Entre septembre II et septembre III

 

 

 

 

 

Entre septembre II et septembre III

 

 

 

« Il a beaucoup plu cette année. Alhamdoulillah. Il pleuvait tant et si bien que je me demandais par moments s’il n’était plus correct que je pleuvais moi-même. », Habib Ould Mahfoudh, Mauritanides. Chroniques du temps qui ne passe pas, Paris, Karthala, 2012. Lire le texte : « Pluie, eau et Noé », pp. 152-156. Ce livre d’Habib (paix à son âme, Aamiin) est indispensable pour mieux saisir ce que nous vivons en Mauritanie.

 

Je suis vraiment entre deux mondes où il pleut ! Entre septembre II et septembre III destinés à mes compatriotes mauritaniens, j’étais dans l’obligation de m’occuper aussi de mes autres compatriotes sénégalais en publiant cette contribution sur la mode des jeunes filles de Dakar sous la pluie. Vous voyez un peu ce que, finalement, l’exil veut dire, c’est tenter d’être un-i dans deux mondes. Enfin, comme une sève qui circule entre la racine et les feuilles. Prétention ! Donc ne vous étonnez pas, vous qui êtes en Mauritanie, de voir d’autres individus de la diaspora vivre cette dualité, à partir de laquelle nous gouvernants peuvent s’inspirer pour accepter la double nationalité. Tout cela détermine ma position si idéale. Je suis comme juché sur le vrai cheval ! Ma liberté…

Donc, mon péché littéraire aux allures philosophantes est lié à cette aventure historique que je suis en train de vivre pleinement en conservant des liens et en établissant de nouveaux dans le seul souci de partager de ce que je ressens. C’est peut être subjectif. Tant pis !

Tout ce que je décris dans septembre I, II et III, je le puise dans le présent dakarois, mais aussi dans mes souvenirs de Nouakchott, les échos à la minute que j’en ai, de Boghé et d’ailleurs. J’ai habité presque tous les quartiers de Nouakchott et de Dakar pour mieux penser mon insertion urbaine. Je découvre, finalement, que je suis tout simplement rurbain [peut être un peu privilégié] qui parle à deux compatriotes dans une LANGUE dont l’usage est devenu CONSESUEL (LE). C’est plus intelligent que tout. Voilà le texte que je vous propose (Vous pouvez le lire, sur le site AFRIKUMA de l’un de nos compatriotes, agrémenté de belles illustrations, au lien : http://afrikuma.org/index.php/111-bassel-blog/1649-feuss-hivernage-fluorescent. En outre le texte a été publié dans le quotidien Walfadjri du 10/09/2013).

 

FEUSS !!!

hivernage fluorescent

 

Depuis plusieurs semaines, notre univers de couleurs a changé sans qu’on y pose un vrai coup d’œil. Les Ndakarologues en Sénégalologie auraient dû nous traduire le changement intervenu dans le spectre lumineux des intarissables doxaan-kat.

Il n’y a pas plus bizarre que la mode. Elle est passionnante et conduit à plusieurs travers possibles. Elle est fascinante, car elle nous permet de réorganiser nos goûts et d’entretenir nos fantasmes. La mode, c’est la mode ai-je envie de simplifier. La mode est ce phénomène qui rythme aussi nos saisons. Mode égale Feuss. C’est aussi simple qu’un débardeur jaune, saumon ou orange fluorescents comme les gilets des travailleurs chinois sur nos infinis chantiers !

Les femmes s’en occupent et les hommes contemplent jusqu’à la renverse. « Aïe quelle belle couleur, elle arbore ! » Eh bien tout est dit dans ce verbe si stupéfiant en ce septembre si pluvieux. Le tape-à-l’œil  (le fameux tapalé de chez nous) vaut ce pas qui décline une belle verticalité hautement colorée. Du bleu bic, orange, beige, jaune, du noir aussi, du marron sous la fine pluie… Elles sautillent aussi les filles avec leur body fluorescent, comme de petites biches échappées de l’enclos paternel. Flaques d’eau obligent !

Elles n’arrêtent pas de jeter le bras à l’arrière [gestuelle si esthétique que les grands couturiers se perdent dans leurs choix de mannequin] de tirer sur le body beige et de réajuster le jean bleu foncé, dit bleu bic, qui s’assemble avec le contenu de ce vieux sachet  [en vente jusqu’à ces dernières années dans nos villages] non encore dilué.

Les talons des chaussures sont maintenant bien plus plats que d’habitude. Enfin toutes ces fines créatures portent des chaussures extra-plates avec des cordelettes qui laissent s’échapper des ongles tout blancs, donc sans vernis. L’écoulement du sang est même si visible qu’il est inutile d’être un demme pour le constater.

Eh, bien les mèches pendent sur des épaules amaigries par le désir de ressembler à une véritable ligne a-droite et sur-fine. Lii daal, laisse pantois. Elles sont en réalité toutes belles et n’ont pas besoin de ces couleurs « d’ouvriers » de la route qu’elles affichent, à nous éblouir du matin au soir. Même le vendredi, normalement jour du boubou, elles portent leurs débardeurs multicolores. C’est l’arc-en-ciel en réalité. Ah, oui, nos femmes comprennent mieux que nous que les couleurs doivent aussi se marier pour que le sourire revienne sur nos visages d’habitude toujours renfrognés. État de fait quasi normal, parce que tout simplement la vie est devenue si dure dans nos républiques. Les fines fleurs qui circulent dans nos avenues laissent en même temps s’évaporer leur déodorant aux senteurs de vanille, d’orange, bref tout un mélange olfactif qui nous enivre.

L’éclat de leur lip-ô-lèvre rose, violet et rouge barre leurs lèvres qui scintillent au loin sous les rayons du soleil. Chinoiseries ! C’est incroyable comme mariage de couleurs, pendant que la pluie continue de noyer les banlieusards. Eh, bien ils ne sont pas seuls à souffrir de cette réalité. Faites un tour dans les amphithéâtres au temps des examens de la session d’hivernage, car à l’université les sessions sont brouillées par ces couleurs que nos fines fleurs exhibent chaque matin.

Les commerçants se frottent les mains et les amants vont au fond de leurs poches chercher les pièces restantes pour s’acheter une clope. Il n’y a rien de plus incroyable que la mode ! En effet, la mode daal, c’est la mode. Elle a le pouvoir de mobiliser tout le monde, sinon je n’aurais jamais perdu un dimanche après-midi à méditer sur ces couleurs de songes que j’aperçois chaque matin. Attention, nak, je ne fais, ici, que contempler et décrire. Fofou laa yamm !

Quand les couleurs de signalisation routière tapissent les corps, nous pouvons donc admettre qu’être déroutés sur le chemin de Reubbeuss ne pourrait jamais surprendre qui que ce soit. Vraiment, il y a de quoi, car l’obsession rattrape son homme ! Silence parle moins de ça. La loi est sévère là-dessus.

L’autre jour, c’est une vieille personne qui me dit d’un ton si bizarre « depuis quelques jours je constate des bizarreries. » « Et quoi, alors ? » ? « Il y a comme de nouvelles couleurs qui marchent toute la journée faussant ainsi ma vue. » Et, dans un ton moqueur, je lui dis change tes « lunettes pour mieux distinguer les lignes fines et presque virevoltantes qui passent. Il faut bien fixer l’image, papa, et tu verras ta petite fille passer. »

L’univers de ses couleurs s’est inversé avec le temps et il ne s’en rend compte que de manière brouillée. Le lendemain, il est venu avec de nouvelles. Même discours encore ! Ah que dire de cet autre qui sans lunettes pense distinguer mieux que moi les lignes passantes avec des body surchargés de belles bandes, couleurs d’hivernage. Il ne cesse de crier « Aïe » comme s’il était blessé quelque part. Je n’ai jamais osé lui poser la question pour savoir où cela lui faisait si mal en voyant ses bandes passantes aux couleurs si chatoyantes.

Finalement, je me suis mis à comprendre par moi-même qu’il parlait de la mode des jeunes filles de notre ville. Ndeyssane, en fait c’est son âge qui lui a infligé cette torture au point que la douleur l’a traversé de part en part.

Cette mode vestimentaire, haute en couleurs, est le tableau « HIVERNAGE 2013 » que les filles peignent avec leur sourire éclatant laissant briller des dents pointues et toutes blanches. Cependant, attention à la morsure qui risque de vous conduire au Sea Plazza avec votre bourse mensuelle pour un spécial body shopping.

 

 

Abdarahmane NGAIDE, Dpt d’histoire/UCAD.

 

 

 

PS : Continuer est le chemin je ne souhaite plus abandonner, alors je vais suivre à la LETTRE ces lignes extraites d’un texte dense philosophiquement et d’un niveau littéraire sublime qui m’a rendu on seulement le sourire, mais aussi l’espoir : « Mais écrivez, écrivez, Bassel. Que ceux qui voient voient et que ceux qui entendent entendent. Faites votre devoir ; un point, c’est tout. Habib Ould Mahfoudh (Que Dieu l’Agrée dans Son Vaste Paradis. Amin) aimait dire qu’ « Il ne revient pas aux journalistes de rendre les gens plus intelligents ! ». La sagesse voudrait que vous ne vous préoccupiez pas des vociférations de ceux qui vous diront : « Il parle trop. Il ne nous soûle, il nous pompe l’air, ce Bassel ! », avant d’ajouter dans une traduction directe propre à nos amis Ivoiriens : « Il n’a qu’à quitter dans ça ! » (rachidly 11/09/2013 11:03). Merci cousin !

 

 

 


  • Abdarahmane NGAIDE, Dpt d’histoire/UCAD. Mercredi 11 septembre 2013 22h13
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  • 12/09/2013
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