Rencontre avec ... > ...SY Mahamadou, Président de l'OCVIDH



La Rédaction de "Rencontre avec..." a rendez-vous SY Mahamadou, Président de l'OCVIDH. Elle l'a interrogé sur les problèmes de l'heure. Il y a répondu sans détours. Ex officier de l'armée mauritanienne, rescapé des camps de l'horreur, Mahamadou SY est aussi auteur de "l'Enfer d'Inal", terrible récit à travers les sites d'extermination du colonel Ould Taya. Il y relate les faits sans concession, avec lucidité et par moments humour. Refugié en France, il occupe les charges de Président de l'Organisation contre les violations des droits Humains en Mauritanie - créee avec des compagnons d'armes et d'infortune en octobre 2000.


Monsieur le Président,Bonjour.
La Mauritanie vient de célébrer son quarante-cinquième anniversaire. 
Que vous a inspiré cette journée ?


Chaque jour de novembre réveille en nous de douloureux souvenirs, mais le vingt huit en sera incontestablement le plus horrible, il a creusé à jamais un véritable fossé entre les communautés. 
Les anniversaires sont des symboles forts pour les nations, une source de fierté, mais celui de la Mauritanie n'est plus un motif de réjouissances pour une partie de la sa population. Les massacres d'Inal en 90 lui ont conféré une autre signification, le deuil d'une communauté. Il ne peut être question, pour les témoins et les parents des victimes de s'associer à des activités festives alors qu'on sait qu'un frère, un père, un mari ou un ami a été sacrifié sous l'autel de la bêtise humaine. Tel devrait aussi être le cas de tout mauritanien épris de paix et de justice.




Le colonel Ould Taya a été renversé par un coup d'état le 3 août 2005. En dehors de la satisfaction ressentie au départ du dictateur , que pensez-vous des déclarations pour le moins complaisantes du colonel Ely à 
l'endroit de son prédécesseur et non moins parrain ?



La quasi-totalité des mauritaniens a salué la chute du dictateur.
Si l'enthousiasme est encore perceptible chez certains, il a cédé le pas à la désillusion chez d'autres, notamment la communauté négro-mauritanienne : Dans la liste de membre de la nouvelle équipe, figurent les noms de tortionnaires et commanditaires d'exactions dont le colonel Ely lui-même, sa police a toujours cassé du noir en toute impunité. La dernière affaire en date, l'assassinat en pleine capitale, en janvier 2005 du matelot Sow Daouda de la marine nationale. Les responsables n'ont jamais été inquiétés. 
Le colonel Mohamed Ould Meguett du CMJD a des comptes à rendre dans la mort du lieutenant Tambadou Abdoulaye, en début décembre 90 à Inal. Nous en sommes bien informé puisque nous étions là.
La présence de victimes dans le CMJD au près de leurs bourreaux ne trompera personne. Ould Taya avait usé de la même stratégie avec d'anciens cadres de la police et autres rescapés de Oualata. Cela est destiné uniquement à 
la consommation extérieure.
Ould Taya a dit un jour de 91, à notre sortie des geôles, que la Mauritanie était comme un arbre qu'il fallait le secouer de temps à autre pour en faire tomber les feuilles mortes. Eh bien, le 3 août dernier, l'arbre a été, à nouveau, secoué et une branche morte (Ould Taya) est tombée.
Quant aux déclarations dont vous parlez, elles sont une insulte à la mémoire des victimes du tyran Ould Taya. Le colonel Ely a aussi voulu rassurer ses compagnons. Mais lui-même ne coupera pas à la justice.


L'AJD mène une action de rappel permanent du sort des centaines de 
milliers de nos compatriotes Déportés au Sénégal et au Mali. 
Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?




Nous ne pouvons que féliciter l'AJD pour son attitude digne depuis 
toujours. Aussi joignons-nous notre voix à toutes celles qui se sont déjà 
manifestées pour leur témoigner notre solidarité. Nous pensons que la 
réconciliation passe obligatoirement par la résolution de certains problèmes. Le retour organisé des déportés est un des plus importants au jour d'aujourd'hui. 
L'équipe actuelle doit, avant de passer la main, sinon régler tous les problèmes pendants, du moins, déjà poser les jalons des solutions au vrai problème de la Mauritanie, celui de la coexistante des populations. Mais à écouter le nouveau patron du pays, nous avons l'impression que son équipe et lui sont là pour seulement jouer aux intérimaires et expédier les affaires courantes.

Vous avez fait partie de la Délégation de l'Opposition Mauritanienne à Dakar qui a abouti à la Déclaration de Dakar. Que reste t-il aujourd'hui de cette rencontre ?

Nous avons eu la chance de faire partie de la délégation qui a été reçue à Dakar par le Président Wade, puis par son Premier Ministre. 
Tous les membres de ladite délégation n'étaient animés que d'un seul sentiment, apporter leur contribution à la reconstruction de la Mauritanie. La renonciation à la violence comme mode règlement des différents par les mouvements qui avaient choisi cette option illustrait bien cette bonne volonté.
Dans la déclaration qui en a résulté tous les principaux problèmes ont été posés. Mais une seule revendication sera satisfaite, la libération des prisonniers d'opinion.

Cette rencontre aura aussi permis à la diaspora mauritanienne de l'Europe de comprendre qu'elle gagne à travailler main dans la main. La manifestation du 16 octobre en est une preuve concrète. La vidéo de la marche est disponible sur le site de l'OCVIDH.

Une amnistie générale a été décrétée par le CMJD (Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie) Votre réaction ?

C'était une de nos revendications au cours de la rencontre de Dakar, nous ne pouvons que nous réjouir de la remise en liberté de ces hommes qui avaient risqué leur vie pour débarrasser la Mauritanie de Taya. Nous attendions cependant d'autres mesures toutes aussi courageuses
L'amnistie générale ne concerne en fait que les Cavaliers du Changement. Son objectif non avoué était de réconcilier les tribus. Elle englobe aussi les crimes de Taya (donc, ceux des ses compagnons), à qui Ely a même offert la garantie qu'il ne serait dérangé par personne. Le CMJD est même allé jusqu'à promettre que le futur gouvernement ne toucherait pas aux dossiers brûlants du passif humanitaire. Ceci est donc, en quelque sorte, une seconde auto-amnistie. Il a en partie raison, aucun civil -fût-il 
démocratiquement élu- n'osera courir le risque de réveiller le bruit des bottes.



Le site ocvidh.org a fêté le 25 novembre son quatrième anniversaire. 
Comment est né ce projet et quel est son impact dans la lutte que vous 
menez ?


Le site ocvidh.org a fait du chemin, en quatre ans, on compte près de 165000 visites ; ce n'est pas mal. 
Les débuts n'ont pas toujours été faciles mais la rigueur et la persévérance du webmasteur et des modérateurs en ont fait un outil de communication fiable. Cet outil aujourd'hui indispensable a permis à l'Organisation d'apporter sa contribution à la diffusion de la vérité sur la situation de la Mauritanie. 
La galerie des Martyrs est un lieu de pèlerinage Tout cela n'aurait pu être possible sans la disponibilité du Webmaster, Abibou DRAME.Nous remercions au passage, tous ceux qui ont contribué à la vie du site.

Les perspectives immédiates de l'OCVIDH ?


L'organisation s'est toujours inscrite dans la poursuite des tortionnaires afin aider au mieux, les victimes dans la lutte pour la restauration de la justice dans le pays.
Aussi l'OCVIDH s'attellera-elle, n'en déplaise à l'ancien directeur de la sûreté, à traîner Ould Taya et les siens devant les tribunaux afin qu'ils payent pour tous leurs crimes.




Propos recueillis par 
KEBE
Almouda Demba 



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