«C’est dans le fédéralisme que la crise malienne trouvera une solution»

 

 

 

 

 

Colonel Hassan Ag Mehdi. Secrétaire général du Front populaire de l’Azawad (FPA)

 

«C’est dans le fédéralisme que la crise malienne trouvera une solution»

 

 

 

 

-Vous appelez à l’union entre les mouvements rebelles de l’Azawad. Pourquoi alors avoir créé le Front populaire de l’Azawad (FPA) ? Le FPA, dont vous venez de jeter les bases après avoir activé au sein du MNLA, ne risque-t-il pas, au contraire, d’aggraver la confusion qui caractérise actuellement la situation au nord du Mali ?  

 

J’ai quitté le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), car je sentais s’installer un certain immobilisme. Or, je souhaite que l’on aille plus vite dans la recherche d’une solution dans le cadre de la médiation assurée par le Burkina Faso.
Les populations de l’Azawad vivent dans une situation intenable depuis plusieurs mois. Il faut les sortir très vite de là. La création du FPA répond, en outre, au souci de mettre fin à la dispersion, sur le terrain, de nos forces. Comme son nom l’indique, le FPA est un «Front». Son but est de rassembler et d’offrir un large cadre d’expression à tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les mouvements existants. Il faut veiller également à ce que nos concitoyens ne tombent pas dans les bras des mouvements terroristes.Maintenant, si la situation va dans le sens que nous souhaitons, nous n’excluons pas l’éventualité de réintégrer les rangs du MNLA.

 

-En dehors du fait que la lenteur qui caractérise la machine du MNLA vous dérange, qu’est-ce qui vous différencie de ce mouvement ?   

 

Nous partageons l’analyse de la situation du MNLA. En revanche, nous ne sommes pas des indépendantistes. Par ailleurs, le Front populaire de l’Azawad est ouvert à toutes les ethnies qui vivent dans l’Azawad (Peulhs, Sonrhaïs, Touareg et l’ensemble Maures-Arabes-Berabiches-Kountas).

 

-Dans l’Azawad, tout le monde sait que l’importance du groupe rebelle est toujours proportionnelle à son poids militaire. Où vous situez-vous parmi la kyrielle de groupes qui activent sur le terrain ?

 

Bien évidemment, nous sommes valablement représentés militairement sur le terrain. Mais tous ceux qui nous connaissent savent que nous avons aussi un grand poids politique. C’est le plus important pour nous. Et cela tient du fait qu’une grande frange de la population soutient nos idées. Le soutien des élites nous est également acquis. Notre idée de «Front» plaît et mobilise.

 

-Vous voulez dire que vous avez créé le FPA pour lancer une dynamique de rassemblement ?  

 

Nous disons qu’il est absolument nécessaire de formuler des revendications communes. Il nous faut aller vers une plateforme de revendications communes et désigner un interlocuteur capable d’engager tout le monde. Plus les gens seront dispersés et auront des revendications différentes et plus les problèmes se compliqueront. C’est la raison pour laquelle nous avons tendu la main à tous les mouvements. Je dis bien tous les mouvements. Pour preuve, nous avons rencontré ici (la semaine dernière, ndlr) à Ouagadougou des membres de la direction d’Ançar Eddine.

Notre rencontre s’est bien déroulée. Tout le monde a apprécié la teneur de la discussion. Pour avancer, nous devons apprendre à nous écouter, à nous respecter les uns les autres et à nous dire la vérité en face. Et aux responsables d’Ançar Eddine, nous leur avons dit ce que nous pensions de leur règlement (charia). Pour le moment, ils n’ont pas rejeté notre offre. Ils ont dit qu’ils allaient y réfléchir. Nous avons également eu des discussions avec des responsables du MNLA. Nous sommes en train de prendre le train…

 

-Est-ce qu’il y a donc une chance de voir le FPA, le MNLA et Ançar Eddine aller en rangs serrés aux prochaines négociations avec le gouvernement malien ?

 

C’est la lutte que nous menons. Je pense que c’est de l’ordre du possible. En tout cas, nous y travaillons. Le seul problème qui se pose actuellement est relatif à cette «histoire» de charia. Il faut que la situation se clarifie davantage. Nous avons bon espoir d’amener Ançar Eddine à reconsidérer sa position.

 

-En attendant que la négociation s’enclenche avec Bamako, que comptez- vous faire ?  

 

Les cadres du FPA vont se réunir bientôt dans l’Azawad pour faire le point sur la situation. La réunion est d’ailleurs en phase de préparation. Nous comptons inviter les représentants du MNLA, d’Ançar Eddine et de nombreux chefs de tribu à y assister. En ce qui nous concerne, nous mettrons à profit cette réunion pour peaufiner notre feuille de route. Au-delà, ce sera justement une bonne occasion pour nous de prôner encore la nécessité d’unifier les rangs, de créer un seul mouvement pour pouvoir négocier en force avec Bamako.  

 

-Justement, quelles sont les principales revendications du Front populaire de l’Azawad (FPA) ?

 

Cela fait 50 ans que se pose le problème de l’Azawad. Beaucoup de solutions ont été envisagées, mais aucune d’elles n’est allée au fond des choses ou n’a proposé un règlement durable. Jusque-là, l’Etat malien n’a préconisé que de fausses solutions ou, si vous préférez, des solutions superficielles.Son objectif a toujours été d’éluder le problème et non pas de le régler. Il a toujours fait dans la fuite en avant à chaque crise. Nous estimons que la solution idéale serait d’aller vers l’instauration d’un système fédéral au Mali, où une fédération de l’Azawad aurait toute sa place. Un Mali fédéral peut faire l’affaire. C’est d’ailleurs un système adopté par beaucoup de pays en Afrique pour faire face aux types de problèmes que nous rencontrons. Nous aurions un même drapeau, un même territoire avec, en plus, la possibilité de permettre aux gens de gérer eux-mêmes leurs affaires… c’est, à mon avis, ce qu’il nous faudrait. Et croyez-moi, nous sommes nombreux à le penser.

 

-Quelle est votre appréciation concernant le changement qui vient de survenir à Bamako (changement de gouvernement) ?

 

Je ne veux pas parler de Bamako. Ce qui m’intéresse et me préoccupe le plus c’est le devenir des populations de l’Azawad. Tout ce que nous voulons, c’est avoir un interlocuteur crédible, légitime et représentatif. Tant qu’il n’y a justement pas d’élection pour prendre en charge ces questions, je reste assez circonspect.

 

-Dites-nous ce que vous pensez au moins du successeur de Cheikh Modibo Diarra ?

 

Je ne le connais pas. Je sais juste qu’il a fait l’essentiel de sa carrière dans l’administration. C’est un ancien dans la boîte, qui connaît la réalité du Mali. L’expérience a toutefois montré qu’il ne suffit pas de maîtriser les dossiers pour parvenir à régler les problèmes. Ceci dit, on pense que le départ de Cheikh Modibo Diarra est un facteur qui peut éventuellement aider à faire avancer les choses. Nous verrons comment évoluera la situation.

 

-Peut-on savoir pourquoi le FPA n’a pas pris part à la rencontre, présidée le 4 décembre par le président Campaoré, qui a regroupé des chefs du MNLA, d’Ançar Eddine et des représentants du gouvernement malien ?

 

Mon problème n’est pas de rencontrer le président Campaoré. Mais mon souci est de faire en sorte à ce que la machine (des discussions et de la négociation) fonctionne. J’ai beaucoup discuté avec le ministre burkinabé des Affaires étrangères.
Le FPA lui a exposé la manière dont il voit les choses. Il a été réceptif à notre discours. Personne, aujourd’hui, ne peut avoir la prétention de parler au nom de tout le monde. Il faut que les Azawadis puissent dire ce qu’ils pensent en toute liberté. Et c’est à cela que nous œuvrons.   

              

Bio express :

 

Plus connu dans l’Azawad sous le nom de «Jimmy le rebelle», le colonel Hassan Ag Mehdi n’en est pas à sa première rébellion contre le pouvoir central de Bamako. Durant les années 1990, il s’était déjà distingué par ses nombreux faits d’armes aux côtés d’Ibrahim Ag Banhaga, l’un des principaux chefs de la rébellion touareg, décédé le 26 août 2011 dans un accident de la circulation.

Ancien haut fonctionnaire chargé des questions de défense auprès du Premier ministère malien, Hassan Ag Mehdi vit actuellement entre l’Azawad et Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso qu’il a rallié, au début de l’année, à la tête d’un convoi de 60 véhicules transportant des notables, des fonctionnaires, des femmes et des enfants angoissés, a-t-il dit, par  «l’attitude de Bamako».

C’est en septembre dernier, en compagnie de plusieurs officiers qu’il décida de prendre ses distances d’avec le MNLA et de lancer le Front populaire de l’Azawad (FPA). Jusque-là, il était le chargé de la sécurité et de la protection civile au sein du MNLA à Gao, la capitale des Askias. Il avait rejoint le «Mouvement» en février dernier. Pourquoi avoir créé le FPA ? Selon lui, «la question de l’indépendance, prônée par le MNLA, n’était tout simplement pas réaliste».     

 

Zine Cherfaoui

 


  • Zine Cherfaoui © El Watan le 18.12.12 | 10h00
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  • 01/12/2012

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