OUSMANE SOW : « L’Art ne peut pas être une bouée de sauvetage, pour masquer des échecs »

Ousmane Sow, sculpteur sénégalais et dont l’exposition sur le Pont des Arts à Paris en 1999 avait attiré plus de trois millions de visiteurs, nourrissait la généreuse idée d’offrir aux Africains et à la diaspora, l’une des ses pièces maitresses : « L’Homme Libre » ou le retour des anciens esclaves sur le continent. La statue, composée d’un couple et de leur enfant devait prendre place sur l’une des collines des Mamelles à Dakar. La réplique de la statue devait élire domicile dans l’une des villes de La Louisiane. Après avoir soutenu le projet le président Wade élabora son propre projet sur le site retenu qu’il nomma « monument de la Renaissance » . Ce qui révulse le plus Ousmane Sow aujourd’hui, ce n’est pas tant le monument de la renaissance que le détournement de vocation du projet. La Gazette donne la parole à Ousmane Sow



lagazette.sn - OUSMANE SOW : « L’Art ne peut pas être une bouée de sauvetage, pour masquer des échecs »
La Gazette : Comment alliez vous financer votre projet « l’Homme libre » ? 

C’était un projet qui n’aurait pas couté un centime au Sénégal. Parce que comme pour la statue de la liberté, je sais que c’est Bartholdi qui l’a donnée à la France, mais le socle a été payé par souscription. Je m’étais dit et je l’avais répété à Abdoulaye Wade que si les Américains ne trouvaient pas le projet suffisamment attractif pour souscrire, ce n’était pas utile de faire payer le projet par les Sénégalais. Effectivement, il y avait des galeries américaines, qui nous avaient contactés pour justement démarrer la souscription. TV5 parlait du projet. La proposition que j’avais formulée était que ni le Président de la république, ni moi-même, ni le Trésor Public sénégalais ne devaient être impliqués financièrement. Moi je donnais l’œuvre, l’Etat donnait le terrain et les Américains par souscription payaient directement la Fonderie Coubertin. Le montage était très simple. 

C’était une sorte de souscription avec un comité qui paie. Dans le cas de la statue de la Liberté, ni Bartholdi, ni Effel n’a touché un centime. Il y avait un comité, et une publicité à travers un journal américain qui a soutenu ce projet. Ce schéma, nous libérait de la tenue d’une comptabilité. Les Américains au moins sauraient où iraient leurs sous. 

Dans cet appel à souscription, il n y avait pas que les Américains, il y avait la diaspora aussi. C’était la grande communauté. Des gens comme Michael Jackson, Denzel Washington, Danny Glover pouvaient facilement financer le projet. Des personnes, comme cela, auraient mis leur argent dans ce projet. D’autres personnes de la Diaspora pouvaient participer au financement. Si les membres de la diaspora ne sentent pas la nécessité d’y mettre leurs sous, ce monument n’a pas sa raison d’être. Mon projet à l’époque était évalué à 6 milliards y compris le fait de creuser un cratère dans les Mamelles étant donné que le sol n’est pas stable pour y poser le socle de la statue en bronze. La colline n’aurait été qu’une sorte d’habillage. 

Est-ce que c’est le mode de financement que vous proposiez qui ne convenait pas à Wade ? 

En tous cas, il ne me l’a pas dit. Dans le montage que je proposais, l’argent ne serait pas passé par nous. Quand ils ont vu que l’opération pouvait rapporter des sous, ils n’ont trouvé aucun intérêt à prendre ma proposition. Ils ont préféré donner 30 hectares à quelqu’un (Ndlr : Mbackiou Faye, promoteur de la statue de la renaissance à qui l’Etat a donné pour la réalisation de la sculpture, des terrains sur la réserve foncière de l’aéroport de Dakar) en échange du financement du monument. Le projet que j’avais proposé n’aurait coûté aucun sou aux sénégalais. Mais, ici, dés qu’on parle de gratuité, c’est suspect (rires). 

Pourquoi l’idée d’offrir gratuitement cette sculpture au Sénégal ? 

Je me suis dit que le jour où un gosse passera devant cette sculpture, il se dira que cette œuvre a été faite par un compatriote. Je me suis dis que quelque soit le métier qu’il fera, ce gosse aura envie de faire aussi bien. C’est une question de motivation. Toute ma vie a été guidée par des hommes exemplaires. Je pense qu’un gosse a besoin de s’inspirer de quelqu’un. Au lieu que ce soit un gosse sénégalais, c’est un enfant Suisse ou Japonais qui va s’inspirer de mon œuvre. 

C’est pourquoi vous avez senti la nécessité de présenter des excuses publiques aux Sénégalais. Qu’elle est votre part de responsabilité dans ce détournement d’objectif ? 

Si je n’avais pas émis l’idée d’ériger un monument sur ce site, je n’aurais aucune responsabilité sur ce qui est en train de se faire. Ma responsabilité, c’est d’avoir pensé à ce site qui aurait pu être un haut lieu culturel et qui a été saccagé. Je l’ai dit sur Tv5 et devant Viviane Wade, que le Sénégal n’a pas besoin d’une sculpture de cette taille. 

Wade vous a-t-il fait parvenir la maquette de sa statue de la renaissance ? 

Jamais ! Wade ne se serait jamais permis de m’envoyer sa maquette. De toute façon, en un moment donné, j’ai pris du recul et j’ai laissé faire. J’avais des amis architectes qui m’avaient informé qu’il y avait un projet sur les Mamelles et que Wade était entrain de travailler avec untel. J’ai laissé faire par ce que je n’aurais jamais pu travailler avec cet architecte. 


Quand, un jour Wade, a convoqué une rencontre au palais de la République, il m’a dit : « Ousmane, il faut que tu viennes, j’ai invité tout le monde, les architectes, les dignitaires de Dakar. » Au cours de cette rencontre, il avait dit que le projet Gorée-Almadie ne le séduisait pas et peut être que la mariée est très belle, mais c’est mon projet qu’il soutenait. Aujourd’hui, je me dis que rien ne me poussera dans des histoires que je ne saurai expliquer demain. Wade est plus âgé que moi, nous avons dix ans d’écart âge, donc je me disais qu’il devait être comme moi. C’est-à-dire que sa préoccupation aujourd’hui aurait été de satisfaire les attentes des populations. 

Vous êtes frustré de l’appropriation de votre projet par Wade ? 

(Catégorique) Non ! Ce projet actuellement en chantier sur les Mamelles est celui de Wade. Je me sens toujours fier quand quelqu’un prend mes idées pour en faire quelque chose de valable. Mais, quand mes idées sont travesties, je ressens une certaine amertume. Ce que, je ne leur pardonnerai jamais, c’est d’avoir perverti cette idée qui aurait fait de Ouakam un haut lieu culturel. Je souligne que l’idée du père, de la mère et de l’enfant, c’est Wade qui l’a proposée. Mais, le détournement qu’il a fait, c’est plus sur le choix du site, que dans le fait qu’il ait représenté une famille. C’est vraiment triste parce qu’on n’avait un endroit à nulle autre pareil au Sénégal. C’est un lien affectif très fort avec les noirs américains. Je pense que si le projet était allé jusqu’au bout, beaucoup d’américains sauraient où se trouve Ouakam. Parce que cela les concernerait directement. En somme, le fait de pervertir le site est intolérable. 

Vous êtes déçu de Wade ? 

Déçu de l’ensemble parce que c’est quelqu’un qui aurait pu faire énormément de choses. Le peuple portait sur lui un espoir extraordinaire. Rares sont les personnalités qui ont cette chance. Lorsqu’il se comparait à Mandela, je pense qu’il y avait quelque chose de juste. Je ne pense pas à la similitude dans le passage à la prison car en réalité la prison n’a jamais bonifié personne. Mais la manière, dont il était porté par le peuple, l’engouement qu’il suscitait. Oui, là il existait une ressemblance. 

Opposant Wade aimait l’art, vous supposiez qu’il allait être un défenseur des arts, une fois au pouvoir ? 

Je vous dis une chose. Lorsque Wade a accédé au pouvoir, avec son âge je me disais qu’il avait toutes les cartes en main et c’est pourquoi j’ai fais cette maquette. Je ne regrette pas de l’avoir fait. La semaine qui a suivi sa commande, il m’a envoyé la Rts pour filmer ce que j’avais fait. Ce qui m’a intrigué, heureusement que j’avais bien avancé dans la réalisation de la maquette. J’avais représenté les deux personnages, l’homme avec une machette et le pied droit posé sur le rebord du cratère et l’autre jambe dans le cratère, la femme reste prise dans le cratère. Il ne manquait que le chapeau et l’enfant à finir. 

Qu’est devenue la maquette ? 

Je l’ai prêtée une fois pour une émission du livre rouge. Mais, je l’ai toujours. 

Qu’est ce que vous allez en faire ? 

Je la donnerai peut être à un pays comme le Ghana. 

Pourquoi pas le Sénégal ? 

Pas en ce moment. 

Etes-vous impliqué dans le Fesman ? 

Non. Je ne suis impliqué à ce festival, ni de prés, ni de loin. J’ai lu sur le site du Fesman les noms de Stevie Wonder, d’Henri Belafonte, Ousmane Sow, j’ai téléphoné automatiquement à Mame Birame Diouf pour lui dire d’enlever mon nom. Lorsque Senghor faisait le Fesman, c’était utile, les artistes noirs ne se connaissaient pas, l’art nègre n’était pas connu. 

Senghor a fait tout seul ce festival, qui a été ressenti partout dans le monde au point que des gens comme Duke Ellington, Mahalia Jackson, Malraux, Picasso y ont participé. Ce festival a réussi puisqu’on savait que c’était nécessaire. Les artistes nègres ne se rencontraient pas avant. 

Senghor avait raison de faire ce festival qui a permis à de jeunes artistes dont moi-même de se connaitre et de se faire connaitre. Senghor voulait qu’au rendez-vous du donner et du recevoir l’Afrique soit présente. Mais aujourd’hui rien ne justifie un festival des Arts Nègres quand on voit des jeunes sculpteurs comme Ndary lô et d’autres qui voyagent partout, rencontrent des Brésiliens et des artistes de divers horizons. Si aujourd’hui, on fait appelle à moi en France, en Suisse, au Japon, c’est justement qu’il y a en partie, ce souci d’échange qui est parti de Senghor. Donc qu’on ne vienne pas nous fatiguer avec ce Fesman. Il y a une chose qui est un trait de caractère de Wade, c’est qu’il n’est jamais responsable. Je vois les réactions de gens de l’extérieur, ils ne sont pas passionnés par ce projet. Ce Fesman, même s’il est reporté jusqu’en l’an 2030, il ne se fera pas. 

Parce que les gens n’y mettront pas de sous. Les gens connaissent bien Dak’art qui remplit bien son rôle. Bon an mal an il capitalise les intérêts. Le Fesman n’a pas sa raison d’être. Il y a déjà le Festival panafricain d’Alger, il y a le festival Ma Voisine au Maroc. L’Art ne peut pas être une bouée de sauvetage, pour masquer des échecs. Le premier Festival des Arts Nègres a été un tel engouement que j’ai senti la nécessité d’y participer avec un bas relief. En ce moment, j’étais kinésithérapeute. Je suis venu hors délais, le commissaire Alioune Diop a, malgré tout, accepté mon œuvre et il m’a beaucoup encouragé. C’est quelqu’un à qui je dois énormément. Dans ce festival on sentait quelque chose qui était bien organisée, tenue. Il n’y avait pas la pagaille. 

Est-ce que vous pensez faire quelque chose pour Dakar ? 

Je ne pense plus à faire quelque chose pour Dakar. C’est triste à dire, mais l’atmosphère ne s’y prête pas. Je vous disais tout à l’heure qu’il y a des personnes avec qui je n’aime pas travailler. Un jour s’il y a quelqu’un d’autre, une nouvelle équipe, je pourrais penser à faire quelque chose pour le Sénégal. 

Vous envisagez de créer un musée avec votre série « Merci », quelles sont les personnalités représentées ? 

Je prends des exemples partout dans le monde. Ce ne sont pas seulement des sénégalais qui m’inspirent. Il y a, le Général De Gaulle, Mahatma Gandhi, Nelson Mandela . Je sais que ce ne sont pas des saints, des hommes parfaits. Ce sont des gens qui ont leurs qualités et leurs faiblesses. Moi, qui suis de confession musulmane, je vais représenter dans la série des Mercis, Saint-Jean Batiste par ce que c’est un homme de refus. _ Pourquoi Mandela ? Par ce que c’est un homme exemplaire. Il y a Aline Sitoe Diatta, Blaise Diagne. Je souhaite que le bon Dieu me prête vie pour continuer cette œuvre. De toute façon cette série de Merci comportera uniquement des gens de refus. J’ai acquis le terrain qui devra l’abriter, cela m’appartient. Aucun centime n’entrera dans ce projet sans que cela ne provienne de quelqu’un que j’admire. Un jour j’ai dîné avec Modibo Diarra, pour plaisanter, il m’a dit : « Tu te fatigues, il suffit d’aller voir Kadhafi et lui dire que c’est toi qui m’a inspiré et il va tout financer » (rires). 

Pourquoi représenter De gaulle ? 

De Gaulle est un homme méconnu des africains. Cela ne m’a pas surpris quand son fils écrit que De gaulle aimait l’Afrique et les Africains. Il nous a épargnés une guerre coloniale parce que les indépendances, c’est lui qui les a accordées et qui a mis fin à la guerre d’Algérie. Mais encore une fois ce ne sont pas des saints. Ce sont des gens qui ont vécu et qui ont leurs travers. Si on met cependant en balance ce qu’ils ont fait de bien et ce qu’ils ont fait de mal, je crois que le bien l’emporte. De Gaulle est mort en 1969, et on n’a jamais entendu dire qu’il a piqué dans la caisse. C’est pourquoi, je l’ai représenté dans cette collection avec les poches plates mais vraiment plates. (Rires). Pour moi, ça représente quelque chose en ces temps de corruption, et d’accaparement. De Gaulle est un homme d’Etat honnête. Il a certainement d’autres qualités. 

Vous avez pensé à un personnage historique dans le monde du sport ? 

Evidemment. Il y a Mohamed Ali. Nelson Mandela est représenté en gardien de but. Pourquoi ? Parce que les gestes de placement des gardiens de but constituent une belle image. Lui, il le fait pour écarter les Chefs d’Etat pourris et qui marquent contre leurs camps (Rires). C’est une sculpture qui est à Paris au Cfao. Il est capitaine du club qu’on appelle CAAP(Club africain des anti-pourris). 

Où se situera votre musée ? 

Je ne saurais le dire pour le moment. J’attends que les choses soient fixées. Je ne voudrais pas que demain des gens viennent me dire qu’ils pensaient à ce site pour …(rires). 

Ce musée, certains diront que c’est un nouveau musée Grévin que vous voulez faire ? 

Sauf que le musée Grévin, quand on est plus rien on vous coupe la tête et on fait fondre la cire. C’est comme dans le dictionnaire. Tandis que là dans mon musée, c’est quelque chose de durable qui n’obéit pas à l’actualité. 

Wade aussi a son panthéon. Est ce que ce n’est pas votre deuxième revanche ? 

En principe, je ne me base pas sur des faits déjà existants pour créer quelque chose. En plus, je ne savais même pas qu’il existait un panthéon au Sénégal. 

Votre père vous a marqué, c’est pourquoi il figure dans votre musée ? 

Je l’ai perdu tôt quand j’avais 21 ans. Il m’a inspiré dans d’autres domaines. En un moment, je me suis dit que j’ai vécu avec un homme exceptionnel pourquoi ne pas le représenter ? Il était d’une modestie extraordinaire. Si, je le rejoins là où il est, il va me tirer les oreilles. Mais je m’en accommoderai. 

Qu’est ce que cela vous fait de voir votre nom figurer dans le Larousse ? 

Je ne suis pas blasé au point d’être indifférent à cette marque de considération. Lorsque le directeur m’a reçu pour la cérémonie des Larousse, je lui ai dit que finalement vous allez en avoir des tonnes si vous voulez y mettre toutes les personnalités. Il m’a dit : « Ne t’inquiètes pas, on va en extraire certaines personnes une fois qu’ils ne sont plus d’actualité. C’est le cas de la plupart des chefs d’Etat, surtout ceux africains. » Certains comme Amin Dada ou Bokassa peuvent éternellement figurer dans le dictionnaire en raison de leur passé. Je me dis que quand on est dans le Larousse, on met votre date de naissance et il arrivera un jour où on mettra votre date de décès. 

Comment garder la tête froide après un tel succès planétaire ? 

C’est la distanciation entre ce qu’on fait et ce que l’on est. Je ne rivalise pas avec mes créations. Moi, j’ai surtout l’avantage de l’âge. C’est pour cela que Wade est une énigme pour moi. Peut être que si j’avais 20 ans, 30 ans je ne penserais pas comme je le fais en ce moment. Petit à petit, chemin faisant, j’ai élagué pas mal de choses. On se trouve face à une réalité qui consiste à se dire : « Il faut faire comme si on a mille ans à vivre, mais avoir conscience qu’on va mourir à l’instant présent. » C’est valable à 20 ans ou à 70 ans.. 

Aujourd’hui, les questions liées à l’environnement sont une priorité. Est ce qu’Ousmane Sow s’intéresse à la question de l’environnement ? 

J’en parle. Je participe à des manifestations parce que ces questions concernent tout le monde. 

Quel est le devenir de la sculpture en Afrique ? 

Je pense qu’elle a de l’avenir. Regardez ce que fait quelqu’un comme Ndary Lo. Dans le domaine de la peinture, il y a Soly Cissé. Il y a aussi les aînés comme Souley Keita. Et puis, les artistes sont sur la bonne voie parce que la seule façon d’assumer sa liberté, c’est de ne pas dépendre du Gouvernement et s’en sortir tout seul. C’est ça qui constitue l’espoir. 

Le gigantisme est la particularité de vos œuvres et certains parlent même d’outrance. Qu’est ce que vous en pensez ? 

(Rires). Ce n’est pas parce qu’on fait de grandes sculptures qu’on a des choses à dire. Je fais ça parce que pour moi c’est un moyen de m’exprimer. Je ne suis pas bavard dans la vie de tous les jours. Il y avait aussi quelque chose qui m’étonnait quand j’allais au cinéma, c’était les gros plans. Lors de mon exposition sur le Pont des Arts à Paris, j’ai vu que mes sculptures avaient raison d’être de grande taille parce que les gens, de n’importe quel point, pouvaient voir au moins une tête avant de s’en approcher. 

Que vous inspire la mort des salles de cinéma ? 

Mais, il faut se l’avouer. Nous y sommes pour quelque chose. La télévision ou les vidéos, les Dvd, constituent une explication. Les gens n’ont pas également fait l’effort de rénover leurs salles. Je pense qu’il y a un projet à la Place de l’indépendance (Cinéma Le Paris), les cinéphiles vont recommencer à y aller parcequ’on se fatigue de la vidéo. Rien ne vaut une salle climatisée, être bien assis et regarder un film sur écran géant. On n’aurait pas du laisser les cinémas mourir. 

Vous êtes un citoyen du monde aujourd’hui et vous auriez pu vivre à Tokyo ou Paris mais vous avez préféré rester au Sénégal. Est-ce que vous entretenez toujours un espoir pour ce pays ? 

Je dis tout le temps aux jeunes que mon espoir se trouve en eux. Heureusement que vous êtes là. Il est inutile de dire que, nous avons une jeunesse saine. Je pense à ceux qui sont restés ici et aux jeunes de la diaspora. Ils sont aux Etats-Unis où certains sont présidents ou vice présidents à Wall street, d’autres en France, dans les banques. Il y’en a une aux Etats-Unis qui a été directrice de programme nucléaire. Disons qu’il existe des jeunes dynamiques. On m’a présenté un jeune qui a inventé un logiciel de système d’information pour la santé. C’est pour ces gens que je me bagarre. Ils osent. 

Comment l’artiste peut garder sa liberté ? 

La liberté c’est quelque chose que l’artiste se donne. Ce n’est pas facile. Mais, c’est un combat perpétuel à mener. Dans ma collection des Mercis, j’ai choisi de faire figurer les personnes qui représentent quelque chose pour moi. Mais, je sais que le fait de ne pas y mettre certaines personnes sera mal vécu par elles ou leur entourage. C’est ça la liberté de l’artiste. Il faut être strict. Ce musée va couter énormément d’argent car je voudrais qu’il soit digne des gens qui vont l’habiter. C’est une manière de montrer que si je suis devenu ce que je suis, c’est parceque j’ai eu des références. 

© La gazette

Jeudi 20 Août 2009 - 09:59


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