A la mémoire du Professeur Saïdou KANE Posté le 27/09/2013 - Par Aguibou KANE © Walfadjiri Repris le 27 septembre 2013 23h50

 

 

 

 

 
 
Dans un communiqué parvenu hier à notre rédaction, la Rencontre africaine des droits de l'Homme (Raddho) informe du décès d'un de ses éminents membres, le Pr Saïdou Kane et présente ses condoléances à sa famille. Historien, linguiste, anthropologue, le Pr Kane était un véritable érudit de la culture africaine, un des plus engagés et des plus brillants héritiers du Professeur Cheikh Anta Diop. Il était, également, militant de toutes les causes.

Selon la Raddho, le Pr Saïdou Kane a fait partie des initiateurs de l'Institut des langues nationales en Mauritanie. Il a aussi animé à Radio Sénégal et sur les ondes mauritaniennes des émissions sur l'histoire africaine, ses mythes fondateurs sur le phénomène migratoire. C'est ainsi que, note l'organisation dirigée par Alioune Tine, ‘il a pu mieux que quiconque établir les bases de l'unité culturelle de l'Afrique’. Sur le plan politique, le Pr Kane a été un militant engagé et a contribué à la création des Forces de libération africaine de la Mauritanie (Flam), dont il a été le président. A travers son Ong Yakaare, le Pr Kane s'est aussi illustré comme un militant du développement. Yakaare a ainsi apporté une assistance multiforme aux populations africaines défavorisées.

Après 13 ans d'exil, le Pr Saïdou Kane a rendu l'âme suite à un accident de la route en terre mauritanienne (sa terre d'origine) où il s'était rendu, en compagnie de trois autres de ses amis, pour présenter leurs condoléances. Le communiqué annonce par ailleurs que ‘la Raddho saisira l'opportunité de lui rendre un grand hommage pour avoir rempli sa mission exaltante de réhabilitation des langues, des cultures et de l'histoire africaines et pour avoir consacré sa vie durant à un engagement sans faille pour le respect de la démocratie’.

Aguibou KANE
 
© Walfadjiri
 



Les réactions

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Mamadou Elimane Kane Le 30/09/2013 à 17:51:52

Hommage posthume à Saïdou Kane

« On ne disparaît pas quand on a laissé derrière soi les traces d'un savoir humaniste qui seul, de génération en génération entretiendra le souvenir.»

Moustaf Boli dit Saïdou Kane, est parti le 28 Septembre 2006. 7 ans que des amis, collaborateurs et parents prient pour le repos de son âme. Ce digne fils du Fouta, ce noble peulh, synthèse généalogique des grandes familles jugeait les faits dans le sens qu’ils portent et dans l’avenir qu’ils dessinent aux contours de l’actualité.
Il y a déjà sept ans qu’il est couché à Rosso, sept ans après un mail posthume envoyé par ses enfants et reçu le 03 octobre 2006 : « Il paraît que je suis mort le 28 septembre 2006 ! Je n'ai pas souvenir d'avoir rompu les liens avec ma famille, mes compagnons de lutte, les défenseurs de la justice et de la démocratie dans le monde entier, les dignes héritiers de Cheikh Anta Diop. Excusez-moi, je ne peux pas citer tout le monde, comprenez que la liste est longue. J'ai juste élu définitivement domicile à Rosso, ce sera ma dernière demeure. Après toutes ces longues années d'exil, j'avais envie de me poser. Mes voisins sont très calmes. Ce qui me laisse le temps de réfléchir, de prendre un peu de latitude. »

Le 28 septembre 2006, à Dakar, Saïdou Kane décédait, à l’âge de 59 ans, des suites de ses blessures après un accident de la circulation, intervenu quelques jours plus tôt, à quelques kilomètres de Nouakchott, sur le chemin qui mène à Tékane. Mardi 26, évacuation à Dakar, décès le jeudi 28. Samedi 30 septembre, inhumation, dans le cimetière de Rosso.
Tandis que beaucoup d’intellectuels continuent de se calfeutrer derrière leur savoir pour jouir de la paix au goût d’inachevé, lui, mettait ses connaissances au service de la communauté, de son pays et de l’Afrique. Il portait au front ses idées et écrits et habitait le monde terrestre avec la ferveur d’un poète engagé avec la modestie d’un passager clandestin.

A tout moment, il s’attendait à revoir le spectre de la fatalité depuis le mouroir de Walata. Il prétendait, non sans humour, après tant de souffrances entre la certitude de la mort imminente et l’espoir ténu de la survie, que son existence n’était que gain de miraculé et jours de trop.

Saïdou Kane nous quitte sans recevoir de nous un hommage mille fois mérité. Il s’éteint, si près du but d’accomplir sa mission de réconciliation, de pardon, de concorde et de fraternité entre tous les êtres humains. Le Dimar - où il a réalisé son rêve à travers les journées culturelles dédiées à Elimane Boubacar Kane -, le Fouta, la Mauritanie, l’Afrique dans son ensemble, perdent en lui un symbole agissant au moment où nous avons tant besoin de guide, de leader et d’éclaireur.

Troubadour du concept, poète de la vie, philosophe de l’existence joyeuse, intransigeant et hardi contre les tenants de l’orthodoxie, Moustaf Boli excellait dans l’art du compromis, dans l’addition des humeurs et des vérités pour fonder une société juste et conviviale.

Une enveloppe modeste et une vie simple l’amenaient à partager son temps avec ceux qui ont besoin de lui. Ni la gloire et ni les honneurs ne le faisaient courir. Ce qui intéressait ce chevalier de la fraternité, ce nomade de la paix au visage plein d’humanisme, c’était l’Histoire pour en changer le cours sinueux et triste. Avocat du bonheur, il allait partout transmettre l’enthousiasme et la joie de vivre.
Chacune de ses phrases était une notion d’un segment du monde ou d’une leçon de vie. Dans une aisance bilingue du Français et du Pulaar, la parole de Moustapha s’enroulait dans le souffle vivant du cours de la pensée.

Il avait un appétit gargantuesque du savoir et du débat. Il était doté du pouvoir de recul et savait par conséquent construire des jugements pertinents, efficaces et justes, toutes choses qui expliquaient sa vivacité et son attachement à son pays et à sa communauté. Sa vie avait incontestablement un sens. Sa mort est une perte immense.

Il est bon de rappeler, que ses convictions ne sont pas pétries dans la glaise du radicalisme aveugle, de l'arrogance ou du refus de toute négociation. Mais qu'on ne se trompe jamais, son éducation, basée sur une certaine épaisseur éthique, ne peut conduire à trahir la parole donnée, à renoncer à l'engagement pris. Surtout lorsque les droits du peuple auquel il appartient, sont spoliés. Cela ne veut pas dire qu’il est le seul dépositaire de cette éthique. Il n’a nullement réinventé la roue.

Pour ses héritiers que nous voulons être, ce n'est pas le moment de s’arrêter à mi-chemin. Nous devons continuer le combat. Nous avons parmi nous des modèles de constance dont le plus le plus engagé est aujourd’hui Ibrahima Sarr. Comme Murtudo, Tidiane Hanne et Yéro Doro Diallo, il est un modèle de constance, de courage et d'abnégation. Qu’Allah le laisse vivant pour longtemps encore.

La lutte vient à peine d'être comprise. Il faut absolument la continuer. Nous serons là, pour toujours y participer, jusqu'au moment où Dieu en décidera autrement.

Nos larmes se transformeront en ruisseaux qui abreuveront tous nos morts. Que dieu les accueille au Paradis.


Mamadou Elimane Kane
elimkane@yahoo.fr
Dakar, Sénégal

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Mamadou Barry Le 12/09/2018 à 18:44:47

Un grand homme s'en est allé nous laissant un lourd héritage mais aussi une œuvre à perpétuer. Nous avons espoir avec de bonnes volonté à l'instar d'un fils de sa sœur (donc un descendant), Mamadou Elimane Kane (fils de Fadoum Boly), historien de formation de surcroit,que la reléve bien que difficile mais sera assuré IN CHA ALLAH
 

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Nouvelles O.D.H Le 12/09/2018 à 20:59:20

Mer pour l'hommage et le témoignage .
Puisse le Tout Puissant envelopper le Professeur de sa miséricorde.
Et accorder force, foi et londue vie à Mamadou Elimane KANE
Aamiin

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