Abdel Aziz, reviens ou vas t’en, mais fais vite Posté le 25/10/2012 - Par ODH Mauritanie 02 novembre 2012

 

Les mauritaniens ont beau être placides, mais trop c'est trop. La grogne monte, du moins au sein des structures organisées. Le  peuple, lui, attend. Mais pour combien de temps encore? La vacance de pouvoir, même si elle est "insolite", n'empêche pas les mauritaniens de vivre normalement. Abdel Aziz ou pas, le monde continue de tourner, et la Mauritanie avec. En revanche, ce qui est gênant, et qui devient de plus en plus insupportable, c'est l'ignorance dans laquelle ils sont maintenus, avec, plus grave, le sentiment d'être pris pour des imbéciles et pour quantité négligeable.

Plus le temps passe, plus les explications de cette affaire, données au compte-goutte, se révèlent être ce qu'elles sont: de la poudre aux yeux. Trop d'incohérences, trop d'approximations, maladroitement distillées auprès des médias. Que reste-t-il de cette histoire, une fois enlevées toutes les impossibilités? Rien, sinon une impression de machination validée par la victime elle-même, renforcée par les évènements qui s'en sont suivis. Dès lors, aux questions du début, s'enchainent d'autres questions, autrement plus graves quant aux conséquences pour le pays. Parmi ces questions, il en est qui me semblent primordiales:

Pourquoi Abdel Aziz a-t-il construit une fable autour de son agression ?

Pourquoi, après une intervention chirurgicale réussie, a-t-il été évacué d'urgence en France, Comme pour se préserver d'un danger connu de lui seul ?

Pourquoi a-t-il ensuite disparu de la circulation, après avoir coupé les ponts avec les officiels mauritaniens, si l'on en croit ces derniers ?

Abdel Aziz a-t-il fait l'objet d'un attentat en vue d'un coup d'état ? On peut le penser. Et plus le temps passe, plus les faits semblent le confirmer. Sa disparition soudaine ressemble fort à une mise hors circuit. Par qui ?

Cela rappelle l'histoire de Ben Ali. Vous vous souvenez sans doute de la fameuse "fuite" du président tunisien au plus fort des émeutes de Tunis. A la lumière des transcriptions d'échanges téléphoniques entre Ben Ali et certains personnages hauts placés, il s'avère qu'il a été piégé et mis en état de non possibilité de retour. Il s'agissait bel et bien d'un coup d'état, peut-être même d'un double coup d'état, intérieur et extérieur.

Le cas de Abdel Aziz ressemble à cette situation de non possibilité de retour. Pire, il semblerait même que toute communication lui soit interdite, ou limitée. Dans d'autres circonstances, nous aurions pu appeler cela un kidnapping. Seule la nature des protagonistes (kidnappeurs, kidnappé et geôliers) nous empêchera, pour le moment, de le faire.

Si cette hypothèse s'avère être la bonne, on peut se demander comment le Président Mauritanien en est arrivé là. Il devait pourtant savoir jouer dans la cour des grands comportait de gros risques. Mais avait-il le choix? Il est clair qu'aujourd'hui on n'arrive pas au pouvoir sans avoir signé un pacte avec le diable. Ce contrat est d'autant plus contraignant que la prise de pouvoir s'est effectuée par un coup d'état (validée ou non par des élections). Une fois engagé dans la collaboration, il n'est plus possible de faire marche arrière. Beaucoup de chefs d'état, pour ne l'avoir

 pas compris, y ont laissé leur fauteuil ou leur vie, comme Saddam Hossein.

Est-ce ce qui est arrivé à Abdel Aziz ? On sait qu'il était très engagé dans le conflit Malien qui, à long terme, aurait fatalement débordé les frontières de ce pays. Il sait également, pour en être un des acteurs, que la lutte contre le terrorisme n'est qu'un paravent pour bien d'autres choses qui rentrent dans le cadre d'agendas mis au point par les puissances occidentales. Or ces agendas, bien que communs dans les grandes lignes et dans la méthodologie, peuvent diverger dans les détails et les objectifs à court terme, engendrant chez les "dictateurs" locaux des choix qui peuvent leur coûter cher. Dans le cas du Mali, il est clair que les objectifs de la France ne sont pas tout à fait ceux 

des Etats-Unis. Et la France ne peut rien faire sans les Etats-Unis. Dien Bien Fu en 54, Suez en 56, pour ne citer que 

ces deux conflits, l'ont bien montré. Comme en Lybie, la France ne pourra pas agir seule, même avec ses supplétifs de la CDEAO. Elle aura besoin de l'OTAN, c'est à dire des Etats-Unis. Or, on constate aujourd'hui que les Etats-Unis sont en plein déclin en tant que puissance unipolaire et que, surtout, leurs décideurs commencent à s'en rendre compte et à en prendre acte. On remarque des tentatives de désengagements un peu partout dans le monde, mais la France semble ou feint de ne pas s'en apercevoir. Au niveau local, les collaborateurs se retrouvent dans des situations inextricables dans lesquels tout choix devient dangereux, dans la mesure où l'on sait que les petits seront toujours sacrifiés au nom de l'entente globale entre puissants, qui est la seule règle qui vaille. Constatons d'ailleurs que cette règle a prévalu pour le cas du Mali. Aucun véto n'est sorti des manches chinoises ou russes pour s'opposer à la résolution du bloc occidental, alors que, pour une fois, ce véto aurait, peut-être, fait l'affaire des USA. Pourquoi ce silence de la Chine et de la Russie? Parce que jeter le Mali en pâture aux occidentaux permettait d'avancer leur propres objectifs, à savoir normaliser le Droit International pour faire progresser la multipolarisation  géopolitique du monde, seule garante de la paix globale et donc de leur survie. Le Mali sera sans doute le dernier sacrifice qu'ils consentiront, mais ce sacrifice est nécessaire au nom de la realpolitik, à cause d'un principe très simple: Un empire mourant est comme un fauve à l'agonie. L'affronter frontalement c'est s'exposer à plus de férocité encore. Il est toujours préférable de l'accompagner dans sa mort, s'attendant à quelques coups de griffes ici et là, quelques rugissements, en s'efforçant de limiter les dégâts.

Dans ce combat de titans dont nous ne voyons que la partie émergée de l'iceberg, que vaut un Abdel Aziz ou les différents gouverneurs africains? Rien. Si cela se trouve, il n'a rien compris à ce qui lui arrivait avant de se retrouver prisonnier en France, outre qu'on a attenté à sa vie.

Quoi qu'il en soit, il a joué et semble avoir perdu, comme d'autres après lui seront amenés à le faire, si les choses restent telles qu'elles sont. En tout cas certains pays travaillent pour que cela change et ramener le Droit International au-devant de la scène, et faire en sorte qu'il redevienne la base principale des relations entre les nations. S'ils y arrivaient, les Abdel Aziz et ses successeurs ou collègues n'auraient plus besoin de se prostituer et pourront se consacrer enfin à leurs pays.

 

L'Africain.

 

 



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