Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie… Posté le 07/11/2018 - Par © Adrar Indo novembre 6th, 2018 Gourmo Lo Analyses et opinions

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie…
novembre 6th, 2018
Gourmo Lo
La dénonciation du chauvinisme, désormais organiquement associé au racisme du régime, par les forces démocratiques et patriotiques, a suivi la courbe d’intensité des politiques identitaires suivies depuis l’ accession de notre pays à l’indépendance formelle en 1960.
Le régime de Mokhtar Ould Daddah, héritier certes toujours récalcitrant du colonialisme, a mis en œuvre la vision française dominante en matière d’identité de l’ Etat : uniformité, unicité, assimilation. C’ est la même idéologie française qui va s’implanter partout, dans la quasi-totalité des États anciennement sous domination française: refus systématique de reconnaissance du multiculturalisme, rejet parfois brutal de la diversité, déni éhonté des réalités communautaires ethnolinguistiques.
Dans nombre de ces pays, pour ne pas dire, partout, cette approche assimilationniste ira jusqu’ à la négation pure et simple des langues africaines qualifiées dans le meilleur des cas, de » langues vernaculaires » ( c’est- à dire folkloriques) au profit du français, langue de l’ élite en grande partie néo-colonisée, au service d’ États structurellement soumis et dédiés à une emprise étrangère multiforme.
Le régime de Mokhtar Ould Daddah, pour sa part, dés avant même l’indépendance, sera soumis à une logique spécifique, imposée par l’ exigence de « partage du gateau » entre les membres d’une élite multiculturelle, aspirant chacun, au nom de » sa » communauté, à accéder à la rente étatique que consistent les hauts postes de l’ administration publique.
C’est le début de la course à l’ échalote, où les candidats à ces postes juteux ( prestige, biens matériels) se bousculent pour » représenter » leurs communautés, leurs tribus et/ ou castes sans être mandatés par aucune de ces communautés, étant donné que le système politique nouveau n’était pas démocratique mais au contraire de type autoritaire classique.
Pour s’en sortir et éviter les problèmes sans fin de » cohabitation » au sein du groupe dominant multi- ethnique, les hommes politiques de l’époque vont finir par instaurer une régle non écrite de » partage » du pouvoir, suivant des quotas, entre les arabes ( à l’exclusion des hrattines socialement rejetés par tous) et les négro- africains (3/4 pour les uns et 1/4 pour les autres) avec bien sûr une fluctuence plus ou moins grande suivant les circonstances.
Mais cette politique de partage du pouvoir de l’élite sera constamment sous surveillance des uns et des autres puisqu’il s’agit d’une alliance globalement instable, dominée par une sourde rivalité de type hégémonique.
Alliance et rivalité: telle sont les deux formes essentielles des rapports entre les membres des communautés ethniques auto- cooptés et auto-proclamés représentants de ces communautés.
La fameuse » Question Nationale » fut donc à l’origine ( Congrès d’Aleg etc ) une question posée par les rapports de partage de pouvoir au sein de l’élite dominante du pays.
Voilà la raison pour laquelle elle va d’abord revêtir une forme bureaucratique ( quels postes et à qui) et culturelle ( en quelle langue l’État devrait- elle s’exprimer?). On comprend, dans ces conditions, quel enjeu central va représenter le problème de la langue officielle et de son usage dans la vie publique.
Dans les autres pays voisins, le français. En Mauritanie, la question sera au coeur de la problématique de la coexistence nationale et alimentera peu à peu, la dynamique de crise de l’unité nationale du pays qui ira en s’amplifiant, du milieu des années 60 à nos jours.
( à suivre)
Gourmo Abdoul Lo
Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)
novembre 7th, 2018
Gourmo Lo
Le consensus obtenu au sein de la toute nouvelle classe politique au moment de l’accession à l’indépendance, par le Président Mokhtar Ould Daddah, pour construire un État dans un contexte où tout s’y opposait, était fragile, mouvant.
L’une de ces difficultés d’ordre interne, tient à la qualité même des bâtisseurs de ce consensus, issus pour la plupart d’entre eux, des groupes dominants des communautés dont ils sont issus et qu’ils prétendent représenter dans les jeux politiques complexes qui se nouent et se dénouent au gré des rapports de force changeants entre eux.
Chacun voulant marquer son territoire pour mieux assurer la préservation de ses intérêts spécifiques dans le cadre d’un État en gestation, dominé par une puissance étrangère et revendiqué par un État voisin, le front culturel sera au cœur de la bataille puisque à travers lui se jouait dés le départ, la question de l’identité nationale.
Au fur et à mesure que se consolide le socle de cet État nouveau, le consensus autour de l’ équilibre antérieur incarné par l’usage du français d’abord, puis de l’ arabe et du français comme langues de travail, c’ est à dire comme langues de contrôle de l’ État et de ses démembrements, se fissure peu à peu.
Le Président Mokhtar Ould Daddah, savait manier mieux que personne l’ art de l’ équilibre instable en raison sûrement de sa connaissance des » réalités profondes du pays » et par tempérament.
Mais il avait de l’ État, la conception que nombre de ses pairs, sur le reste du continent, avaient hérité de l’ ancienne puissance coloniale: un État ( surpuissant), un Parti ( Unique), une Nation ( une et indivisible) une Culture ( dominante), une Langue ( unique, officielle).
Les toutes premières mesures de concrétisation de cette vision seront prises en matière scolaire, dans un premier temps pour assurer , l’intégration réelle de l’ arabe dans le système scolaire et administratif, jusqu’ alors sous hégémonie presque sans partage de la langue française, jusqu’ à la première moitié des années 60.
D’abord prises pour corriger les distorsions linguistiques , ces mesures vont vite apparaître pour les cadres négro-africains, comme l’ expression pure et simple d’une inversion de vapeur en faveur de la fraction arabe de l’élite du pays, jusqu’alors sur la défensive il est vrai.
Les » événements de 1966″ sont l’expression de la première grande crise de confiance entre les groupes sociaux dominants du pays, à travers leurs élites respectives.
Les troubles occasionnés par les décisions du régime débouchent sur la naissance et la structuration doctrinale des nationalismes identitaires endogènes de type particulariste, plongeant leurs racines plus ou moins profondément dans des courants d’obédience plus large ( panarabisme, panafricanisme).
Il faut constater que les rédacteurs de la » lettre des 19 » insistent surtout sur les injustices que provoquent ces mesures non seulement pour les élèves mais aussi sur l’avenir des cadres négro africains, et sur ce qui leur semblait lié à une volonté de domination ethnique, sans pour autant mettre en avant quelque revendication que ce soit s’agissant de leurs langues et cultures propres ( Pular, Olof, Soninkè).
Sur le plan politique, ils s’exposaient à être traités de Senghoristes, plus attachés à la défense d’une langue étrangère ( le français) que d’une langue nationale ( l’arabe).
L’option du Président Mokhtar Ould Daddah est claire désormais: il faut » repersonnaliser l’homme mauritanien » et cette repersonnalisation passe par une arabisation- substitution à l’emprise jusqu’alors hégémonique du français sur fond d’ignorance par les protagonistes, de l’existence des autres langues nationales et des droits de leurs locuteurs.
La querelle, devenue bataille des langues, s’installe donc, entre l’arabe et le français.Le champ de confrontation est le milieu scolaire mais cet affrontement prend appui sur une option géopolitique du régime en place, en cette fin des années 60, et sur le surgissement d’une nouvelle réalité politique qui va profondément modifier la perspective dans laquelle se posait au pays, cette question nationale.
L’option géopolitique est celle de la réorientation des rapports internationaux de la Mauritanie et ses conséquences internes dans la configuration du régime.
La nouvelle réalité est la naissance d’un nouveau courant politique qui, en à peine 5 ans, modifiera profondément la donne politico-idéologique du pays: le MND.
( à suivre).
Gourmo Abdoul Lo





