Le 28 novembre : Fête pour les uns…

 

 

 

 

 

Le 28 novembre : Fête pour les uns…

 

 

4 December, 2014 - 00:30
 
 
 
 
 

Les collectifs pour la défense des victimes et rescapés militaires de la répression des années 1986-1991 ont  rendu, dans le deuil et le recueillement, un hommage appuyé, ce 28 novembre, aux 28 soldats négro-mauritaniens, pendus par leur frères d’armes, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1991, dans la caserne militaire d’Inal, sous le régime du président Maaouya ould Sid’Ahmed Taya.

Pour ces organisations divisées depuis bientôt deux ans, la Fête de l’indépendance, qui devrait être une journée de joie et d’allégresse, s’est transformée, en 1991, « en une journée de deuil et de recueillement pour les vingt-huit martyrs, officiers, sous-officiers et soldats, tous négro-mauritaniens morts sans que leurs familles sachent pourquoi. Quelle sinistre façon de célébrer la liberté ! » On a effectivement du mal à concevoir le sens d’une telle perversité : imagine-t-on le scandale que provoquerait, dans le Monde, l’annonce de l’exécution de quatorze corses ou bretons, un 14 Juillet ?

En Mauritanie, les victimes de la répression (veuves, orphelins et rescapés) ont célébré dans des endroits différents, cette journée de deuil. Un hommage également rendu aux autres soldats assassinés, en différentes casernes du pays, par le même régime.

Occasion, pour les uns, de louer le ‘’courage’’ d’Ould Abdel Aziz d’avoir reconnu le tort causé à la communauté négro-mauritanienne, de demander pardon, au nom de la Nation et d’octroyer des réparations ; quand les autres contestent un protocole d’accord signé à la sauvette, en appellent au devoir de vérité et de justice, pour que pareilles ignominies ne recommencent jamais en Mauritanie et que se mette en place une véritable réconciliation nationale.

 

 

COVICIM :  Pour un devoir de justice et de mémoire

 

 

Le Collectif des Orphelins des Victimes CIviles et Militaires (COVICIM) de 1986-1991 a organisé un grand rassemblement au collège de Sebkha, non loin du Robinet 10. Les rescapés militaires, les orphelins,  leurs mères et sympathisants s’y sont retrouvés, à partir de 17 heures, en grand nombre. Plusieurs partis politiques de la place ont marqué de leur présence la manifestation : MPR, PLEIJ, FPC, Arc-en-ciel, APP, UFP, UNDD, ADEMA, ainsi que diverses organisations comme TPMN, IRA, le Conseil Représentatif des Soninko de Mauritanie (CRSM)… Et, surprise agréable, un groupe de jeunes maures.

Devant un public accouru en grand nombre, malgré l’interdiction de la manifestation par le préfet de Sebkha, l’ex-lieutenant Kane Mamadou Alhousseïnou, président du COllectif des VIctimes de la REpression (COVIRE) a affirmé que le protocole d’accord, signé entre le pouvoir et l’ancien bureau de COVIRE, mal négocié, était contestable et contesté. « C’est pourquoi et en dépit des efforts faits par le président Mohamed ould Abdel Aziz, nous demandons  la mise en place d’une commission vérité-réconciliation. Elle aura pour tâche », poursuit Kane Mamadou, « d’éclairer l’opinion sur ce qui s’est véritablement passé pendant cette période ; qui en furent les instigateurs, les auteurs et les complices…C’est seulement après cela que les victimes pourraient pardonner, parce que personne n’est habilité à le faire à leur place ». Même si le président de COVIRE reconnaît, au passage, que les auteurs de ces crimes abominables, sont déjà connus, « c’est à cette commission », estime-t-il, « qu’il appartiendra de statuer définitivement sur la question ». Et de demander, une fois de plus, l’abrogation de la loi d’amnistie, votée en 1993, pour protéger les auteurs des exactions ; puis de réclamer un débat national autour du passif humanitaire loin d’être clos.

Bâ Mamadou Alassane, du PLEIJ ; KadiataMalick Diallo, de l’UFP ; Ladji Traoré, d’APP ; Modi Camara, du MPR ; Bâ Amadou, de l’AJD/MR ; Bala Touré, d’IRA et de RAG ; ont, en suivant, tour-à-tour apporté leur soutien aux veuves, orphelins, rescapés et autres victimes de la violence aveugle qui s’abattit sur le pays pendant ces terribles années. Tous réclament que la lumière soit faite sur cette période sombre de l’histoire de la Mauritanie, c’est un devoir de vérité, un devoir de réparation et un devoir de justice. Tous ont mis en garde contre les menaces que leur déni fait peser sur l’unité du pays.« C’est une question nationale, elle doit être traitée comme telle ! », affirme Kadiata Malick Diallo, ex-députée à l’Assemblée nationale et vivement applaudie. Bâ Mamadou Alassane a réclamé, au nom de six partis politiques (PLEIJ, FPC, Arc en ciel, MPR, ADEMA, UNDD), l’édification d’un mémorial pour les victimes. Les orphelins, vêtus de t-shirts portant des photos des vingt-huit martyrs ont défilé, à l’énoncé du nom de chaque victime, accompagné de la manière dont chacun fut exécuté (pendaison, étranglement, écartèlement entre deux voitures, etc.)

Rappelons enfin que les familles de deux cent soixante-trois martyrs sous commandement ont reçu des réparations de la part du gouvernement de Mohamed Ould Abdel Aziz.

 

 

Dalay Lam

 

Témoignages

 

 

Maïmouna Alpha Sy, veuve

 

 

Mon époux, Baïdy Alassane Bâ, lieutenant des douanes, a été arrêté le 26 novembre et exécuté, le lendemain, à  5 heures du matin, à Inal. Depuis ce jour, mes enfants et moi portons son deuil, hantés par cette mort injuste. Le 28 novembre censé être journée de joie est, pour nous, journée de deuil. Car le 28 Novembre, 28 militaires, étiquetés comme des animaux, ont été conduits au poteau. Pour célébrer cette journée noire, mes enfants et moi la passons à nous souvenir de leur papa, des moments de joie partagés avec lui. Depuis cette date, nous ne cessons de lutter pour réclamer que la lumière soit faite, sur ce qui s’est passé dans les casernes, pour que  justice soit rendue, qu’on nous dise, enfin, où sont enterrés nos maris, que les auteurs de ces crimes, dont nous connaissons les noms, soient traduits devant la justice, pour que nous puissions, enfin, faire notre deuil. Nous réclamons un débat national autour de cette question, on ne peut pas pardonner à notre place.

 

 

Oumar Moussa Dia, 23 ans, orphelin de l’adjudant Dia Moussa Amadou tué à Legatt (Trarza)

 

 

Ce qui s’est passé, en cette année 91, m’a privé de l’amour d’un père. Je n’ai pas eu la chance de connaître l’homme qui servit, avec abnégation, son pays, en livrant bataille au Sahara occidental. Nous sommes un grand nombre de jeunes négro-mauritaniens à avoir connu ce calvaire. La célébration de cette journée nous permet d’exprimer, au grand jour, ce que nous n’arrivons à digérer depuis tant d’années. Manquer d’amour paternel n’est pas chose aisée. A l’école, j’avais l’habitude, à chaque fois qu’on me demandait d’amener mon père, de venir avec un oncle. J’ignorais qu’il n’était pas mon père, je ne l’ai su qu’après, et, quand j’ai demandé où se trouvait mon père, on m’a révélé comment il est mort, sans pouvoir me dire où avait-il été enterré. Dans notre combat pour la vérité et la justice, le collectif des orphelins que nous avons fondé s’est rendu à Inal. Nous avons vu le lieu où des militaires qui ont connu le même sort que mon père ont été sauvagement torturés, avant d’être été exécutés, le 28 novembre. Une grande partie du site a été transformé en terrain de football. Nous avons vu des fosses communes, écouté des témoignages de rescapés, avant de prier pour le repos de leur âme. J’aurais voulu, quant à moi, connaître la tombe de mon père, pour m’y recueillir de temps en temps. Au collectif des orphelins, membre du COVIRE, nous nous battons pour que la lumière soit faite sur ce qui s’est réellement passé dans cette période sombre de notre histoire.

 

 

Saleck Najem, du groupe des jeunes arabes

 

 

Nous avons tenu à marquer, par notre présence à ce meeting commémoratif, notre solidarité avec nos frères négro-mauritaniens victimes de l’injustice. Notre groupe lutte contre toutes les formes d’injustice, d’où qu’elles viennent et quels que soient ceux qui la subissent. Nous projetions d’accomplir un pèlerinage avec eux à Azlatt mais, comme ils ont décidé de célébrer la journée ici, nous avons décidé d’y assister. Nous considérons que ce qui s’est passé était dirigé contre la communauté nationale et qu’il faut y apporter des solutions justes. Par notre geste, nous entendons jeter les ponts entre  toutes les composantes ethniques de notre pays. Nous constatons, hélas, qu’un fossé est entrain de se creuser entre les Négro-mauritaniens, les Harratines  et les arabes, c’est très dangereux. Les uns et les autres n’organisent pas de manifestions communes, nous entendons nous battre pour mettre fin à ce gap et renforcer l’unité nationale de la Mauritanie.

 

 

Collectif des veuves  affilé à COVIRE : « Le dossier du passif humanitaire est loin d’être clos »

 

 

Le Collectif des veuves affilié  au COVIRE présidé par l’ex-lieutenant Sy Abou Bocar avait donné rendez-vous  à ses membres et sympathisants au siège social de l’organisation, sis à l’hôtel Ikrama de Sebkha. Dans son discours, Faty Mamadou Bary, présidente du collectif des veuves, a d’abord  demandé à l’assistance d’observer une minute de silence, pour « les braves soldats morts sous le drapeau, dans l’exercice de leur fonction ». Puis elle a rappelé que le 28 novembre est une journée inoubliable, pour la communauté négro-mauritanienne touchée dans sa chair et sa dignité. Et de rappeler le combat des veuves et rescapés depuis 1990. « Nous n’avons jamais baissé les bras, ni sous le tortionnaire Ould Taya, ni sous le règne de Ely, ni sous Sidi ould Cheikh Abdallahi, ni sous Mohamed ould Abdel Aziz ! ». Relevant la genèse du douloureux dossier du passif humanitaire, la présidente des veuves a évoqué le refus du régime sanguinaire d’Ould Taya par qui le génocide s’est abattu sur la communauté négro-mauritanienne, de faire la lumière sur ce qui s’était passé dans les casernes. « Pire », dit-elle, « après une répression sanglante contre les  veuves et rescapés, Ould Taya fit voter une loi d’amnistie, pour barrer la route à toute action judicaire en Mauritanie ». Puis elle rappelle le refus d’Ely ould Mohamed Vall, principal instigateur du génocide, d’accepter d’ouvrir le dossier, pendant la Transition (2005–2007) avant de fonder, par ordonnance N° 2006-015 du12 juin 2006, la commission nationale des droits de l’Homme. L’objectif était d’enterrer définitivement le dossier, via l’article 5. Il a bénéficié du soutien du FONADH, ce qui a  poussé les rescapés militaires à fonder le COVIRE.

Arrivé au pouvoir en 2007, Sidioca accepte d’ouvrir le dossier et propose cinq points : devoir de mémoire, devoir de vérité, devoir de justice, devoir de réparations et exigence de réconciliation. Mais ces cinq points ne furent pas retenus, lors des journées de concertation nationale. Poursuivant son propos, la présidente des veuves admet alors que le président Mohamed Ould Abdel Aziz eut le courage de prendre le dossier à bras-le-corps. « Il a accepté de recevoir les veuves  et rescapés, de fonder une commission d’enquête et de sensibilisation qui a effectivement sillonné la vallée du Fleuve ». Un accord cadre sera signé, après la validation des résultats et propositions, par les imams et principaux  concernés. Et Faty Bary de rappeler la reconnaissance, par le président Aziz, du tort causé à la communauté négro-mauritanienne, la prière de Kaédi, le règlement « définitif » du dossier du passif humanitaire et l’institution de la journée du 25 mars comme Journée de la réconciliation.

« Mais, en dépit de tous ces efforts », affirme la présidente, « le passif humanitaire est loin d’être clos : beaucoup de dossiers restent en instance de traitement, au niveau des commissions de vérification et de liquidation ». Aussi Faty Bary lance-t-elle un appel pressant, aux ONG nationales et internationales, partenaires au développement et chancelleries occidentales, pour qu’elles accompagnent la volonté politique  du président de la République de parachever le dossier du passif humanitaire.

 

©  Le Calame

 

 


  • © Le Calame Dalay Lam 4 December, 2014 - 00:30
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  • 05/12/2014
  • Crimes contre l'humanité

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