Burkina : le putsch est terminé, on n'en parle plus, déclare le général Diendéré
Ouagadougou - Le putsch est terminé, on n'en parle plus, a déclaré mercredi à la presse le chef des putschistes au Burkina Faso, le général Gilbert Diendéré.
Le plus grand tort a été d'avoir fait ce putsch, a ajouté l'ancien bras droit de l'ex-président Blaise Compaoré. Aujourd'hui, quand on parle de démocratie, on ne peut pas se permettre de faire des actions de ce genre.
Le coup d'Etat s'est fait compte tenu d'un certain nombre de raisons que nous avons évoquées lors de la proclamation (du putsch). Nous avons vu ce qui s'est passé. Nous avons su que le peuple n'était pas favorable. C'est pour ça que nous avons tout simplement abandonné, a-t-il expliqué.
Le général s'exprimait dans la foulée d'une cérémonie à Ouagadougou réinstaurant officiellement le régime de transition et son président Michael Kafando, renversés par le coup d'Etat du 17 septembre.
Après un entretien à huis clos avec les présidents nigérien, béninois et le vice-président nigérian, dans le même bâtiment où s'était tenue la cérémonie, le général Diendéré a discuté une vingtaine de minutes avec l'ambassadeur des Etats-Unis puis, souriant, a accepté de répondre aux questions des journalistes.
Ce qui me rend de bonne humeur, c'est que nous avons évité l'affrontement. C'est très important. Nous avons toujours souhaité qu'il n'y ait pas de combats entre frères d'armes.
Je n'ai pas peur d'affronter (la justice). Je prends toutes mes responsabilités, j'assume pleinement ma responsabilité, je répondrai aux questions qu'on me posera, je ne vais pas nier qu'il y a eu des morts, a ajouté le général, en uniforme vert olive du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l'unité qui a mené le coup d'Etat.
Il faut aller vers la recherche de la paix et de la stabilité et je pense que nous allons y aller.
Le putsch, c'est du temps perdu, je le reconnais, des moyens perdus, je le reconnais, c'est des vies humaines de perdues, je le reconnais.
Interrogé sur une possible dissolution du RSP, il a répondu: Ce n'est pas à moi de décider mais des assurances avaient été données pour que le RSP ne soit pas dissous et cela va se discuter très prochainement lorsque les médiateurs (de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest, Cédéao) vont revenir.
Le RSP s'est cantonné, s'est retiré de toutes les positions qu'il occupait. L'armement n'a pas encore été réintégré (rendu) mais c'est chose qui sera faite dans les prochains jours et c'est pour cela que les modalités de ce désarmement vont être décidées par les chefs militaires, a-t-il ajouté.
Burkina : le président de la transition officiellement réinstallé à la tête du pays
Ouagadougou - Le président de la transition au Burkina Faso, Michel Kafando, a été officiellement réinstallé à la tête du pays une semaine après avoir été renversé par un putsch, lors d'une cérémonie publique mercredi en présence de chefs d'Etat de la région.
Depuis ma prise de fonctions, je n'ai eu cesse de prôner le dialogue entre les forces vives de la nation et d'aller aux élections qui demeurent l'objectif primordial, a déclaré M. Kafando lors de cette cérémonie à Ouagadougou.
Nous restons déterminés à poursuivre cette exaltante mission que les Burkinabè nous ont confiée, celle de mettre en place des institutions crédibles et fiables pour le Burkina nouveau que nous sommes décidés à bâtir dans la démocratie vraie et la justice, a-t-il poursuivi.
La réaction de notre jeunesse, la réprobation générale de la communauté internationale, la condamnation unanime de ce coup d'Etat confortent notre certitude que nous sommes sur la bonne voie et que notre cause est juste, advienne que pourra, a-t-il conclu sous les applaudissements.
Les présidents du Bénin Thomas Boni Yayi, du Ghana John Dramani Mahama, du Niger Mahamadou Issoufou, ainsi que le vice-président nigérian Yemi Osinbajo assistaient à la cérémonie.
Le Premier ministre Isaac Zida, le gouvernement, le président de l'assemblée intérimaire Chérif Sy ont également été rétablis dans leurs fonctions et étaient présents.
Cette cérémonie symbolise la poursuite de la transition vers une élection libre et apaisée (...) Le rôle de la Cédéao ne peut être que de soutenir et accompagner les efforts des Burkinabè dans la poursuite de la transition civile, a pour sa part souligné le président Boni Yayi.
M. Kafando avait été renversé le 17 septembre par un coup d'Etat mené par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), unité d'élite de l'armée burkinabè et garde prétorienne de l'ancien président Blaise Compaoré.
Les putschistes avaient déclaré suspendre toutes les institutions du régime de transition.
Le putsch avait porté un brusque coup d'arrêt à l'organisation d'élections générales prévues en octobre, censées clore la période de transition ouverte par la chute de l'ex-président, chassé par un soulèvement populaire en octobre 2014.
Mardi soir, le chef des putschistes et ancien bras droit de Blaise Compaoré, le général Gilbert Diendéré avait confirmé à l'AFP que M. Kafando serait remis en selle mercredi.
Vers 15H30 locales et GMT, peu après la fin de la cérémonie officielle, le général Diendéré rencontrait à huis clos les présidents nigérien, béninois et le vice-président nigérian.
« La transition est de retour. » Les mots sont signés Michel Kafando, qui a repris ses fonctions de président du Burkina Faso ce mercredi 23 septembre à Ouagadougou. Il avait été déposé par le coup d'Etat du 17 septembre dernier. Il assure que le gouvernement se réunira dès jeudi. « En ce qui concerne les dernières propositions de la Cédéao pour une sortie de crise, il est évident que nous ne nous engagerons que si elles prennent en compte la volonté du peuple burkinabè », a dit M. Kafando. Ci-dessous, l'intégralité de cette déclaration au ton très offensif.
« Mes chers compatriotes,
dans le malheur nous avons lutté ensemble, dans la liberté nous triomphons ensemble. A présent, libre de mes mouvements, je reprends du service. Et par là même, je m’affirme en la légitimité nationale. La transition est ainsi de retour et reprend à la minute même l’exercice du pouvoir d’Etat. L’a-t-elle d'ailleurs jamais perdu ? Non, vu la clameur nationale contre les usurpateurs, vu la réprobation internationale contre l’imposture, c’est l’aveu même que le gouvernement de transition que vous avez librement choisi, et en qui vous avez totalement mis votre confiance, est resté le seul à incarner la volonté du peuple souverain.
Au demeurant, le président du Conseil national de la transition, M. Chérif Sy, agissant en intérimaire du président du Faso, a su garder la flamme intacte. Je lui en suis gré. Je vous invite donc à rester mobilisés autour de la transition, pour qu’ensemble nous continuions ce que nous avons commencé. A savoir, remettre le processus électoral sur les rails, après avoir naturellement pansé les plaies et honoré la mémoire de nos compatriotes injustement tombés pour la défense de la patrie, et dont certains gisent toujours dans les morgues. Je m’incline très respectueusement devant leur mémoire. La nation toute entière leur rend hommage.
En attendant d’examiner la façon dont nous solderons les conséquences de cette funeste barbarie, à toutes les familles éplorées je présente nos sincères condoléances. Nous sommes fiers de la mobilisation et de l’intrépidité du peuple burkinabè, en particulier de sa jeunesse dont la détermination sans faille a permis d’arrêter l’imposture. Tout indique que la conscience aiguë qui a guidé l’insurrection ne s’est guère émoussée, bien au contraire. Je salue notre armée nationale qui, réalisant elle aussi le défi et l’anathème qui lui ont été lancés par cette horde d’insoumis, dans son amour propre a volé au secours du peuple martyrisé.
Je salue tous les hommes de l’extérieur. Je salue la communauté internationale pour avoir rejeté sans équivoque et de façon péremptoire, ce pronunciamento d’une autre époque. Je salue toutes les forces vives du Burkina Faso, les partis politiques, les organisations de la société civile, les syndicats, le monde de la presse, les autorités coutumières et religieuses, pour leur patriotisme, leur bravoure et leur dévouement. Je rends hommage à tous ceux qui, à travers de longues chaînes de prières continues, de suppliques et d’incantations, ont confié la destinée de notre pays à la mansuétude de la providence divine.
A tous, je dis merci et reconnaissance. Dès demain, le gouvernement de la transition se réunira au nom de la continuité de la vie nationale. En ce qui concerne les dernières propositions de la Cédéao pour une sortie de crise, il est évident que nous ne nous engagerons que si elles prennent en compte la volonté du peuple burkinabè, clairement exprimée dans la charte de la transition.
Vive le Burkina Faso ! Paix et honneur à nos victimes ! A nos morts ! Que Dieu nous vienne en aide ! Que Dieu bénisse le Burkina Faso ! »
Version audio intégrale de la déclaration de Michel Kafando, président de la transition burkinabè, mercredi 23 septembre 2015 à Ouagadougou23/09/2015 - par RFIÉcouter