Hommage aux Martyrs ! Posté le 05/12/2018 - Par O.D.H Nouvelles © OD.H 2012 - 2018 Mercredi 5 Décembre 2018 00:01 Crimes contre l'humanité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hommage aux Martyrs !

 

 

 

 



Ils étaient jeunes, ils avaient moins de la trentaine, ils étaient pleins de rêves, ils étaient chargés d'attentes, ils étaient emplis de vies.
Ils aimaient profondément, viscéralement, charnellement ce pays, le leur, la Mauritanie. 
Pour beaucoup, ils l'avaient servie, étaient tous prêts à mourir pour elle, 
les armes à la main pour défendre son intégrité territoriale et ses habitants, ils en avaient fait serment et ont honoré leur parole. Ils étaient en construction de leurs vies sentimentales pour certains, conjugales pour d'autres. De ces unions sont issus des enfants, filles et garçons. Devenus aujourd'hui des femmes et des hommes adultes. Privés d'amour paternel. Assoiffés de vérité et de justice. Décidés à lever le voile sur la partie du chapitre des exactions au sein et en dehors de l'armée. Aux côtés de compatriotes ayant payé un pesant tribut au système raciste et génocidaire du colonel Maouya Ould Sid'Ahmed Taya 
Sur bien de points du territoire, des plans monstrueux avaient été pensés par le haut de la hiérarchie militaire et mis en œuvre diversement, selon le degré "d'engagement" des chefs de l'époque. 
Du 5 août 1990 au 17 avril 1991, au sein de l'institution la plus sacrée de notre pays, s'est déroulée une horrible, insoutenable, ignominieuse tuerie collective. 
Cinq cent treize jeunes et palpitantes vies ont été fauchées, anéanties sur l'autel de la haine raciste.
Sous le prétexte mensonger d'une atteinte à la sécurité nationale, aux infrastructures économiques, de sabotages, pitoyables raisons avancées selon les interlocuteurs angoissés par les rumeurs persistantes de massacres qui commençaient à se faire jour, les lieux et les bourreaux. 
Les soldats nés de la communauté negro mauritanienne avaient fait l'objet d'une politique résolument discriminatoire de la part du pouvoir sanguinaire de MOST, Maouya Ould Sid'Ahmed Taya,  le nain politique, qui à défaut de conduire le pays vers les rivages de la démocratie comme il s'y était engagé au devant des putschistes du 12 décembre 1984, MOST s'etait mué en tyran assassin de ses compatriotes noirs. 
Pour revenir au sinistre anniversaire du mardi 27 novembre 1990,au début de ce rituel macabre, étaient désignés vingt-huit soldats mais finalement, trente trois vies avaient péri dans des souffrances indescriptibles. 
Motif invoqué : célébrer le trentième anniversaire de l'accession de notre Mauritanie à la souveraineté nationale !!! 
C'était à Inal, un des hauts lieux des crimes racistes et 
 des assassinats extra judiciaires.  avec Azlat, Jreïda, Bir Moghreïn et j'en passe, Numérotés.  Choisis par le capitaine Sidina et ses acolytes. Sans autre forme de procès.  Pendus haut et court et ensevelis sans le moindre office religieux dans l'anonymat des terres voisines. 
À la suite de morts prestigieux, victimes antérieures du système qui avaient noms Lieutenants Amadou SARR, Seydi BÂ, Saïdou SY, le trio de légende, terrassé à Jreîda, un matin gris du dimanche 6 décembre 1987, au lendemain d'une parodie de procès, par une juridiction d'exception. 

 

 

 


Pour "tentative de prise du pouvoir."  Loin de tout début d'exécution.  Dans un pays pourtant réputé pour ses coups d'état et de multiples tentatives. Le ridicule pouvait tuer.
En dehors de la tentative de prise du pouvoir en date  du lundi 16 mars 1981, jamais sang d'auteurs ne fut versé. 
Non, non et non, on ne peut pas arracher toutes ces existences et inviter à l'oubli, convier à la réécriture des évènements, à l'occultation des faits.
Pour l'anecdote, mon chemin personnel a croisé le 11 octobre dernier, à Paris, un de ces hommes qui avaient commis la plus sanglante tragédie de notre histoire, Ely Zayed Ould Mbareck. Colonel de son état et haut responsable de l'institution militaire. Je dois avouer ne l'avoir pas reconnu sur le champ. J'ai compris après que se tenait face à moi l'homme qui avait - à l'époque officier de sécurité militaire de la deuxième région militaire à F'dérik - arrêté mon ami Yahya SARRÉ jeudi 22 novembre 1990.  Au milieu de sa famille, alors qu'il venait de décrocher de sa permanence de service et aspirait au repos du guerrier. 
Yahya avait été transporté de Zouérate à Bir Moghreïn. J'y étais et n'en su rien. C'est bien plus tard, à Jreïda que l'on reconstitua le puzzle de sa terrible fin de destin. Banny SARRÉ, ainsi qu'affectueusement le nommait le cercle familial, fut torturé, éloctrocuté.  Par une équipe  infernale : capitaine Ahmedou Bamba Ould Baya, lieutenants  Abdallah CAMARA, devenu depuis Abdallah Ould Mohamed Mahmoud, en mission onusienne à l'heure qu'il est  en Centrafrique, Ely Zayed Ould Mbareck. 

 

 

 

 

 

 

Yahya fut électrocuté. Oui. Par courant de haute tension. Un tout  nouveau groupe électrogène venait d'être mis en fonctionnement et illuminait alors Bir Moghreïn. Pour lui arracher des aveux sur tout,sur tous et finalement sur rien. Je lui savais trois  passions  ;  sa famille, son métier et le sport, il pouvait énumérer tous les championnats de football, les stars et leurs prouesses mais jamais n'avait  comploté contre son armée encore moins son pays La gravité de son état les mena à la clinique de Zouérate où le feu Docteur CISSÉ, paix éternelle à son âme, conclut à une mort imminente, certaine. Il souffrait d'atroces douleurs. Face au verdict du médecin, l'équipée morbide reprit en direction de Bir Moghreïn. A mi parcours, le lieutenant Yahya SARRÉ rendit l'âme. Deux versions courent sur son lieu de sépulture, sans prière du mort, une première le situe entre Zouérate et Bir. La seconde, à Bir Moghreïn. . Il était innocent. Totalement innocent. Son âme innocente fut fauchée à trente trois ans. Il avait une épouse et trois beaux enfants. 
Je me suis permis de rappeler au triste Ely ces épisodes douloureux, y rajoutant ma propre histoire, celle de mon arrestation lundi 3 décembre 1990 décidée  par les mêmes individus. On ne change pas une équipe qui décime.Sa seule réponse, prévisible et à la fois empreinte de lâcheté, fut de nier. 

Il entreprit même avec l'ironie cruelle dont sont coutumiers les bourreaux,de m'assurer que je lui avait du, avec des compagnons d'infortune, la vie sauve du fait de sa présence et sous-entendu de son intercession. Presque en attente d'un signe de reconnaissance.


Les faits, les noms et les dates pourtant têtus ? Très peu pour sa mémoire défaillante. 
Élie WIEZEL ne  disait-il pas que "le bourreau tue toujours deux fois, la seconde par son silence"? 
Mes compagnons occidentaux, témoins pétrifiés de cet étrange dialogue, m'ont longuement questionné par la suite sur le pourquoi de l'échange.Et se sont étonnés par la ferme  tranquilité qu(ls me prêtèrent.Et me questionnèrent ensuite sur la nécessité d'en toucher mot aux juridictions pénales internationales.   
J'ai essayé d'expliquer l'inexplicable, de dire l'indicible, d'éclairer une page sombre. 
Pas sûr que j'y sois parvenu. 
Aujourd'hui, nous devons nous souvenir des Martyrs.  De tous les Martyrs. Ils sont légion. 
Victimes innocentes d'un système pervers, parties à la fleur de l'âge, foudroyées par des individualités d'une armée qu'ils avaient loyalement et jusqu'au bout, servie. 
L'armée mauritanienne au sens large n'a pas été tueuse de certains de ses enfants parce qu(ils étaient noirs. Les tortionnaires comme on les nomme sont connus. Ils constituent et c'est heureux,un très faible pourcentage. Un fait surprend aujourd'hui encore, celui de leurs promotions fulgurantes, au détriment des soldats d'honneur bien plus en nombre et en qualité. Comme pour les remercier de tâches accomplies.
D'avoir exécuté de basses oeuvres auxquelles une partie de l'autorité, la plus élevée continue de souscrire. Les commanditaires, les tueurs et les complices finissent par se confondre dans la perception collective. Les éléments qui avaient perpétré les tortures et les assassinats figurent encore sur les rangs pour beaucoup d'entre eux. Ils plastronnent, ploient sous les honneurs, occupent les plus hauts postes de la République et des forces armées. Alors qu'ils relèvent de la justice des hommes, en attendant le Tribunal, imparable, incomparable, de ALLAH S.W.T.

Bien évidemment, le tribunal de la conscience, si tant qu'ils en aient une, doit les soumettre à forte et constante pression

 

 

 

 

 

Quant à vous, Martyrs des pages sombres, de faits sanglants, vous êtes des Justes au long des temps . Votre mémoire est impérissable.   Reposez en paix !!! 

Dans l'éternité de Firdaws. 
Une pensée affectueuse aux veuves, mères courages, qui ont élevé dans l'honneur, la dignité et le souvenir les orphelines et orphelins par l'absurdité humaine. 
Quand il m'arrive  d'échanger avec Dimo, Pape Samba, Amy et Maman entre autres, j'en sors à chaque fois abattu,en larmes. Je pensais les avoir tari  un mardi 3 juillet de l'an 1990, au rappel à DIEU de mon géniteur. Nous avons en partage l'immense peine de la perte de ces chers êtres.  Malheureux, infiniment triste mais debout  par tant de gâchis. Tant de haine. Tant de larmes. Comme tant d'autres S'il est une chose cependant qui ne meurt pas, c'est la Mémoire. Heureusement pour les absents, pour nous les rescapés des camps de la mort et pour les générations à venir. 
A quand donc une Mauritanie véritablement plurielle, égalitaire et juste ? 
Elle seule pourra entamer le pansement des plaies purulentes de l'intermède de sinistre et tragique mémoire à travers MOST et son système épouvantable. 

ALLAH S.W.T garde la Mauritanie. 
Aamiin 

Paris, 27 novembre 2018 

Abdoul Aziz SOUMARÉ

 

 

Galerie des Martyrs 

 

 

 

 

© ODH-Mauritanie 2018

 

 



Réagir