Tranche de vie : Partie 3 Posté le 15/11/2014 - Par Fatimetou Mohamed via Facebook 15 novembre 2014 21h09 Culture & Music

Tranche de vie : Partie 1
Je n’ai pas rêvé. Le mal dans ma tête était bel bien réel : une grosse corde nouée au bout se balançait devant mes yeux et me touchait le front. Je découvris, en me réveillant, que j’étais couchée au milieu d’un groupe de personnes entassées les unes contre les autres. J’étais dans les bras de quelqu’un des miens. Je ne me rappelle pas lequel, mais j’étais bien à l’arrière d’un camion énorme. Certainement qu’on m’y avait portée quand je dormais encore.
Tout ce dont je me souvenais est que, la veille, mon père m’avait informée le plus naturellement du monde en me disant :
- Nous partions, que nous quittions la ville pour toujours.
Il l'a sans ménagement aucun, le plus naturellement du monde. Alors que ma mère était là, dans cette ville, et que je ne voulais pour rien au monde l’abandonner !
Je lui demandai :
- Pour aller où ?
Il me répondit :
- Nous allons chez la famille de ta deuxième maman, à Ghadia 1
Ma « deuxième maman » c’était Lalla, la dernière épouse de mon père, celle qui, à mes yeux, avait pris la place à ma mère
- Nous changeons de ville, ajouta--t- il
Je ne comprenais pas très bien mais, je sentis au regard venimeux que lançait ma grande sœur et à ses yeux pleins de larmes, que quelque chose de grave se passait. Sa façon de m' appeler mes pleurs au secours, croyant que je pouvais influencer mon père, parce que d’habitude, quand je pleurais j’obtenais toujours ce que je voulais. Mais pas cette foi-ci ! La décision avait été prise depuis longtemps. Mon père avait vendu tous ses biens sans exception : ce que j'ai appris plusieurs années plus tard. Et comment aurais-je pu changer le cours des choses, moi qui n’avais que quatre ans et quelque mois, et qui ne voyais donc pas plus loin que le bout son nez !
Le camion s’arrêta.Telle était fut l’impression que j’eus quand je sentis les bras de mon père me soulever et me tendre, comme un colis, à une autre personne qui, elle, était à terre. Cette dernière me prit avec beaucoup de précautions, me déposa et tendit de nouveau les mains pour recueillir d’autres enfants.
Après le départ du camion, nous eûmes le droit de nous dégourdir les jambes mais sans nous éloigner les uns des autres, en attendant la levée du jour. Je posai la question qui me brûlait aux lèvres moi "fille de la ville", je pris peur de l’absence des maisons.
- Où sommes-nous, donc ?
J’appris que l'on se dirigeait vers les oasis d’Elghadia, au nord ouest de la Mauritanie. Une région caractérisée par ses montagnes, ses oasis, ses plates formes . . . aussi par son climat aride et chaud, par les déficits pluviométriques.
Après ces explications peu satisfaisantes avancées par de mon père, je me détournai de lui alors qu’il commençait déjà ses ablutions et que les autres passagers se préparaient comme lui pour la prière d'elvejer, (petit matin). On me plaça avec les autres enfants, derrière le rang des adultes. Et nous n'avions qu'à imiter leurs faits et gestes durant la prière.
Peu après, les ânes arrivèrent avec un guide qui s'est entretenu longuement avec les hommes. Ces derniers mirent ensuite les bagages sur les des ânes et le voyage continua. Je ne comprenais rien à ce qui se passait mais j’imitais les autres enfants. Je marchais sans me retourner, sans savoir où l’on m’emmenait, je cherchais ma sœur des yeux. Mais son attitude ne me disait rien, car elle restait toujours calme comme à son habitude, ne disant mot..
Alors le soleil est au zénith, les hommes cherchèrent un arbre pour nous reposer. A l'ombre de celui ci, s'organisait le déjeuner et le thé, dans une atmosphère de calme, une ambiance morose certainement due à la fatigue. Le voyage se poursuit encore jusqu’à la tombée de la nuit. Nous nous reposâmes ensuite quelques heures. Puis,aussi tôt dès l'aurore avant l’aube. nous poussions lentement et péniblement jusqu'à un point perdu je ne sais où. Et voilà qu'enfin, nous nous arrêtâmes à la lisière d'une vallée, donnant quelques signes de vie rustiques. De petites cases misérables y sont parsemées ça et là. Au premier coup d’œil, elles semblent inhabitées ou même abandonnées.
1 : un village perdu comme son nom l’indique
A suivre...
Fatimetou Mohamed via Facebook 11 novembre, 02:01
Tranche de vie : Partie 2
A ma grande surprise de grandes personnes apparurent vite, sales et migres, suivies d’une horde d’enfants tout à fait nus se jetèrent sur nous comme des rapaces se partageant un gibier. Ils nous embrassaient de façon toute gauche au point où j’étouffai et poussai des cris d’horreur, ils me lâchèrent et je parvenais enfin à me libérer et prendre la fuite. Mon père me rattrapa rapidement et me présenta, de force, à sa belle famille, tout en me disant qu’elle était dorénavant la mienne. Je me laissai faire, les yeux pleins de larmes, mais je ne sus faire la différence entre la vraie famille de Lalla et leurs voisins, car tout cela se ressemblait, à mes yeux.
L’intérieur des cases n’était pas fameux, meublé seulement de vieilles nattes d’azaran 2 (j’appris le nom plus tard). En m’installant sur les jambes de mon père, je pris le temps d’étudier chaque objet que je voyais pour la première fois, tandis qu’il discutait. Je cherchai ma sœur, Gouha, des yeux et l’aperçus entrain de faire descendre les bagages avec le guide – elle a choisi de servir et elle le fera jusqu’à notre dernier jour – et des enfants, les frères de Lalla, surement. Nous passâmes la nuit dans une case identique à celle des autres. Seulement on était ensemble les quatre : Baba (mon père), Lalla (sa femme), ma sœur Noubghouha et moi.
Au petit matin je me réveillai en sursaut car des bruits sordides à fendre les tympans arrivaient à mes oreilles, je sortis la tête et découvris un paysage sinistre et médiocre et, un peu plus loin quelques maigres moutons dispersés à la recherche d’une herbe déjà sèche… et la montagne qui entourait le tout comme pour l’engloutir. Je détournai mon regard au moment où je sentis des yeux me fixer. Un frisson me parcourut toute entière car je ne voyais aucune forme de sympathie dans ces yeux et un sentiment nouveau me parcourut l’échine pour la première fois : la peur. C’était la mère de Lalla, marâtre ou belle mère, la sorcière du village selon les voisins, comme je l’appris plus tard, qui me regardait intensément.
Elle s’activait à piler du mil dans un grand mortier, mais malgré sa besogne elle n’avait d’yeux que pour moi. Dans ces derniers, je lisais, sans difficulté, la haine.
Mais le pire ne tarda pas à venir : je demandai mon petit déjeuner, et pour toute réponse, mon père éclata de rire. Il me répondit qu’aucune boulangerie n’existe dans tout le bled. Ce fut la goûte qui fît déborder le vase : je pleurai toute la journée Et, pour la première fois, personne ne venait pour me réconforter.
J’essayais de me rappeler qui j’étais vraiment Est-ce que j'étais toujours la benjamine de la famille, la « Zeïna » prénom que je portais avec orgueil et qui veut dire (belle).
Je me rappelais l’existence de ma sœur et allai la chercher. Je la trouvai recroquevillée sur elle-même. En me voyant arriver elle m’ouvrit les bras et m’y jetai avec tout mon désespoir et nous fondîmes en larme toutes les deux. Dans mon esprit c’étai la fin du monde, la vie stagnait, ne bougeait plus d’un pouce.
Les jours qui suivirent passèrent lentement sans apporter quelque chose de spécial sauf que je voyais rarement mon père, car il avait toujours quelque chose à faire et s’absentait souvent sans que je sache quand il était parti ni quand il devait revenir. Avant, il était obligé de me faire des promesses avant de partir et il s’exécutait à son retour en m’apportant tout ce qu’il m’avait promis, j’étais sa fille chérie, j’étais celle que les voisines qui draguaient mon père choyait le plus (mon père était beau et toutes les femmes succombaient à son charme.) Mais malheureusement, son choix s’était posé sur Lalla, fille de villageois, qui appartenait à une famille pauvre et nombreuse, et qui n’était ni belle, ni cultivée.
Je me promenais toujours aux alentours des cases tout en évitant la grand-mère. Et souvent, je tombais sur des femmes qui parlaient de nous, de la richesse de mon père (car certainement dans le pays des aveugles les bornes sont rois). Mais une fois j’entendis une conversation tourner autour d’un marabout qui avait prédit à mon père qu’il aurait un garçon de son nouveau mariage (ma mère ne lui avait donné que des filles ; nous étions trois et la plus grande était restée avec notre mère). Chez les familles conservatrices il est très important d’avoir des garçons pour la pérennité du nom de famille, dans la tribu.
Quand il apprit la prophétie, mon père ne s’occupa plus de moi. Quant il était à la maison, il ne quittait plus sa femme d’une semelle et me conseillait d’aller jouer avec ces diables d’enfants.
Il lui arrivait d’aller chasser avec les hommes du village, il était un grand chasseur, qualité que j’ignorais jusqu’au jour où il rapporta des daims et cerfs qu’il partage avec les voisins.
Un jour il est revenu avec beaucoup plus de gibier que d’habitude et décida d’inviter les grandes personnes de l’oasis et même ceux des villages voisins. Ce fut un grand remue-ménage et une grande agitation vers la grotte qui servait de cuisine ; j’appris par l’intermédiaire des domestiques que parmi les invités de mon père il y avait des notables qui venaient pour la première fois dans ce coin perdu.
Au zénith tout le monde était déjà en place, et les plats commençaient sur ordre de mon père bien sûr qui était en toute beauté ce jour là, avec un boubou neuf, bien rasé, il distribuait les tâches aux domestiques et à ma sœur. Je passai près de lui comme pour attirer son attention, mais il ne m’accorda pas un regard. Je fus quant même satisfaite du fait que je sois sa fille, chose pour laquelle les autres enfants m’envient car les femmes ne cessaient de chanter ses louanges devant moi.
Après que les invités se furent installés dans la partie salon du mahmel et leurs femmes de l’autre coté avec Lalla et que des calebasses pleines de lait (zrig 3) servies, le premier plat arriva et c’était des dattes fraîches comme dans la coutume, ensuite le méchoui avec son odeur alléchante qui me passait sous nez sans que je puisse y goûter. Nos traditions interdisaient aux enfants de manger avec les grandes personnes, ils n’avaient droit qu’aux restes, - s’il en reste – ce qui arrive le plus souvent, mais ce jour là, il devait y en avoir car la nourriture était abondante. Seulement une chose à laquelle je ne m’y attendais pas est survenue ce jour de mauvais augure, Lalla expédia les restes chez ses parents en remettant les plats à ses frères qui étaient présents avec quelques pique-assiettes du village.
L’opération ne me plaisait pas, mais je me consolais en jetant un coup d’œil vers les marmites de couscous encore pleines en disant intérieurement que j’aurai une part, mais hélas les cuvettes de couscous à peine touchées par les invités déjà rassasiés suivaient le même chemin. Cette fois-ci la situation me parut plus catastrophique que les précédentes, car il m’est formellement interdit de manger ailleurs que chez moi, et je sentais que tout était perdu de ce côté, mes yeux commençaient à me piquer, je ne voyais plus rien, je me retirai pour donner libre cours à mes larmes qui depuis un moment me brouiller la vision.
2 : de la paille que les femmes trempent dans l’eau pour tisser des nattes
3 : Zrig : lait caillé dosé d’eau et sucré
Fatimetou Mohamed via Facebook 15 novembre 2014 14h35
Tranche de vie : Partie 3
J’étais partagée entre la colère et la faim, quant tout à coup un cri sordide me fit sortir de ma torpeur : tous les hommes courraient vers le côté des femmes d’où les cris parvenaient, déchirants le ciel et là, je découvris ai milieu des femmes, Lalla tenant son pied gauche par les deux mains. Un ami de la famille a immédiatement comprit que c’est une morsure de scorpion. On fit retourner la natte sur laquelle elle était assise et, à la grande surprise de tous un grand scorpion à la forme d’une chaussure d’enfant, s’affolait et courait à gauche et à droite sans savoir quel destin l’attendait, certains proposèrent de l’écraser par une pierre, d’autres suggèrent le bâton, l’ami de mon père qui s’était proposé volontaire se servit d’une grande épine de palmier, lui perçât le dos et le balançât aux enfants pour l’achever après l’avoir fait souffrir. Lalla criait toujours, mais les hommes qui savaient extraire le venin n’étaient pas ses frères de lait et, il fallait envoyer chercher un parent à elle, guérisseur qui est à quelques kilomètres de là. Un rapide se proposait d’aller l’amener. J’étais toujours en retrait mais rien ne m’échappa de la scène, elle me fit quant même oublier un moment mon malheur, ma sœur me serrait dans ses bras et pleurait…de peur sûr
Tard dans la nuit j’entendais mon père dire à sa femme en ces termes !
- je t’avais bien prévenu de tenir compte de la présence de cette petite, et lui donner ce qu’il lui est dû, la faire manger à sa faim
je compris qu’il s’agissait de moi et je l’entendais revendiquer : que je dois être comme les autres enfants, courir avec eux, et manger comme eux etc. . .
Il lui rappela qu’il n’est pas de nos habitudes de manger chez autrui. Elle ne supporta pas cette réflexion et lui dit : nous représentons tous une même et seule famille.
Les jours qui suivirent je fus bien servie et un peu gâtée, on aurait dit qu’on avait peur de moi, car les gens étaient superstitieux et croyants musulmans, ils savaient que Dieu vengeait les faibles en punissant les forts et mine de rien c’était un confort moral pour nous les enfants
Un jour je m’entrainais à un nouveau jeu quand le père de Lalla surgit devant moi et me fit signe de le suivre avec ma sœur dans son champs. Il nous offrit un grand melon frais, désaltérant par cette chaleur, il nous expliqua qu’il le mettait dans un bidon qu’il glissait à l’aide d’une corde dans l’eau du puits et le matin il le retirait tout frais. Je mangeais ma part et un peu de celle de ma sœur, car je pleurais souvent de faim, j’étais toujours en manque.
Hélas cette histoire ne dura pas longtemps, car nous fûmes surprises le troisième jour par les frères de Lalla qui nous épiaient et coururent le rapporter à leur vielle de mère. Ce qui fit que le lendemain le vieux nous renvoyât tout juste par un signe de la main. Quelques mois plus tard mon frère naquit alors que mon père était parti à la chasse. Les vivres commençaient déjà à s’épuiser. Notre marâtre comme toujours, voulait emporter tout chez elle mais ma sœur comprit son jeu et cacha une partie de la ration sous une roche.
Une semaine durant, les voisins n’arrêtaient pas d’amener les moutons pour le jour du baptême qui devait avoir lieu sept jours après la naissance de l’enfant. Et ce furent les jours les plus noirs de ma vie, car la fumée montait à partir du lieu qui leur tenait de cuisine. Et c’était du méchoui, j’en étais sûre. J’essayais de m’échapper à l’astreinte mais ma sœur parvenait toujours à me saisir.
Le grand jour arriva et tout le monde nous oublia, les domestiques qui s’activaient semblaient regarder de notre côté mais ne nous voyaient même pas. Mes pleurs ne cessèrent que la nuit où je dormis à même le sol. Je faisais des cauchemars, quant je fus réveillée par la main de mon père qu’il faisait promener sur mon ventre, geste qu’il faisait pour savoir si j’ai bien mangé. Et il sut immédiatement que j’étais très affamée. Il me fit asseoir et me posa des questions sur sa femme et ses parents et pourquoi j’étais dans cet état, je lui dis tout, en pleurant. Il s’était révolté. Il alluma un feu et avec l’aide de Gouha – réveillée à son tour par mes pleurs - mit la marmite pleine de viande et commença à faire le pain traditionnel, et me jura que jamais ce qui est arrivé ne se répétera, et que dorénavant il était là pour me défendre contre vents et marées.
Je mangeais cette nuit là pour deux, Au petit matin, la belle mère qui n’a pas dormi sûrement, à dû voir le feu, se présenta tôt avec son cynisme habituel s’adressa à lui dans ces termes :
Bonjour mon fils, n’es-tu pas curieux de voir ton garçon à qui on a donné le prénom de ton ami le grand cheikh comme tu le voulu.
Je n’ai que faire d’un enfant pour lequel mes filles chéries ont été abandonnées toutes seules, privées de nourriture. Vous, tous, tournez autour de lui alors qu’il n’a besoin que du sein de sa mère.J’étais aux anges pendant qu’ils se disputaient tous les deux. Je me disais que mon père allait tout balancer et nous ramener chez nous. Mais comme toujours mon bonheur fut de courte durée, il l’accompagna, vit son fils, et ne quitta plus d’une semelle.
Une autre fois je jouais avec quelques serviteurs quant mon père cria pour que je vienne me présenter immédiatement devant lui. Ce que je fis la seconde suivante. Il m’ordonna du doigt de m’asseoir ce que je fis aussitôt. Alors, de ses deux grosses mains il me serra les épaules et dit :
Est-ce que c’est vrai que tu as dit que tu vas me prendre pour retourner vivre avec ta maman ? et, est ce que tu traite cette noble famille d’avares ? Ne me laissant pas le temps de répondre, il prit sa ceinture et me frappa plusieurs fois avant que Lalla le suppliât d’arrêter. Je niais du doigt car je bégayais à l’époque et dès que j’avais peur, je perdais la langue. Je pleurai très fort car je ne comprenais pas pourquoi on me faisait dire des choses que je ne savais pas dire. Il parait, d’après les voisins, que Lalla ma collée cette histoire, prétendant que je la lui ai racontée, devant ses frères. Après m’avoir frappé, mon père ne se sentit pas fier de lui-même, il continua de crier très fort au point, où il me sembla qu’il prenait un peu mon parti.
J’allais m’asseoir sous l’ombre d’un palmier, mais au lieu de me coucher sur le sable et me lamenter sur mon sort, je levais mes yeux et souhaitais que les rayons ultras violets du soleil, filtrés par les branches me transportassent jusqu’à ma mère.
J’imaginais ma mère comme une fée et qui allait surgir de je ne sais où et punir tous mes ennemis, me prendre dans ses bras devant mes amies- car aux yeux de ses dernières j’étais orpheline- et leur répéter que j’étais sa fille chérie et que quiconque me toucherait, elle le frapperait, à commencer par mon père.
On fit appel souvent à moi pour bercer le petit, on me le fit porter sur le dos, je faisais le va et vient jusqu’à ce qu’il s’endort. Je voyais le temps passer sans apporter grand changement à la situation ma sœur et moi. Ce frère fut suivi d’une petite sœur qui naquit quelque mois après, et ils devinrent tous les deux les prunelles de mes yeux et je me posais la question : lequel m’étais le plus cher ! Je les aimais au point je ne pouvais dormir tant que l’un d’eux pleurait. Vu que je devenais en quelque sorte indispensable aux enfants la vielle belle mère m’acceptait un peu plus que ma sœur qui ne quittait jamais la cuisine.
Un jour Lalla tomba malade, on la fit ramener au village, - et depuis ce jour là je ne la revis plus. Au retour de mon père, quelle fut ma surprise quant il nous annonça qu’il nous amenait cette fois-ci, chez nous, dans notre propre oasis ! Depuis lors, je fus choyée par nos serviteurs, je reprenais peu à peu gout à la vie et je chantais même mes anciennes chansons presque oubliées. Gouha reprit elle aussi gout à la vie et devint moins taciturne et beaucoup plus belle. Elle se tressait ses cheveux en natte et se laissait aller aux rêves. Elle se lia d’amitié avec une fille de nos voisins qui ne ratait jamais l’heure du repas. Je finis par la détester à cause de sa gourmandise.
On n’attendit pas longtemps voir arriver une femme un peu étrange. Au début je pensais à la gourmande de Gouha. Elle ne ressemblait pas aux gens qui habitaient ces oasis perdues, elle avait de beaux habits et son teint était clair, contrairement à celui de la majeure partie des gens d’ici, brulés par le soleil d’été. La roche sur-laquelle je m’étais installée était séparée par un petit ruisseau avec les habitations. Et la femme était à l’autre côté de la rive. Je ne pouvais distinguer ses traits alors je lui fis des mimiques. A ma grande surprise, elle s’avança et parla :
- Salamalikoum n’êtes vous pas, les filles de Mohamed ?
Ma sœur s’était aussi approchée.
- Et toi, n’est tu pas maman ? Répondis-je instinctivement.
Elle me dit : oui,
Un éclair subitement me traversa l’esprit : ma mère . . . Je sautai dans l’eau alors que je ne savais pas nager. Quand je repris connaissance, j’étais dans les bras de ma mère qui pleurait à chaudes larmes et qui répétait
- Je ne suis pas venue pour voir ma fille mourir sous mes yeux . . .
J’appris par la suite que parmi ceux qui s’étaient regroupés au tour de ma mère m’avaient sauvé de la noyade. Elle nous prit dans ses bras et nous cajola tandis, ses anciennes connaissances pleuraient de joie.
Le soir, comme à son habitude, il venait nous faire traverser le ruisseau, mon père apprit l’arrivée de notre mère. Il se présenta aussitôt pour lui souhaiter la bienvenue. Je profitai de l’occasion pour lui chanter les éloges de ma mère tout en m’accrochant à elle, lui disant combien elle sentait bon et combien elle était belle. . . Tous riaient de ce que je disais.
C’est seulement quand nous prîmes, le lendemain, une voiture de transport à destination de la Capitale, avec notre mère, que je fus sûre qu’enfin je quittais définitivement la vie des oasis
...Fin ...
Fatimetou Mohamed via Facebook 15 novembre 2014 21h09
Source : Facebook
Les réactions
sall yero Le 16/11/2014 à 08:15:01
Fatimetou tous mes encouragements et remerciement car votre histoire réelle ou imaginée m'a fait chaud au cœur..
Nadia Sghaier Saada Le 17/11/2014 à 03:30:27
C'est une grande romancière qui mérite d'être éditée et soutenue...





