Biram Ould Dah Ould Abeid, president d'IRA : «Notre but c’est la prise du pouvoir en Mauritanie» ..

 

 

 

 

Biram Ould Dah Ould Abeid, president d'IRA : «Notre but c’est la prise du pouvoir en Mauritanie» ..  

 

 

 

 

L’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA), est sidérée par le fait que le président Ould Abdel Aziz ait signé le livre d’or de Gorée, alors que ce qui s’est passé à Gorée est toujours d’actualité chez-eux.

Son président, Biram Ould Dah Ould Abeid, dénonce ce qu’il qualifie de complicité de l’Etat du Sénégal avec l’esclavagisme en Mauritanie.

Rencontré lors de son passage la semaine dernière à Dakar, il continue de s’insurger contre les atteintes aux droits de l’homme dans son pays, le «Code esclavagiste» basé sur une fausse interprétation du Coran et la logique de répression de son mouvement par le gouvernement qui voit en ce que fait l’IRA sa fin. Entretien.

 

L’esclavage est criminalisé en Mauritanie, est-ce à dire que l’IRA a accompli sa mission ?

 

Il existe encore en 2013 des pratiques esclavagistes en Mauritanie. L’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA) est un groupe de militants mauritaniens ayant comme objectif de lutter contre l’esclavagisme. C’est une initiative de sept personnes. Elle a des sections et des représentations dans toutes les régions du pays, au Sénégal, en Afrique, en Europe, aux Etats-Unis, au Canada.

La Constitution criminalise l’esclavage. La loi qui interdit l’esclavage a été votée le 8 août 2007, mais en réalité, la pratique perdure encore. C’est une loi pour une consommation étrangère. C’est pourquoi nous continuons le combat. Avant l’IRA, aucun esclavagiste dans les groupes arabo-berbères n’était inquiété. Elle a permis pour la première fois à la minorité blanche de goûter à la prison. On a obligé l’Etat à adopter des lois contre la pratique.

L’esclavage est criminalisé par la Constitution. Aussi, depuis, le nombre d’esclaves libérés ou affranchis se chiffre en terme de milliers voire de dizaines de milliers.

L’Etat a refusé de nous reconnaître et a opté pour la répression tous azimuts de nos marches, sit-in et autres manifestations. Chaque année, nous faisons l’objet de poursuites judiciaires: un ou deux procès par an depuis 2008, car nous sommes une organisation interdite.

Mais à force de réprimer, nous enregistrons des adhésions de nouveaux membres. Aujourd’hui, on assiste à un militantisme ouvert et des résistances partout avec des marches, sit-in, malgré la non reconnaissance de l’IRA. Ce qui fait que la peur s’installe de plus en plus dans le camp de la minorité blanche qui pratique l’esclavage.

 

Toutes ces actions nécessitent d’énormes ressources. Où l’IRA trouve-t-elle ses moyens ?

 

Nous sommes une organisation non reconnue, les bailleurs ne peuvent pas nous financer. Toutefois, nos faibles moyens sont comblés par l’esprit de sacrifice de nos membres, le discours très clair et porteur d’espoir auprès des populations et dans lequel elles se retrouvent.

 

Vous dites que vous vivez tous les ans sous le coup de répressions et de procès. Quels actes importants avez-vous posé à ce jour ?

 

En janvier 2011, moi et cinq autres des membres de l’IRA avions été poursuivis, suite à une plainte d’une dame esclavagiste que nous avions dénoncée. Et c’est la première fois qu’un procès politique est transformé en procès d’Etat. Le procureur de la République qui est le ministère public a perdu la bataille.

Nous avions remporté ce procès en étant très offensif et agressif contre l’Etat, en récusant le tribunal qui n’était composé que de blancs pour juger des noirs. Donc le tribunal était disqualifié. Néanmoins, nous avions été condamnés à un an de prison ferme.

Mais à cause de la pression populaire qui ne faiblissait pas dans le pays, et la pression internationale, l’Etat a fini par céder, craignant un soulèvement populaire et a fait arrêter la femme esclavagiste qui avait elle aussi été condamnée à six mois de prison. C’est la première fois qu’on en arrive là avec un esclavagiste. Désormais, la psychose est dans le camp du groupe qui pratique l’esclavage.

La communauté internationale, les Ong de défense des droits de l’homme, l’Union européenne, les Etats-Unis ont réclamé notre libération sans condition. L’Etat a eu peur et au bout de quatre mois d’incarcération, nous avons été libérés. Et lorsque le président Ould Abdel Aziz nous avait proposé la grâce présidentielle, nous avions refusé. Ce qui avait ému plus d’un et augmenté la sympathie des populations, sympathie qui se traduit toujours par des adhésions massives. Nous sortirons de prison vainqueur trois mois après. C’était la première victoire.

La deuxième victoire, c’est l’incinération du «Code de l’esclavage». Le 26 avril 2012, nous avons incinéré publiquement des livres esclavagistes, des documents légalisant l’esclavage. C’est un acte fort que nous avons posé pour protester contre la mauvaise interprétation du Coran, la mauvaise publicité et le Code négrier. C’est un acte qui a suscité une vague de sympathie et l’adhésion de nouveaux militants à la cause abolitionniste.

Cet acte a constitué également une torture morale et psychologique chez les peuples arabo-berbères. Il s’en est suivi un conseil présidentiel où le président a convié des représentations diplomatiques et organismes internationaux représentés en Mauritanie.

Il a sollicité désormais leur soutien, intimant l’ordre de nous écraser à tout prix. Pour montrer leur adhésion à cette idée du président, la minorité arabo-berbère esclavagiste a organisé une marche de soutien jusqu’au palais où elle a été reçue par le président de la République.

Des appels à notre pendaison ont été même lancés par des érudits de la minorité arabo-berbère, des oulémas qui dirigeaient des mosquées. C’est un grand coup car c’est au nom de ce Code de l’esclavage qu’ils commettent des viols sur des femmes et des filles avec abstraction de leur âge, les esclaves et leurs descendants sont exclus de l’héritage de leurs ascendants.

(…) Aussi, la castration est une réalité, elle existe bel et bien dans les livres que nous avons incinérés. Selon ces textes, si un esclave vit sous le toit du maître qui a des femmes et filles, pour éviter la tentation et que ces dernières ne tombent sous son charme, il est permis de le castrer.

 

Et la suite ?

 

La réaction de la communauté des opprimés a été rapide. Face aux manifestations populaires réclamant le respect de la Constitution, l’égalité de tous devant la loi qui criminalise l’esclavage, l’Etat a reculé. Depuis lors, nous sommes devenus l’organisation la plus populaire en Mauritanie. Nous avons réussi la transformation de la lutte d’élites en lutte populaire, couronnée de succès.

En cinq ans d’existence, toute la communauté internationale a pris acte des pratiques esclavagistes dont l’Etat est complice. L’IRA attire de plus en plus de rapporteurs des Nations Unies sur les droits de l’homme vers la Mauritanie.

IRA est un mouvement de droit civique redouté, qui a même entrainé une révolution de la religion musulmane basée sur une mauvaise interprétation du Coran suivant le rite «Malékite» qui n’existe qu’en Mauritanie. Donc, l’incinération a été une étape pour rendre un grand service au Coran qui était interprété faussement.

 

Mais malgré tout vous n’êtes pas reconnu et l’esclave existe encore en Mauritanie ?

 

Malgré des centaines de plaintes, les victimes sont là, mais l’Etat n’a encore intenté aucun procès. Par contre, quand nous avions dénoncés une dame, j’ai été arrêté dans des conditions atroces alors que je n’ai reçu aucun mandat. Le quartier a été quadrillé, l’électricité, l’eau et l’internet coupés, donc complètement isolé.

De quelques centaines de personnes à mon arrestation, le nombre de militants de l’IRA est passé à des milliers à ma sortie de prison. L’essor du mouvement constitue le rouleau compresseur pour démystifier le pouvoir. Nous refusons la clandestinité à laquelle le gouvernement veut nous confiner.

Tous nos dirigeants sont connus, même s’il y a certains cadres dans l’administration, dans des entreprises et autres secteurs qui nous soutiennent discrètement, pour ne pas subir des représailles. D’ailleurs, nos manifestations sont les plus populaires actuellement en Mauritanie. Nous mobilisons plus que tous les partis politiques, même celui au pouvoir.

Je crois que la Mauritanie finira par tomber dans l’escarcelle de la majorité. Notre but c’est la prise du pouvoir en Mauritanie. Nous sommes majoritaires. Pour cela, nous avons créé un parti politique: le Parti Radical pour une Action Globale (RAG).

Un parti automatiquement interdit par les autorités, craignant de perdre le pouvoir vu l’espérance, l’espoir que le peuple, la majorité porte en ce parti auquel il se reconnaît et qui prend en compte ses préoccupations, ses aspirations. C’est le seul parti politique qui est interdit par le pouvoir en Mauritanie.

Le pouvoir ne s’est pas limité là, il a interdit également les candidatures indépendantes. Nous sommes interdits de participer aux élections législatives prochaines, nos membres sont interdits de se présenter en candidatures indépendantes. Donc le gouvernement actuel voit en ce que nous faisons sa fin, c’est pourquoi il verrouille toutes les portes.

 

Qu’est-ce qui explique votre présence à Dakar ?

 

Notre présence au Sénégal c’est pour dénoncer la complicité de l’Etat du Sénégal avec l’esclavagisme en Mauritanie, avec un président complice de l’esclavage. Nous sommes là pour protester contre le fait que le livre d’or de Gorée a été ouvert à Ould Abdel Aziz, un négrier, lors de sa visite au Sénégal. Nous croyons fermement que celui qui laisse perdurer la pratique de l’esclavage dans son pays en 2013 ne doit pas signer ce livre d’or, vu ce que symbolise Gorée.

La Mauritanie est un Etat qui pratique l’apartheid en Afrique de l’Ouest à nos jours. Il y a encore 20% de la population qui sont des esclaves sans aucun droit. Ils n’ont pas accès à la santé, à l’éducation, etc. Ils sont réduits aux travaux domestiques et autres charges de leurs maîtres, battus, torturés et réduits à tous les travaux, même domestiques et ménagers. Les femmes sont violées ou simplement réduites en esclaves sexuels.

Le fait que le président Ould Abdel Aziz ait signé le livre de Gorée nous a sidérés alors que ce qui s’est passé à Gorée se passe en Mauritanie actuellement, sous son magistère. Si nous sommes là, c’est pour dire aux Sénégalais qu’à 250 km de là, il y a ce qui s’est passé durant des siècles à Gorée.

Vous êtes porteur du combat d’une communauté. Comment cohabitent votre communauté (noire) avec les arabo-berbères?

La cohabitation avec les communautés blanches n’est pas des meilleures. Nous vivons dans l’adversité. C’est l’atrocité entre esclaves et descendants d’esclaves et les communautés arabo-berbères. Ils vivent dans les quartiers chics, administratifs et nous dans les bidonvilles. C’est eux les employeurs, les gouvernants et nous les employés, nous sommes les pauvres sans moyens. Il y a une suspicion permanente entre nous.

Pourtant le président l’Assemblée nationale est un noir, n’est-ce pas un gage d’ouverture des autorités?

Le président de l’Assemblée nationale est un noir, mais nous ne le considérons pas parmi nous. Il fait partie de ceux qui sont cooptés par le système, le pouvoir. Il fait partie de ces noirs corrompus par le régime pour entériner sa politique. Quand nous avions été condamnés, quand il s’est agit de nous pendre, il a été de ceux qui soutenaient cette cause.

 

Et les médias mauritaniens dans tout ça. Relaient-ils vos activités ?

 

Les médias en Mauritanie se sont inscrits dans une campagne de dénigrement international qui, au lieu de contribuer à discréditer le mouvement, au contraire, nous a valu de la publicité. Ça a permis aux gens de mieux nous connaitre et il y a eu des adhésions massives. Les médias sont de connivence avec le pouvoir. Tous les grands groupes de presse appartiennent à des arabo-berbères. Aucun «hartani» (communauté noir mauritanienne) ne dispose d’un média en Mauritanie.

Notre mouvement est pacifique, nous sommes contre toute violence, mais l’Etat a choisi la répression pour nous faire taire, avec une force de nuisance extraordinaire. Nous sommes privés de média et de ressources, ceux qui travaillent dans l’administration ou des entreprises sont privés de tous avantages dus à leur rang, ils n’ont pas accès aux soins.

 

Ibrahima Diallo
Sudonline

 


  • Ibrahima Diallo Sudonline via Le Rénovateur Quotidien
  • 0 Réaction
  • 25/09/2013
  • Droits de l'Homme

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