Yahya Ould HAMIDOUNE  : « Il n’était pas un grand mathématicien, c’était un des meilleurs mathématiciens du monde…. »
 

Yahya Ould HAMIDOUNE décédé à Paris en France dans la nuit du jeudi 10 au vendredi 11 mars 2011.
Mardi 13 décembre, à Nouakchott, le département de mathématiques et informatique de la faculté des sciences et technique de Nouakchott a organisé une journée hommage à la mémoire de Yahya Ould Hamidoune. Le brillantissime mathématicien mauritanien a été rappelé à dieu à Paris dans la nuit du jeudi au vendredi 11 mars 2011.



 

Universitaires, professeur, parlementaires, parents et amis de Yahya….ont pris part a cette journée. Il y avait aussi ses collègues venus de France et du Sénégal.
« Un individu hors du commun, un des plus grand ambassadeurs scientifiques du continent africain qui est resté trente ans au sommet des mathématiques mondiales. J’ai eu l’impression, en venant ici, en Mauritanie, que les gens ne s’en rendaient pas compte : Yahya n’était pas un grand mathématicien, c’était un des meilleurs mathématiciens au monde…. » Ces mots d’Alain Plagne, de l’école polytechnique de Paris prononcés pendant la journée hommage, campent la dimension de Ould Hamidoune. Le mathématicien de renommée mondiale était aussi « un être humble » « Je ne connaissais pas plus modeste que lui » affirme Alain Plagne. Le polytechnicien, a ensuite retracé « l’itinéraire d’un homme, parti des dunes d’Atar jusqu’en Égypte puis à Paris où il a rayonné sur le monde entier dans sa spécialité : les mathématiques. »
Le Pr Yahya est né en 1948 à Atar. En 1970, il obtient en Égypte, une licence en math avec une moyenne de 18/20. Il a enseigné quelques années au lycée national de Nouakchott. En 1975. Il prend le chemin de la France pour poursuivre ses études.
L’enseignement et la diffusion des mathématiques en Mauritanie, étaient une des préoccupations de Yahya. Ceux qui sont venus lui rendre hommage ont fait état de leur volonté de concrétiser cette préoccupation.
En juillet 2012, a Paris, 200 à 300 mathématiciens du monde entier rendront hommage a Yahya.
Mamadou Sangaré, directeur de l’AIMS ‘african institute for mathematical sciences, Hassane soumaré, Saleh Ould Moulaye Ahmed, président de l’ARSN ….plusieurs personnalités présentes ont rendu hommage a Yahya. Il a été émis le souhait de donner son nom à l’université de Nouakchott. Un minimum pour un génie presque méconnu de ses concitoyens…
 

Khalilou DIAGANA 

 

Yahya Ould Hamidoune, un grand chercheur s’en va !


La Mauritanie vient de perdre un de ses plus illustres fils en la personne du professeur Yahya Ould HAMIDOUNE décédé à Paris en France dans la nuit du jeudi 10 au vendredi 11 mars 2011.
Le Professeur Yahya Ould HAMIDOUNE est né en 1947 à Atar d’une famille d'érudits et de poètes, très célèbres en Mauritanie. Apres avoir terminé son école primaire et son collège en Mauritanie, Yahya est allé faire son Lycée et une partie de ses études universitaires au Caire en Egypte. Ensuite il est allé à Paris en France pour y faire un DEA (Diplôme d’études approfondies) et un Doctorat d'Etat en mathématiques sous la direction du Professeur Michel LAS VERGNAS et à la très prestigieuse Université Paris VI. Yahya a tout de suite intégré le très sélectif CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et ce à la fin de ses études et a été promu comme Chargé de Recherche en 1981.
Tout au long de sa carrière de chercheur à l’Université Paris VI, le Professeur Yahya Ould HAMIDOUNE a écrit près d’une centaine d’articles de très haut niveau en mathématiques et en informatique théorique. Ses nombreuses publications touchent plusieurs branches des mathématiques dont notamment la combinatoire, la théorie des groupes, les probabilités, l’algèbre linéaire et multilinéaire, la théorie des nombres, la recherche opérationnelle, la programmation mathématiques et la théorie des matrices. Ses travaux de recherche ont notamment tourné autour des thèmes centraux suivants : la théorie abstraite de la connexité, la combinatoire énumérative, la topologie des graphes de Cayley, les conjecture d'Erdös-Heilbronn, les conjectures d'Erdös, les sous séquences de somme nulle, la conjecture de Diderrich, les théorèmes d'addition, le problème de Waring sur les corps finis, le problème de Frobenius, etc.
La profondeur et la qualité de ses travaux de recherche en mathématiques sont incontestables et peuvent en fait être mesurées par le niveau extrêmement élevé des journaux dans lesquels ses travaux ont été publiés et ainsi que le nombre de mathématiciens de par le monde qui se sont référés à ses travaux pour générer de nouvelles recherches. En visitant MATHSCINET (Base de données de la Société Américaine des Mathématiques qui répertorie les publications de tous les mathématiciens dans le monde) par exemple on peut aisément se rendre compte de l’impact de ses travaux de recherches sur les mathématiques. Un autre indicateur important sur l’impact et la qualité de ses travaux de recherche est le nombre de Théorèmes importants, de méthodes ou de conjectures en mathématiques qui portent son nom. C’est très impressionnant !!!
Le champ d’application de ses travaux de recherche est très vaste et couvre plusieurs domaines dont notamment l’informatique, la théorie des automates, l’intelligence artificielle ainsi que l’ingénierie.
En 2001, le Prix Chinguitt pour les Sciences et Techniques lui a été décerné pour ses travaux intitulés «Résultats récents en théorie additive des nombres». Le Conseil du Prix Chinguitt à l’époque dit ceci au sujet de la qualité ses travaux : « A travers les travaux de Monsieur Yahya Ould HAMIDOUNE, le Conseil du Prix Chinguitt salue des résultats mathématiques de très haut niveau et notamment la preuve de conjectures célèbres de la théorie additive des nombres posées par de grands mathématiciens contemporains. Ce travail constituera un apport certain à la recherche scientifique dans ce domaine. »
Comme un baroud d’honneur, le Professeur Yahya Ould HAMIDOUNE a récemment résolu un problème très important en théorie des groupes non commutatifs posé il y a un peu plus d’un an par le très célèbre mathématicien Terence TAO (Médaille Fields 2006). Ce récent résultat du très grand savant mauritanien est désormais très célébré dans la communauté mathématique et porte son nom «Hamidoune’s Freiman-Kneser theorem for nonabelian groups» (le Théorème du type Freiman-Kneser de Hamidoune pour les groupes non abéliens). Ceci montre une fois de plus que Yahya était un mathématicien de très gros calibre dont les travaux ont marqué et à jamais la communauté mathématique toute entière. De toute évidence, la Mauritanie a perdu un très grand savant en la personne du Professeur Yahya Ould HAMIDOUNE.
En dehors de ses activités de recherche, Yahya avait plusieurs ambitions pour son pays la Mauritanie qu’il a tant aimé. Entre autres, il voulait en particulier voir son pays émerger parmi les nations dans lesquelles la recherche scientifique est une tradition incontournable. Une telle ambition l’a poussé en 2002 à organiser une très grande rencontre à Nouakchott regroupant la quasi-totalité des scientifiques et chercheurs mauritaniens dont ceux et celles de la diaspora. La rencontre a incontestablement été un très grand succès si bien qu’une réédition de l’opération n’a pas encore eu lieu, probablement en raison de l’instabilité politique dans laquelle la Mauritanie a baigné ces dernières années.
Une autre ambition qui lui tenait beaucoup à cœur, je crois, était de voir les hauts cadres de la diaspora contribuer à la gestion et à la construction de la Mauritanie surtout durant la période transitoire de 2005 et bien après. Je crois que c’est une de raisons pour lesquelles il a accepté de militer avec nous au sein de « l’Appel Citoyen pour la Reconnaissance des Mauritaniens de l’Extérieur » (ACREME). Rappelons que l’objectif premier de l’ACREME était la reconnaissance d’un certain nombre de droits pour les mauritaniens de l’étranger, droit de vote et l’effectivité de la double nationalité entre autres.
Malgré son emploi du temps extrêmement chargé, Yahya était un infatigable lorsqu’il s’agissait d’aider à l’amélioration du système éducatif mauritanien. Il a notamment été à l’origine de plusieurs projets dans ce sens. Je sais en particulier qu’il travaillait inlassablement avec des collègues comme mon ami le Professeur Mohameden Ould AHMEDOU (Giessen University, Allemagne) sur un projet de Lycée Pilote et de Classes Préparatoires pour les grandes Ecoles d'ingénierie et de Commerce. De plus, il y a trois semaines à peu prés, l’infatigable Yahya en collaboration avec Mohameden et ainsi que le Professeur Alain PLAGNE de l’Ecole Polytechnique de Paris avaient entrepris un autre projet important relatif à l’éducation de la jeunesse mauritanienne. Le projet consistait à donner l’opportunité aux brillants jeunes étudiants mauritaniens d’aller poursuivre leur cursus universitaire à la très prestigieuse Ecole Polytechnique de Paris dont l’accès, comme c’est bien connu, est soumis à une sélection extrêmement rude. Ce projet lui tenait énormément à cœur selon ce que Mohameden me dit. Mais malheureusement celui-ci se fera désormais sans lui. De toute évidence, la Mauritanie a perdu un de ses meilleurs ambassadeurs en la personne du Professeur Yahya Ould HAMIDOUNE.
Je voudrai terminer cette note en formulant deux vœux espérant qu’ils seront exaucés. Je formule le vœu que nous n’oublions pas Yahya et ainsi que toutes ses nombreuses contributions tant sur le plan scientifique que pour l’amélioration du système éducatif mauritanien. Enfin, je formule le vœu que les autorités mauritaniennes saisissent la dimension du très grand savant qu’était Yahya Ould HAMIDOUNE et donnent le nom de ce dernier à un des espaces publics du pays.
Toka DIAGANA (Washington, DC – USA) pour KASSATAYA.
NB: 1) Mes très chaleureux remerciements à mes collègues : Prof. Salah BABER, Prof. Ahmedou Ould HAOUBA (Doyen de la Faculté des Sciences de Nouakchott), et Prof. Mohameden Ould AHMEDOU (Giessen University, Allemagne) pour toutes les informations qu’ils m’ont fournies au sujet de Yahya.
2) Une version abrégée de cette Note traduite en anglais et intitulée «Remembering Yahya Ould Hamidoune » sera publiée très prochainement dans les « Notices of the American Mathematical Society ».

 



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