🇲🇷 Le prix de l'enrôlement. /Par Bacca Posté le 17/04/2021 - Par Bacca. Samba DIA Facebook Samedi 17 avril 2021 Analyses et opinions

 

 

🇲🇷 Le prix de l'enrôlement. /Par Bacca


 

Après nos bruyantes manifestations contre la présentation de la carte de séjour pour l'enrôlement des Rimiens en France - pour rappel cette condition a été introduite arbitrairement par l'ambassadeur Ould Khlil et validée par l'ogre M'Rabih sous l'œil vigilant du Président Ould Abdel Aziz-, je pris la décision de postuler à l'épreuve de l'enrôlement.
Comme beaucoup de nos compatriotes établis à l'étranger, je me suis heurté à la barrière de la double nationalité. Il est donc impossible de m'enrôler en France. En vérité, je n'ai plus besoin de mes papiers mauritaniens. Si mon pays de naissance ne veut pas profiter de mes compétences, un autre saisira l'occasion pour récolter les fruits de cet investissement sur ma formation. Et nombreux sont ceux qui vivent dans la même situation à l'étranger.
Étant de nature indomptable, je ne me voyais pas céder le combat face à l'arbitraire. La Mauritanie, terre de mes ancêtres, ne me serait en aucune manière spoliée par un homme qui n'a que deux bras et deux jambes. Il en faudrait un peu plus, trois bras et quatre jambes ou une corne, un diable si on veut, pour me dissuader à renoncer à ma nationalité mauritanienne.
Je passais un mois de vacances en Mauritanie, courant 2014 et l'envie de me mesurer avec la montagne débordait dans mes veines. Je réunis toute la paperasse exigée par les autorités et me rendis au centre d'enrôlement de Maghama. Après plus de deux heures d'attente, je découvrais le bureau d'enregistrement des demandes. Mon dossier était complet et je m'attendais naturellement à l'enclenchement de la procédure. C'était sans compter sur le racisme débordant du chef de centre, un jeune maure âgé de 26 ans (environ), du nom d'Ould Heiba.
Ayant vérifié l'intégralité du dossier, il procéda à un interrogatoire de gendarmerie, mais on ne s'improvise pas gendarme. Il soupçonnait quelque chose. Quoi? Je n'en sais rien, mais il me semble qu'il doutait de ma mauritanite. Un ancien camarade du lycée de Kaedi travaillait dans le centre, celui-ci lui confirma que j'étais bien mauritanien, mais ce témoignage ne lui suffira pas. Il exigeait la présence de mes parents. Je refusais et abandonnait le combat, renonçant complètement à mes papiers mauritaniens.
De retour au village, j'en parlais à quelqu'un qui ne se laissait pas faire, c'était la veille de mon retour. Il commença par insulter le chef de centre et me proposa de retourner le matin de bonne heure. Je lui expliquais que mon séjour était fini, ce ne sera que partie remise.
Au mois de juillet 2015, je revenais au bureau d'enrôlement, accompagné de cet homme extraordinaire qui connaît parfaitement les pratiques de l'administration, parce que lui-même ayant une mère mauresque. Il interpellait Ould Heiba sur mon cas, ce qui fit monter la colère du chef. Pensant qu'il s'agissait d'un haratine docile, le chef lui fit remarquer que ça ne le concerne pas et lui donne l'ordre de sortir du bureau. Un petit échange musclé entre les deux hommes conduit à l'intervention des collègues et mon troisième bras se repliait momentanément. Oui, de l'élan pour mieux sauter !
Il profitait de cette altercation pour appeler un de ses cousins, le ministre de l'intérieur en personne. La tribu, c'est injuste mais je suis sur le point d'en profiter. Il tendit le téléphone à Ould Heiba, lui demandant de répondre au ministre. Le chef de centre tremblant de peur, refusa de prendre le téléphone. Mon troisième bras l'insultait et le traitait d'étranger dans le pays. Il perdit tous ses moyens et devint plus fréquentable. C'est alors qu'il reprit le dialogue et dit qu'il voulait juste s'assurer de ma mauritanite. Il demanda des preuves de vie de mes parents. Mon ami me dit qu'il ne va pas sortir du bureau tant que je ne serai pas enrôlé, il demanda à ce que mon père vienne. Je tentais de renoncer parce que je ne me voyais pas déplacer un vieux de 80 ans à cause des caprices d'un idiot qui n'est pas à sa place.
Mon ami s'en prit violemment à moi et je cédais rapidement, ainsi papa qui n'est plus de ce monde était venu témoigner en ma faveur. Que le Tout Puissant lui accorde le paradis.
C'est à ce prix que j'ai pu obtenir ma carte d'identité mauritanienne.
Aujourd'hui encore, ils sont très nombreux à arpenter le chemin sinueux et la pente glissante pour obtenir leurs papiers, tant de tractations parfois sans résultat. Ils sont mauritaniens et Noirs, victimes de l'arrogance de jeunes administrateurs maures qui décident au gré du faciès, à qui ils délivrent le sésame. Ces difficultés administratives font penser aux étrangers en situation irrégulière en Europe, aux demandeurs d'asile et aux clandestins. A la différence que ces derniers ne sont pas chez eux.
Ce que je n'ai jamais compris, c'est que nous ne faisons que 4 millions d'habitants pour 1 million de km2, malgré tout certains s'acharnent à exclure leurs compatriotes d'une terre qu'aucun de nous n'a créé et dans les entrailles de laquelle chacun n'aura qu'un petit trou pour observer impuissant, les vers se délecter de sa chair.
Il est temps que cesse définitivement cette machine à fabriquer des apatrides.
Maures blancs ou Noirs, nous sommes tous mauritaniens, veillons au respect des droits et des devoirs, il y va de l'intérêt du pays.


Bacca.
Samba DIA
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Samedi 17 avril 2021



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