qu’occupent les généraux dans le système mis en place par Aziz, dans ce qui ressemble bien à un partage des rôles dans un pouvoir à la turque, vont devenir, au fil du temps, le principal sujet de discussion dans toute réforme à entreprendre. Bien avant l’incident de " Tweïla " - on continuera à l’appeler ainsi, jusqu’à preuve du contraire - la Coordination de l’opposition démocratique (COD) avait toujours dénoncé cette immixtion des généraux dans les affaires politiques. De telle sorte que d’aucuns considèrent même que l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir en Mauritanie, n’est là que pour jouer un rôle de façade alors qu’il est, plus que le défunt PRDS, aux ordres !

 

Qui croire ?

 

Pour revenir à l’incident lui-même, disons que la " lecture " de Mathieu Guidère, spécialiste français des affaires du monde arabe et des groupes islamistes, faite sur France 24, est la plus éloignée de toutes celles qui sont venues dans l’esprit des mauritaniens. Pas parce qu’elle est une hypothèse hautement improbable mais parce qu’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) n’allait tout simplement pas taire un tel " exploit " : blesser l’homme qui est venu l’attaquer dans ses camps retranchés du nord Mali et montré ainsi la voie à suivre à tous ceux qui affirment lutter contre le terrorisme transfrontalier.

D’ailleurs, les préparatifs pour une intervention militaire menée par la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), sous l’égide des Nations unies, ne sont, dans leur réalité, qu’un remake des opérations menées par l’armée mauritanienne. Reste que, quand le spécialiste français affirme que " l’armée mauritanienne est infiltré par des individus appartenant aux groupes djihadistes ", il donne une piste à explorer pour ne pas vivre, à moyen et long termes, les mêmes drames que connaissent les forces alliées en Afghanistan.

Ce serait donc, pour Mathieu Guidère, une première tentative d’AQMI pour faire payer à Ould Abdel Aziz son engagement militaire au nord Mali. Un engagement qui, pour ce spécialiste, place la Mauritanie dans la ligne de mire d’Al qaeda alors que les autres pays de la zone qui l’ont regardé faire sont maintenant obligés de suivre la même voie, en acceptant le plan d’intervention concocté par Paris et finalement accepté par le Conseil de Sécurité.

A peu de chose près, Bassil Tarjman, un autre spécialiste du monde arabe et des questions du terrorisme, dit la même chose : l’implication des islamistes dans ce qui est considéré comme une tentative d’assassinat du président Aziz ne fait aucun doute. Seulement, au lieu de pointer du doigt AQMI, Tarjman met en cause ceux qu’ils qualifient de " frères musulmans " mauritaniens, à savoir le parti " Tawassoul ". Une occasion de refaire avec cet analyste le parcours de la formation de Jamil Mansour, depuis le coup d’Etat contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, à la" séparation " avec Aziz, pour rejoindre la COD, quelque temps après l’élection présidentielle de juillet 2009, en passant par une période d’hésitation où " Tawassoul " avait expérimenté la position actuelle de la CAP.

Ce serait pour cet analyste l’espoir de changement suscité par le " printemps arabe " qui a poussé Tawassoul à jouer le tout pour le tout, surtout que la révolution a réussi dans tous les pays arabes où elle a été déclenchée par les forces islamistes et la jeunesse. Après avoir aidé le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz à se rapprocher de régimes comme le Qatar, Iran et la Syrie, les islamistes veulent profiter des bouleversements à l’échelle arabe pour récupérer la mise. Ceux que Tajman considèrent comme " les frères musulmans mauritaniens " ont cru que le moment était venu pour s’emparer du pouvoir. Ils supposaient avoir de bons relais dans les institutions et disposait de l’appui du Qatar et du cheikh Al qaradaoui, qui a effectué une visite historique en Mauritanie, l’été 2009, pour bénir leur alliance avec le président élu Mohamed Ould Abdel Aziz. Mais la lune de miel cesse subitement quand les islamistes commencent à bouger pour obtenir ce qu’ils considèrent comme un droit, descendant avec toutes leurs forces dans la rue. Avec les étudiants de l’Institut supérieur pour les études islamiques (l’ISERI) en tête. Mais le pouvoir qui veillait au gain a réussi à chaque fois à déjouer les manœuvres de l’opposition conduite non plus par le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et l’Union des forces de progrès (UFP) par " Tawassoul " qui passe présentement pour être le chef de file de la COD.

 

Que fera la COD ?

 

La bataille qui s’engagera donc, au retour du président Aziz, sera sur le plan des " normes "démocratiques. Après avoir compati avec le président et sa famille, sans doute pour ne choquer l’opinion publique nationale déjà sous le coup de l’étonnement et de la peur, la COD doit se dire qu’elle a maintenant de nouveaux arguments, de nouvelles preuves, que le pouvoir est bien - encore - entre les mains de l’armée. Une présomption qui pourrait lui faire gagner des points, à condition que le rapport de force intra pouvoir (entre le Premier ministre et le chef d’état-major) continue à susciter des interrogations sur son caractère " civil " ou " militaire " et que, à son retour, le président Aziz ne fasse pas preuve de flexibilité sur certaines questions et prenne sur lui de revoir certains aspects de la gestion du pays. Consciente de la possibilité d’exploiter favorablement " l’accident " présidentiel, la COD a déjà commencé à manœuvré dans le sens d’une reprise des hostilités, en demandant des éclaircissements sur l’incident mais aussi sur l’état de santé réel du président Aziz. Elle occulte de ce fait les aspects essentiels de la crise, tels que les voyait la Coalition pour une Alternance Pacifique dans la nécessité d’un rapprochement entre la Majorité et la COD, à travers la constitution d’un gouvernement d’union nationale et la tenue d’élections municipales et législatives consensuelles. Mais les calculs de la COD ne tiendraient vraiment que dans le cas où le président Aziz serait amené à se tenir relativement loin de la gestion effective du pouvoir. La question de la vacance se poserait avec acuité puisqu’elle remettra en cause tout ce qui a été dit, dans les clauses du dialogue, sur la nouvelle " responsabilisation " du Premier ministre. Dans une démocratie au mécanisme bien rôdé, l’armée ne sera évoquée que quand il s’agit des aspects sécuritaires qui lui sont d’ailleurs dévolus, même en cas de présence physique du président de la République qui en est pourtant le chef suprême. Pour l’instant, la vrai question qui doit être posée est : quand le retour du président et quelle est la nouvelle attitude qu’il adoptera vis-vis du pouvoir et de l’opposition ?

 

 

Sneiba Mohamed.  © L''Authentique    mardi 23 octobre 2012  

 


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