Capitalisons plutôt des expériences: Une administration sans mémoire/ Gandega Sylli

 

 

 

 

 

Capitalisons plutôt des expériences : Une administration sans mémoire/ Gandega Sylli

 

 

 

Notre pays a accompli, depuis les années 80, des progrès importants, en matière de formulation et de suivi des politiques et des stratégies de développement. Par contre, très peu d’efforts, sinon aucun, n’ont été enregistrés par notre administration sans mémoire de cequ’il convient de nommer l’évaluation et, surtout, la capitalisation des expériences, objet de notre préoccupation en cet article. Cette carence peut se révéler désastreuse, pour le développement du pays, au point de former, à brève échéance, un véritable tsunami, si l’on y prend garde dès maintenant.

Avec une administration surtout soucieuse d’urgence et de quotidien, voilà deux notions – évaluation et capitalisation – quasiment absentes de notre paysage institutionnel. Aussi conviendra-t-il, avant de rentrer dans le vif du sujet, de commencer, d’abord, par les distinguer. Comme nous l’avons appris sur les bancs de l’Université, il existe, en effet, une différence essentielle, entre l’évaluation et la capitalisation : la première doit produire un jugement de valeur, tandis que la seconde n’a d’autre objet qu’offrir ce qui, dans, l’expérience, peut être utile à d’autres. Certes, certaines ressemblances, dans leur usage respectif, peuvent être trompeuses. C’est le cas, notamment, de la révision de la documentation, dans les entretiens avec les acteurs ou dans l’observation des résultats de terrain. Mais ces deux notions sont collègues et devraient sûrement apprendre à travailler ensemble. Cela n’est néanmoins possible qu’une fois bien établies leurs différences.

Une capitalisation bien faite peut offrir énormément de matériel et de pistes à l’évaluation. Une bonne évaluation sera une des bases de la capitalisation et pourra, même, lui indiquer des points à approfondir. La capitalisation se préoccupe de présenter, au mieux – c’est-à-dire de manière la plus accessible possible – l’information adéquate pour comprendre ; non pour convaincre. Pour être accessible, elle cherche, donc, à s’adapter à son public. C’est pour élargir celui-ci qu’elle s’essaie à raconter et que son récit ne s’enferme pas dans une structure logique préétablie. Il peut jouer sur bien des registres, suivant les besoins des destinataires, la teneur des acquis à partager, la sensibilité des auteurs, les caractéristiques du support de diffusion, etc.

Or que fait-on chez nous et depuis toujours ? Presque rien de tout cela. Les politiques, les stratégies et les projets se suivent les uns les autres, sans livrer leurs secrets et nous restons – car nous sommes – un pays de l’éternel recommencement. A tous les niveaux, les responsables de notre administration permutent de poste, au gré des conjonctures, politiques le plus souvent, et c’est tout qui change, à ces occasions, sans discernement. Les élections se succèdent, depuis la fin de la décennie 90, sans que jamais l’on n’analyse ni le fonctionnement des structures érigées – CENI ou autres – ni le déroulement du processus, pour en tirer de fructueuses leçons. Les réseaux d’infrastructures, pourtant existants, sont inconnus, lors des changements ou des réhabilitations, et ce ne sont ni la SOMELEC, ni la SNDE, ni aucune des autres structures de même type ou approchant qui nous démentiront.

Plus graves encore : les échecs et les succès, lors de l’exécution des projets, ne sont jamais documentés ; d’où la tentative, folle, de les reproduire, sans souci des coûts pour la collectivité. Quand arrêterons-nous ce gâchis et ferons-nous le point ; autrement dit : capitaliserons-nous, non pas, bien sûr, les ouguiyas, mais les expériences, bonnes ou mauvaises ? Et pourtant, nous avons des cadres nationaux, en et hors du pays, des diplômés chômeurs, aussi, qui peuvent aider en ce domaine : ils n’attendent que cela. Mais voilà : notre administration ne veut, semble-t-il, ni études ni enquêtes ni« story telling » et, au final, aucune capitalisation. Ce sont toujours les mêmes « réformes » qui se suivent et s’exécutent, sans mettre, sur la table, les leçons apprises. Ce qui intéresse cette administration, ce sont les deuxième et troisième phases des projets et programmes, avec toujours les mêmes coordonnateurs, rarement retenus après sélection mais ordinairement imposés, car il s’agit, surtout, de capitaliser, non des expériences, mais des moyens – vulgairement, des sous – sinon des acquis tribaux, raciaux, régionaux et j’en passe. Les mêmes personnes avançant les mêmes causes, pour conduire aux mêmes effets.

Ce qui est encore plus curieux, c’est que la SOciété Civile (SOC), si donneuse de leçons à cette pauvre administration et qui aurait pu, fort bien, montrer le bon exemple, en matière de capitalisation, se met à singer les mauvaises pratiques de notre système de gouvernance publique. Du coup, capitalisation rime, ici encore, avec accumulation de tout, sauf d’expériences. D’où viendra donc le déclic salvateur ? A bien y regarder, il semble difficile d’imputer, à la SOC, trop souvent contrainte par une trésorerie aléatoire, un devoir si inscrit dans la durée. Il est, donc, plus que temps que notre administration intègre, dans sa recherche de performance, non seulement l’évaluation mais, aussi, la capitalisation. Elle doit se l’imposer à elle-même ainsi qu’à ses partenaires au développement qui ne font guère mieux ; en tout cas, ici, en Mauritanie. Oui, il est important, pour notre administration et, à sa suite, tous les acteurs du développement, de valoriser leurs succès, d’analyser leurs échecs, de diffuser, d’apprendre et de partager les bonnes pratiques des projets et des partenaires impliqués. En d’autres termes, de regarder en arrière, pour bâtir sur ce qui a ét é accompli, c'est-à-dire « capitaliser » sur les résultats. C’est cette capitalisation qui lui permettra d’initier une solide réflexion et de préparer l’avenir, pour les générations futures qui vont, à leur tour, consolider et développer les acquis : ce n’est qu’ainsi que peut se construire le développement durable

 

GANDEGA  Sylli, économiste consultant indépendant

©  Le Calame  29 JANVIER 2014 

 


  • © Le Calame 29 JANVIER 2014 GANDEGA Sylli, économiste consultant indépendant
  • 0 Réaction
  • 29/01/2014
  • Contributions

Réagir


  • CAPTCHA

Espace Membre

Calendrier

« Juin 2018 »
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930

Newsletter

  • En inscrivant votre e-mail, vous recevrez gratuitement les bulletins d'information de O.D.H Mauritanie



Twitter

Les Flam interpellent les Chefs d?Etat et de Gouvernement participant au 31ème sommet de l?Union africaine de Nouak? https://t.co/Ni4OJ67tqI
le 25/06/2018
Japon-Sénégal (2-2) : les Blue Samurais et les Lions de la Teranga se neutralisent https://t.co/PIuWzupP3l
le 24/06/2018
RT @LeHuffPost: Ruquier à Dupont-Aignan: "Vous êtes pire que madame Le Pen!" https://t.co/1wZ2bAkem1
le 24/06/2018
RT @GayeBaydi: @odhmauritanie Pourquoi pas le Nigeria
le 24/06/2018
RT @LeHuffPost: Il fallait "accueillir d'abord" et étudier les situations des migrants de l'Aquarius "ensuite", pour le Défenseur des droit?
le 24/06/2018

Livre d'or

  • Dernier message :

  • erectile assistance http://toperectiledysfunctionpills.com/ - erectile pills do erectile pills work erectile dysfunction remedies - toperectiledysfunctionpills.com toperectiledysfunctionpil...

    par erectile means
  • Aller sur le livre d'or →

Rechercher sur le site

Visiteurs en ligne

    • Nombre d'invités : 570

    Météo

    Lundi

    min. 14 °

    max. 26 °

    Partiellement nuageux

    Mardi

    min. 14 °

    max. 28 °

    Ciel dégagé

    Mercredi

    min. 17 °

    max. 29 °

    Ciel dégagé