Excision en Mauritanie : Après la loi, la Fatwa Posté le 05/01/2010 - Par Khalilou Diagana 13/01/2010 - 12:00


Un
peu plus d’une année après cette validation, au palais des congrès de
Nouakchott, le même Forum, en collaboration avec le ministère des
affaires sociales, de l'enfance et de la famille et l'association des Ulémas de Mauritanie, a organisé un atelier de deux jours (11 et 12 janvier 2009)
pour une fatwa sur l’excision. Ils est presque certains que les imams
et oulémas mauritaniens donneront un avis allant dans le sens de la
prohibition de l’excision considérée mutilation génitale féminine (MGF) et atteinte à l’intégrité physique de la femme. Cette pratique supposée commandement religieux, touche 72% des mauritanienne. Si les oulémas réunis au palais des congés classent
l’excision pratique anti-islamique, ils doivent continuer leur boulot
pour que tous leurs autres collègues s’approprient leur Fatwa. En décembre 2009, à Maghama (région du Gorgol, sud de la Mauritanie) au cours d’un atelier sur les MGF, un imam a indiqué dans son intervention que «le Saint Coran ne parle pas explicitement de l’excision ; mais qu il existe des Hadiths authentiques qui font référence a cette pratique.» Si tous les Imams, oulémas, chefs religieux…de Mauritanie s’approprient la Fatwa, l’horrible ablation du clitoris ne pourrait plus être acceptée sous prétexte que l’Islam la recommande.
L’excision, avant même cette validation et cette très probable fatwa, a été interdite par la loi sur la santé de la reproduction.
Cette
loi prévoit interdit toutes les formes de violences sexuelles. Cette
prohibition formelle n’a pas mis fin à l’activité des exciseuses. Des
fillettes de quelques jours, quelques mois, à l’insu de leurs pères,
sont toujours conduites par leurs mères ou tantes chez la chirurgienne
traditionnelle du village ou du campement.
La validation de la fatwa aura-t-elle
plus d’effet que la loi sur la santé de la reproduction ? Seule une
sensibilisation de grande envergure amènera la société mauritanienne à
croire qu’une non excisée n’est pas une nymphomane aux jambes légères.
Khalilou Diagana
L’excision, phénomène variable selon les communautés
Tout le Maghreb et l'Afrique subsaharienne sont étrangers à cette coutume. Pourtant, cela concerne 80 millions de femmes, uniquement sur le continent africain".
Source : (Excision, une tradition dangereuse", ANCELLIN-SALECK, Karine in Mauritanie-Nouvelles, n°102, du 30/10/1994, p. 22)
Les réactions
RFI Le 14/01/2010 à 02:33:58
Une fatwa contre l'excision
Carte de la Mauritanie.
RFI
Par RFI
Sous l’impulsion du Forum de la pensée islamique et du dialogue entre les cultures, en collaboration avec le ministère des Affaires sociales, une trentaine d’oulémas ont débattu du 11 au 12 janvier 2010 à Nouakchott du thème des mutilations génitales féminines. Très nuisible à la santé, l'excision est une pratique courante dans une vingtaine de pays africains, et notamment en Mauritanie.
A l’unanimité, ces leaders religieux ont décidé de lancer une fatwa, un décret religieux, contre la pratique de l’excision. Le docteur Cheikh ould Zein, secrétaire général du Forum de la pensée islamique, explique les raisons qui les ont conduits à cette décision :
« Les points essentiels sur lesquels il convient de s’interroger : est-ce que vraiment, il y a dans le Coran des textes très clairs qui demandent cette chose-là ? Ils n’existent pas. Cette pratique relève de la tradition plus que d’affaires religieuses. L’autre aspect du raisonnement, c’est que notre islam est contre tout acte qui a des répercussions sur la santé. De ce fait, aujourd’hui, les médecins de la Mauritanie sont unanimes : cette pratique là porte atteinte à la vie humaine. Elle n’est pas une obligation, elle est néfaste pour la santé. Il est très clair que notre islam est contre ».
Cheikh ould Zein est convaincu que cette fatwa sera d’un grand poids pour la lutte contre l’excision en Mauritanie. « C’était un grand pas en avant qui a été franchi aujourd’hui. L’excision féminine était un tabou. Dès aujourd’hui, des imams, des oulémas vont parler de cela dans leur mosquée et dans leur mahadra. Partout, tous les gens qui combattent pour la société doivent prendre cette fatwa là pour convaincre les autres et dire que l’excision féminine n’est plus acceptée en Mauritanie. Ce sont oulémas qui ont dit ça, ouvertement et sans équivoque ».
Pour l’érudit Baba ould Mata, accélérer l’abandon de l’excision nécessite aussi de faciliter la reconversion économique des femmes qui la pratiquent et touchent aujourd’hui 25 euros par opération.
PANA Le 14/01/2010 à 03:19:53
La Mauritanie mobilisée contre l'excision
Nouakchott, Mauritanie (PANA) - Le gouvernement mauritanien, la Société civile et les partenaires au développement, le Fonds des Nations unies pour l'enfence (UNICEF) et le Fonds des Nations unies pour le population (UNFPA) se mobilisent pour une éradication de l'excision, une pratique présente dans toutes les couches de la population, a appris mercredi la PANA de sources officielles.
Au terme d'un atelier organisé par le ministère des Affaires sociales, de l'Enfance et de la Famille et le Forum de la Pensée Islamique et du Dialogue des Cultures, appuyé par l'UNICEF, les imams qui animent cette structure ont rendu mardi soir une "Fatwa" contre l'excision "néfaste" pour la santé et donc interdite par l'Islam, religion opposée à tout ce qui est de nature à porter atteinte à l'intégrité physique.
Une "Fatwa" est une recommandation qui a valeur de loi, s'impose aux croyants et fait jurisprudence.
A travers cette démarche, les spécialistes des sciences islamiques retirent l'argument "religieux" aux communautés pratiquant l'excision qui s'en sont toujours servi comme justification.
Dans les moquées, la prêche contre l'excision est désormais autorisée au sein d'une société musulmane. Ce qui devrait avoir un grand impact sur le nécessaire changement de mentalités, estime le gouvernement.
Le gouvernement et la société s'engagent à organiser une série d'activités de sensibilisation pour mettre fin à la pratique.
72% des Mauritaniennes ont été victimes de l'excision, pratiquée par toutes les ethnies, mais plus accentuée chez les Soninkés et les Peuls, selon les chiffres fournis par le gouvernement et l'UNICEF.
Nouakchott - 13/01/2010





