Bregman, l'Humanité vaincra. / Par Silèye BÂ Posté le 09/01/2022 - Par Sileye BÂ, Nouakchott, 09 janvier 2022 Livres

 

Bregman, l'Humanité vaincra. / Par Silèye BÂ

 

Je me suis toujours méfié des livres aux titres accrocheurs, autrement dit des livres traquenards. Dés sa traduction en 2020, j'ai longuement hésité à me lancer dans sa lecture. Si ce livre n'a pas eu autant de succès depuis sa publication (2019), c'est que l'auteur navigue à contre-courant de l'ordre mondial.

Il propose une lecture réaliste et optimiste de l'Humanité. D'abord, l'auteur néerlandais Rutger Bregman, commence avec une remise en question des grandes théories surtout celles du Léviathan de Thomas Hobbes (1588- 1679). Il donne plutôt raison à Jean Jacques Rousseau ( 1712-1778) en récusant fondamentalement que " l'égoïsme soit inscrit dans nos génomes" P. 142.

Il offre une vision positive de l'homme contrairement à ce que les médias mainstream et leurs perroquets veulent imprimer dans nos imaginaires. Le mal est puissant, ecrit-il, mais le bien est plus répandu. P. 383.

Plutôt que de le manipuler, faire confiance à l'homme.

Il démontre, des études à l'appui, que les résultats des expériences telles que celle de Standord (Philip Zimbardo 1971) et Stanley Milgram 1961 la machine à électrochocs, ou la théorie de la vitre cassée 1982 de James Wilson) étaient arbitrairement manipulées. Finalement, ce qui fera cas d'école et sera enseigné à des milliers de générations d'étudiants de par le monde était fondé sur le mensonge. Pire encore des mensonges académiques.

Il plaide, dans le monde professionnel, pour que l'on accorde plus de responsabilités aux individus au sein des entreprises au lieu d'obéir aveuglement aux théories managériales déshumanisantes. Il donne des cas de gestion déléguée à succès comme la fondation Buurtzorg ( P. 285), une organisation néerlandaise de soins à domicile, qui dame le pion à toutes les cliniques privées sans faire subir de pression à aucun employé. De même pour l'entreprise française FAVI, qui livre des pièces pour l'industrie automobile : elle a fait de la motivation intrinsèque de ses collègues le moteur principal de sa société. P.298

"Vernis de la civilisation"

Selon Bregman, ce qui est communément admis comme de la haute civilisation n'est qu'un vernis. Il écrit alors ce que "nous appelons aujourd'hui les "jalons de la civilisation" - l'invention de l'argent, l'écriture et des institutions juridiques - ont été initialement des jalons de l'oppression." P. 129. L'argent fut inventé pour la collecte de l'impôt et l'écriture pour établir les listes des dettes qui devraient être remboursées (James C. Scott lire Homo domesticus et Seeing like a state). Il donne l'exemple des peuples insulaires qui administrent des leçons d'humanité à des explorateurs et des anthropologues occidentaux. " Si l'histoire de la civilisation était ramassée sur une journée, il y aurait vingt-trois heures et quarante-cinq minutes de misère crasse, avant qu'elle apparaisse au cours du dernier quart d'heure comme une bonne idée" P.132. Il donne des exemples : aujourd'hui, les vaccins sauvent plus de vies chaque année que la paix mondiale n'en aurait pu sauver au cours du 20e siècle. Nous sommes plus riches que jamais, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté est passé sous la barre des 10%.

Toujours, à l'école de Mandela

Pour les réalistes politiques, Bregman s'appuie sur l'exemple de Mandela. Surtout d'un épisode inconnu entre lui et les frères jumeaux Viljoen, des Afrikaners. Il s'agit d''Abraham, prêtre et anti-apartheid et Constand, militaire et ex-leader du Front du peuple Afrikaner. En effet, voyant les éléments classiques d'une tragédie réunis et son pays au bord de la guerre civile, Abraham pris son courage à deux mains et repris contact avec son frère Constand avec lequel il s'était séparé près de 40 ans à cause de ses opinions progressistes et antiracistes. Constand accepte de rencontrer Mandela qui lui ouvrira lui même la porte de sa maison le 12 août 1993.

Bregman écrit que " C'est un moment historique : le héros de la nouvelle Afrique du Sud face au héros de l'ancienne. L'artisan de la paix face à l'homme qui veut déclencher une guerre. Constand rapportera plus tard que ce jour-là, Mandela lui dit en afrikaans " Mon général, il ne peut y avoir de vainqueurs si nous entrons en guerre". Constat auquel il acquiesça.
De cette rencontre secrète naîtra la nouvelle Afrique du Sud arc-en-ciel.
Souvent, il suffit d'un peu d'audace et de courage pour entamer des négociations, notamment avec ceux qui tirent les ficelles. Car les dirigeants au pouvoir ne sont généralement que les instruments de quelques hommes de l'ombre. La preuve en est que le président Sud africain de l'époque, Willem de Klerk n'était même pas au courant des pourparlers, entre Nelson Mandela, Constand et Abraham Viljoen.

Par ce livre, Bregman met un pied dans la grande fam ille des réalistes post-modernistes. L'optimiste n'a que l'Humanité comme boussole. Considérer l'homme sous l'angle de sa bonté, voici une grande vertu à accroître.

 

Sileye BÂ,
Nouakchott, 09 janvier 2022

 

 

 

Humanité
Une histoire optimiste
Rutger Bregman
432 pages, Seuil

 

 

 



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